Rapport Annuel 2024 Passer à l’échelle des innovations au sein des institutions
L’impact systémique se produit lorsque les solutions survivent aux projets individuels, sont adoptées par les agriculteur.rice.s, intégrées dans les systèmes locaux et mises en œuvre à l’échelle régionale. Des cultures résilientes au climat aux plateformes numériques, l’Alliance s’efforce de garantir que les innovations ne soient pas seulement développées, mais bel et bien adoptées à grande échelle.
Utiliser les outils numériques à bon escient
.2024 a été une grande année pour l'intelligence artificielle. Le potentiel de l'IA comprend l'accélération et la démocratisation de la sélection des cultures, de la prise de décision, de la détection des maladies et des systèmes d'alerte précoce dans les systèmes alimentaires. Mais son intégration dans notre travail soulève de nombreuses questions importantes. Pouvons-nous nous assurer que les outils d'IA sont inclusifs, construits avec une conception centrée sur l'humain, fondés sur les connaissances locales et exempts de préjugés ? Comment combler le fossé numérique pour que même les plus marginalisés puissent bénéficier de ces innovations ?
Depuis des années, les chercheurs utilisent l'IA pour combiner et rendre plus précises des données existantes fragmentées provenant de la télédétection, des médias sociaux et des services climatiques, et pour générer de nouvelles données à l'aide de méthodes nouvelles et rapides, par exemple en utilisant les téléphones portables des agriculteurs. La conception centrée sur l'homme soutient cette recherche et peut contribuer à garantir qu'elle atteigne les personnes les plus marginalisées, qui sont les moins connectées numériquement et qui peuvent apprendre des pratiques locales et indigènes. Les approches comprennent la réduction des coûts grâce à des modèles d'IA en libre accès et l'utilisation de l'IA sur des appareils locaux. Vous trouverez ci-dessous des exemples de plateformes, d'outils et d'innovations numériques que nous avons rendus accessibles en 2024.
Explorer certains de nos outils numériques
En Colombie, une plateforme d'IA a aidé les agriculteurs à prévoir la productivité du fourrage en intégrant des données satellitaires et des connaissances locales, ce qui a permis de prendre de meilleures décisions en cas de stress climatique, tout en investissant dans des modèles open-source, des fonctionnalités hors ligne et une personnalisation locale pour une adoption plus large.
"Lorsque j'ai commencé en 2018, personne ne connaissait l'apprentissage automatique, maintenant vous pouvez obtenir ces informations plus rapidement qu'auparavant." <Juan Andrés Cardoso Arango, écophysiologiste des plantes à l'Alliance.
TreeEyed est un plugin QGIS conçu pour faciliter le suivi des arbres à l'aide d'images de télédétection et de modèles d'intelligence artificielle, fournissant le nombre d'arbres, leur hauteur individuelle et les zones de canopée. Depuis sa sortie en septembre 2024, le plugin a été téléchargé par plus de 3 000 utilisateurs dans le monde, et est déjà utilisé pour surveiller les arbres et les stocks de carbone à Hacienda San Jose, un acteur notable qui révolutionne la production de bétail en Colombie, ainsi que par d'autres centres du CGIAR (ILRI et ICARDA).
Tumaini permet aux agriculteurs d'identifier et de traiter les maladies et les ravageurs des cultures, notamment haricots, cassava, et banane. Cette application alimentée par l'IA fonctionne en trois étapes seulement : prendre un cliché/une image de la plante ou d'une partie de la plante, télécharger l'image et recevoir un diagnostic spécifique en quelques secondes, ainsi que des mesures de contrôle appropriées pour réduire les pertes de rendement. Tumaini compte actuellement plus de 14 000 téléchargements et est largement utilisé pour la détection et la cartographie des maladies. Sa base de données contient plus de 100 000 plantes cartographiées dans plus de 17 pays, dont la Colombie, le Pérou, le Bénin, la République démocratique du Congo et le Brésil : Colombie, Pérou, Bénin, République démocratique du Congo, Nigeria, Togo, Cameroun, Guinée équatoriale, Malawi, Zambie, Angola, Tanzanie, Ouganda, Vietnam et Inde.
My Farm Trees utilise la technologie mobile et la blockchain pour créer un lien d'information transparent de la collecte des semences à la croissance des arbres, incitant à une restauration menée par les communautés, en particulier avec des arbres indigènes. Alors que l'outil s'étend à d'autres pays, son application d'abord au Kenya a bénéficié à 3 403 agriculteurs, contribuant à la restauration de 1 250 hectares de paysages forestiers, tandis qu'au Cameroun, 1 522 individus ont utilisé la plateforme pour restaurer 817 hectares de terres.
Bruno est un chariot à pousser de faible technicité qui élève un smartphone au-dessus des parcelles d'essai, ce qui permet à n'importe qui de scanner les champs, de télécharger des images dans une application alimentée par l'IA et d'analyser des données sur les performances des variétés. Sans barrière de coût pour accéder à la technologie, cette innovation raccourcit les cycles de sélection jusqu'à 50 %, permettant le développement rapide de variétés de cultures résilientes et résistantes par les sélectionneurs du monde entier.
Éradiquer les maladies des plantes
L’Alliance est à la pointe des efforts de surveillance et de lutte contre la propagation de nombreuses maladies végétales qui menacent les moyens de subsistance des agriculteur.rice.s à travers le monde.
Nous surveillons la répartition mondiale des maladies végétales affectant notamment la banane (par exemple, par la création d’une base de données de surveillance couvrant 50 000 plants de bananiers) et fournissons aux agriculteur.rice.s des recommandations pour limiter leur propagation. Plus de 300 000 agriculteur.rice.s en Afrique de l’Est et centrale ont adopté la méthode de l’élimination ciblée des tiges infectées (Single Diseased Stem Removal – SDSR) pour lutter contre le flétrissement bactérien du bananier (Banana Xanthomonas Wilt). Cette pratique à faible coût, portée par les agriculteur.rice.s eux-mêmes, est aujourd’hui reconnue comme une bonne pratique par les systèmes agricoles nationaux – un exemple d’innovation ayant dépassé la phase pilote pour devenir une routine agricole.
Nous avons également sensibilisé les acteur.rice.s des chaînes d’approvisionnement et les décideur.euse.s à des mesures simples et économiques pour réduire la propagation d’une autre maladie, la TR4.
De même pour le manioc, suivre le rythme de la propagation rapide des maladies est une course cruciale qui concerne environ 800 millions de personnes dont les moyens de subsistance dépendent de cette culture. En 2024, des avancées majeures réalisées par les chercheur.e.s de l’Alliance ont permis d’identifier les agents pathogènes responsables des maladies du « balai de sorcière », de la « peau de grenouille » et de la mosaïque du manioc. Comprendre les agents causals de ces souches dévastatrices permet non seulement de freiner la propagation dans les zones déjà touchées, mais aussi d’informer de manière préventive les acteur.rice.s du secteur et les gouvernements dans les régions encore épargnées.
En reliant les connaissances issues de notre collection Future Seeds en Colombie avec notre laboratoire et notre station expérimentale au Laos, nous identifions également des variétés présentant des traits de résistance aux maladies. Des collaborations renforcées avec des partenaires de recherche et des groupements de producteur.rice.s visent à accroître l’accès à des tiges et à du matériel de plantation sains et résistants. Par exemple, une approche participative menée sous forme d’enchères auprès des agriculteur.rice.s a permis de révéler – contrairement aux idées reçues – que ces dernier.ère.s sont prêt.e.s à payer davantage pour des semences saines et améliorées. Un signe encourageant pour une adoption plus large du manioc résistant aux maladies.
"La résolution de ces énigmes a nécessité des années de collaboration entre patients et de science de pointe. Aujourd'hui, nous sommes équipés pour nous attaquer de front à ces maladies et préserver la production de manioc pour les générations futures." <Wilmer Cuellar, responsable scientifique du laboratoire de virologie de l'Alliance
Découvrez les publications sur le manioc :
Utilisation de cultures résistantes au climat et à faibles émissions
Les variétés de cultures développées par l'Alliance sont maintenant entre les mains des agriculteurs et sont distribuées par les réseaux publics de sélection et les systèmes de semences.
Lorsqu’il s’agit de réduire l’empreinte carbone de l’élevage, les plantes fourragères offrent de nombreux avantages. En analysant plus de 6 000 accessions prometteuses provenant de trois centres du CGIAR et de leurs banques de gènes (Alliance, ILRI, ICARDA), nous identifions des fourrages à faible émission de méthane capables de réduire les émissions de méthane du bétail.
Au cours de cette première phase, l’Alliance a inauguré les chambres respirométriques les plus avancées d’Amérique latine. Ces 16 chambres permettent de simuler différentes conditions et de valider in vivo les accessions fourragères ayant le plus grand potentiel de réduction des émissions de méthane.
Les hybrides d'Urochloa - sélectionnés en fonction de caractéristiques allant de la tolérance à la sécheresse à la qualité nutritionnelle et développés par les scientifiques de l'Alliance - sont mis à l'échelle grâce à des partenariats avec des gouvernements, des organisations d'agriculteurs et des programmes de développement. Un exemple frappant est le partenariat de longue date entre l'Alliance et le Grupo Papalotla, qui a développé et commercialisé des hybrides de graminées Urochloa (Brachiaria) depuis le lancement du premier hybride, Mulato, en 2001.
Deux vulnérabilités majeures du riz sont les pénuries d’eau de plus en plus fréquentes et la pyriculariose, un champignon qui détruit chaque année suffisamment de riz pour nourrir plus de 60 millions de personnes. En 2024, nos efforts en sélection variétale ont permis des avancées significatives tant sur le plan de la recherche génétique que de l’adoption par les agriculteur.rice.s. Des études génomiques ont permis de relier certaines variétés de riz d’Afrique de l’Est et australe à une résistance inédite à la pyriculariose, ouvrant ainsi la voie au développement de variétés résistantes aux maladies sans compromettre les caractéristiques recherchées par les producteur.rice.s. En Amérique latine et dans les Caraïbes, plus de 100 lignées de riz biofortifié à haute teneur en zinc ont été distribuées dans plusieurs pays. En Colombie, les agriculteur.rice.s ont commencé à tester ces lignées, qui allient amélioration nutritionnelle, résilience climatique et résistance à la pyriculariose. L’adoption de ces innovations a été renforcée grâce à une collaboration étroite avec les communautés locales, notamment les femmes et les agriculteur.rice.s afrodescendant.e.s. Ensemble, ces avancées contribuent à la mise à disposition de variétés de riz résilientes et nutritives, adaptées aux besoins locaux et rapidement adoptées par les communautés agricoles.
En 2024, l’Alliance a collaboré avec des partenaires nationaux en Amérique latine pour développer et lancer sept nouvelles variétés de haricots offrant une meilleure tolérance à la sécheresse, une résistance accrue aux ravageurs et une valeur nutritionnelle renforcée. Chacune de ces variétés a été conçue pour répondre à des défis agricoles spécifiques selon les contextes régionaux :
- Bolivie : Les variétés INIAF Puka, JR25 et INIAF Bicentenario ont été introduites pour renforcer la tolérance à la sécheresse et optimiser l’utilisation de l’eau, aidant ainsi les agriculteur.rice.s à s’adapter au changement climatique.
- Costa Rica : La variété Quiribrí permet de réduire les coûts de production de 50 % et nécessite moins de pesticides, favorisant une agriculture durable tout en assurant une forte valeur marchande et une bonne acceptation par les consommateur.rice.s.
- Guatemala : ICTA Tahual, une variété de haricot noir, a été développée pour améliorer la teneur en fer et les rendements, contribuant ainsi aux efforts de sécurité alimentaire nationale.
- Honduras : Rojo Fortificado, une variété enrichie, présente une résistance accrue aux maladies courantes et une valeur nutritionnelle améliorée, garantissant une meilleure fiabilité des récoltes pour les agriculteur.rice.s.
- Nicaragua : La variété INTA Frijol JM se distingue par ses performances élevées dans des conditions environnementales variées, démontrant une forte productivité et une viabilité commerciale prometteuse.
Ces efforts sont complétés par des outils de sélection tels que BioFlow et des méthodes de phénotypage rapide, désormais intégrés dans les programmes nationaux, garantissant une amélioration durable de la productivité et de la résilience des cultures. L’adoption de ces nouvelles variétés devrait bénéficier à plus de 1 500 agriculteur.rice.s, en améliorant les rendements, en réduisant les coûts d’intrants et en renforçant la résilience face aux aléas climatiques.
Pendant ce temps, en Afrique, la Pan Africa Bean Alliance (PABRA) a poursuivi son approche partenariale unique, en collaborant avec plus de 350 organisations pour développer la chaîne de valeur du haricot à l’échelle régionale. Un résultat remarquable en 2024 a été l’utilisation des programmes de cantines scolaires pour diffuser des variétés de haricots à forte teneur en fer en RDC, au Kenya, au Malawi, au Rwanda et en Tanzanie. Ces initiatives ont permis d’atteindre plus de 2,7 millions de personnes.
En savoir plus sur PABRA
Financement durable pour un impact à grande échelle
Même lorsqu’il existe un fort intérêt, les banques et les entreprises peuvent hésiter à investir dans l’agriculture durable en raison de risques climatiques mal définis, d’une capacité limitée à évaluer les impacts environnementaux et d’un manque de produits financiers adaptés. Mais grâce à son rôle de leader au sein du Hub CGIAR pour la Finance Durable (ImpactSF), l’Alliance contribue à transformer ce paradigme en reliant les investisseur.euse.s aux innovateur.rice.s agroalimentaires locaux.ales, en préparant les agriculteur.rice.s et les acteur.rice.s des chaînes de valeur à l’accès au financement, et en fournissant des analyses fondées sur des données probantes.
À ce jour, ImpactSF a soutenu 190 entreprises agricoles à travers des programmes d’accélération, renforçant leur préparation à l’investissement et leur résilience climatique. En 2024, l’outil ImpactSF Analyzer, alimenté par l’intelligence artificielle, a élargi la portée du programme en collaborant avec plus de 10 institutions financières pour concevoir des produits financiers intelligents face au climat en Afrique, en Amérique latine et en Asie. ImpactSF s’est associé à des investisseur.euse.s à impact majeur pour concevoir des véhicules d’investissement innovants – tels que le fonds Financing Agricultural Small-and-Medium Enterprises in Africa (FASA) et le fonds Ag360 – visant plus de 750 millions USD d’investissements durables.
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