Rapport Annuel 2024 Faire évoluer les politiques et les pratiques
En 2024, l'Alliance de Bioversity et du CIAT a continué à mener des recherches axées sur les politiques et à catalyser l'innovation et l'action politiques, en soutenant les gouvernements et les marchés pour parvenir à des systèmes alimentaires plus résilients et durables. Grâce à la production de preuves à long terme et à des partenariats stratégiques, l'Alliance a influencé les processus de prise de décision dans les domaines de la conservation, de l'adaptation et du développement durable des marchés.
Conservation : garantir l’accès aux ressources génétiques des plantes
S’appuyant sur des décennies de recherche scientifique et de plaidoyer, l’Alliance a contribué à façonner des accords internationaux garantissant l’accès libre aux ressources génétiques des plantes pour l’alimentation et l’agriculture. Nos données probantes ont soutenu la mise en place de systèmes qui reconnaissent et valorisent les contributions des agriculteur.rice.s à la conservation de l’agrobiodiversité
Cela a culminé lors des négociations de la COP16 sur la biodiversité des Nations Unies l’an dernier, où l’Alliance a joué un rôle consultatif essentiel durant les discussions sur les Informations de Séquence Numérique (DSI), en appuyant le leadership de la Colombie dans la négociation d’une avancée majeure vers un partage juste et équitable des avantages issus des ressources génétiques numériques. Par ailleurs, l’Alliance a fourni des éléments techniques probants qui ont éclairé le processus de ratification par la Colombie du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture.

Parallèlement à ces efforts, l’Alliance a collaboré avec la FAO pour promouvoir la reconnaissance des forêts, des arbres et des espèces sauvages comme piliers essentiels de systèmes agroalimentaires sains, renforçant ainsi le lien entre la conservation de la biodiversité et la sécurité alimentaire.
Lire la publication conjointe avec la FAO ici
Soutenir les gouvernements : Focus sur l'Asie
La crise climatique entraîne de profonds bouleversements : comme le montre cette analyse, à l’échelle mondiale et en Asie, la majorité des agriculteur.rice.s devront modifier les cultures qu’ils produisent. Parallèlement, les événements climatiques extrêmes exigent une réponse immédiate des gouvernements. Ce fut le cas en septembre 2024, lorsque le typhon Yagi – considéré comme la tempête la plus puissante des 70 dernières années – a frappé l’Asie du Sud-Est. À la suite de cette dévastation, les équipes de l’Alliance se sont rapidement mobilisées pour fournir à la fois une aide d’urgence et des recommandations de recherche, réaffirmant ainsi notre engagement à renforcer la résilience climatique en Asie par le biais de partenariats avec les gouvernements nationaux et locaux.
« Cette contribution sera inestimable pour nous aider à comprendre les causes et les impacts de ces inondations et à élaborer des stratégies d’atténuation efficaces », – Dr Phetmanyseng Xangsayasane, Directeur général adjoint de l’Institut national de recherche en agriculture et foresterie, Laos
Au Vietnam, dans le cadre de l'initiative Transformation des systèmes alimentaires nationaux, l'Alliance a aidé les parties prenantes nationales et locales à remodeler les stratégies des systèmes alimentaires afin de donner la priorité à la durabilité, à la résilience et à l'accès équitable.
Les avis techniques soutiennent la prise de décision des agriculteur.rice.s
Recommandations d’engrais en Éthiopie
En Éthiopie, les recommandations uniformes en matière d’engrais ont longtemps ignoré la diversité des paysages agroécologiques, entraînant une production agricole inégale. Pour combler cette lacune, nos services de conseil NextGen – développés en collaboration avec des instituts de recherche nationaux et des centres du CGIAR – ont recours à un algorithme d’apprentissage automatique pour analyser un vaste ensemble de données sur la performance du blé dans des conditions variées. Les recommandations d’engrais spécifiques aux sites qui en résultent ont été testées sur 2 500 exploitations agricoles, pour des cultures clés telles que le maïs, le sorgho, le teff et le blé. Jusqu’à présent, cela a permis aux agriculteur.rice.s d’augmenter les rendements de blé jusqu’à 28 %. Le ministère de l’Agriculture prévoit de déployer ces services à des millions de producteur.rice.s dans les années à venir. Des initiatives de formation complémentaires en Éthiopie ont porté sur des pratiques agroécologiques telles que la rotation des cultures, notamment pour fixer l’azote dans les sols et renforcer les bénéfices environnementaux.
Services d’information climatique en Asie du Sud-Est et en Amérique centrale
Nous relions les prévisions météorologiques et climatiques aux données agricoles pour produire des conseils pratiques, avant de diffuser ces informations aux utilisateur.rice.s finaux. Par exemple, au Myanmar, nous avons atteint 26 064 riziculteur.rice.s et pisciculteur.rice.s en 2024, grâce à un partenariat avec Village Link Company, l’une des principales startups agtech du pays, qui renforce les capacités des communautés rurales à travers les technologies mobiles et numériques. Parallèlement, le gouvernement vietnamien a étendu la diffusion des bulletins agroclimatiques à 13 provinces du delta du Mékong, atteignant plus de 290 000 agriculteur.rice.s.
En Amérique centrale, 810 000 agriculteur.rice.s au Honduras, au Guatemala et au Mexique sont désormais mieux préparé.e.s face au changement climatique, en partie grâce aux Comités Techniques Agroclimatiques Locaux. Cette innovation favorise une conception et une diffusion systématiques et collaboratives des services climatiques améliorés, comme les bulletins agroclimatiques locaux, clairs et faciles à comprendre, désormais largement utilisés par les producteur.rice.s pour orienter leurs décisions agricoles.
Découvrez nos avis climatiques en 2024
En avril 2024, le gouvernement vietnamien a décerné à l’Alliance un Certificat de mérite pour son rôle dans la diffusion des bulletins agroclimatiques dans la région du delta. Cette reconnaissance reflète une croissance rapide depuis la phase pilote lancée en 2020 : en juin 2024, les bulletins avaient déjà atteint plus de 270 000 agriculteur.rice.s grâce à une combinaison de diffusions, de sessions de formation et de groupes de discussion numériques.
Éclairer les politiques d’adaptation
Fournir aux décideur.euse.s et aux praticien.ne.s des données probantes permet de concevoir des interventions d’adaptation ciblées et efficaces. Par exemple, des recherches menées dans le cadre de notre nouveau projet Adaptation Insights ont mis en lumière la manière dont différentes pratiques agricoles influencent la productivité des cultures, la résilience des systèmes et la durabilité environnementale.
L’Alliance a également contribué à faire progresser les approches non marchandes de l’adaptation climatique, en promouvant des mécanismes financiers et incitatifs innovants au-delà des marchés traditionnels, comme l’a expliqué la chercheure de l’Alliance Eliza Villarino.
Garantir des marchés durables
La transparence des chaînes d’approvisionnement est un enjeu crucial tant pour les moyens de subsistance des agriculteur.rice.s que pour la santé de l’environnement. Toutefois, pour les petit.e.s exploitant.e.s qui cherchent à commercialiser leurs produits, il peut être difficile de s’y retrouver parmi les réglementations complexes et d’évaluer correctement les risques.
Une production sans déforestation
Par exemple, le récent Règlement de l’Union européenne sur la déforestation (EUDR) vise à réduire la production non durable en imposant des normes strictes de conformité environnementale, reposant sur des données géoréférencées. Cela entraîne des conséquences involontaires pour les petit.e.s exploitant.e.s, comme José Darío Enamorado, un producteur de café dont les pratiques agroforestières sont pratiquement invisibles depuis l’espace.
« Ce règlement est préoccupant pour les producteur.rice.s car il détermine si leur café sera vendu ou non, et il est certain que le coût de production va augmenter pour être en conformité. » — José Darío Enamorado, agriculteur, Honduras
L’Alliance met à disposition d’agriculteur.rice.s comme José Darío des outils tels que Croppie, une application mobile permettant d’estimer et d’enregistrer les rendements, ou Terra-i, qui détecte en quasi temps réel les changements de couverture terrestre. Ces ressources renforcent la transparence et aident les petit.e.s exploitant.e.s, ainsi que les coopératives et les entreprises, à s’adapter aux nouvelles réglementations environnementales et de diligence raisonnable.
Prévoir les risques et opportunités liés aux cultures
Deux plateformes que nous avons co-conçues pour aider le secteur agroalimentaire à faire face aux risques climatiques sont la Climate Resilience Platform et ACLIMATAR. La Climate Resilience Platform interprète les risques et opportunités de rendement, en soutenant les décisions liées aux chaînes d’approvisionnement de cultures vulnérables comme le café, le thé, le raisin ou le soja. ACLIMATAR, lancée en 2024, fournit aux petit.e.s producteur.rice.s de cacao, de café et de thé des projections localisées et des conseils à l’échelle de l’exploitation. Les deux plateformes partagent données, méthodes et objectifs, en offrant des solutions spécifiques aux utilisateur.rice.s – aux entreprises pour l’une, aux agriculteur.rice.s pour l’autre.
Diversité du bananier et du cacao
Par ailleurs, notre travail axé sur les marchés de cultures à forte valeur ajoutée comme la banane et le cacao a démontré les bénéfices de la diversification pour les petit.e.s exploitant.e.s. Lors du Forum mondial de la banane organisé par la FAO, nous avons plaidé en faveur de la culture agroécologique de bananes diversifiées en Amérique latine, en Afrique, ainsi que dans les nouvelles zones de production en Asie et dans le Pacifique Sud.
Parallèlement, notre programme Cacao of Excellence a mis à l’honneur les producteur.rice.s à petite échelle, souvent des familles d’agriculteur.rice.s, dont 222 échantillons ont été évalués par des chocolatiers pour valoriser des variétés à arômes fins issues de régions aussi diverses que la RDC ou le Costa Rica.
« Ces prix sont une fenêtre importante sur le monde, ils permettent à notre produit d’être reconnu à l’échelle internationale et de créer de la valeur pour notre cacao. » – Carmen Montes Taipe, productrice primée du Pérou