Blog Développer l'agroforesterie du cacao en Côte d'Ivoire : quelles conditions sont nécessaires ?

Scaling cocoa agroforestry in Côte d'Ivoire - what needs to be in place

Le 16 juin 2026, à Abidjan, en Côte d'Ivoire, l'Alliance formée par Bioversity International et le CIAT a réuni les acteurs du secteur du cacao afin de valider un cadre visant à développer l'agroforesterie cacaoyère et d'identifier les politiques, les financements, les marchés et les systèmes de soutien nécessaires pour faire progresser la production de cacao sans déforestation.

Un jeune arbre peut être produit, distribué et livré à un producteur de cacao. Mais le succès de l’agroforesterie ne se résume pas à la simple plantation d’arbres. Le producteur dispose-t-il des connaissances, des incitations, des financements et du soutien institutionnel nécessaires pour implanter et gérer ces arbres ? Les marchés, les politiques et les services de vulgarisation permettront-ils de pérenniser cette pratique ? Et, dans quelques années, ces arbres généreront-ils suffisamment de valeur pour justifier l’investissement ?

Ces questions ont orienté les discussions lors de l’atelier des parties prenantes sur le développement de l’agroforesterie pour un cacao « zéro déforestation », organisé par l’Alliance de Bioversity International et du CIAT à Abidjan le 16 juin 2026. Cet atelier a réuni des représentants des pouvoirs publics, du Conseil du café et du cacao, d’instituts de recherche, d’entreprises du secteur du cacao, de la société civile, ainsi que des partenaires de développement, des coopératives et des producteurs.

L’atelier a mis en avant un message essentiel : le développement à grande échelle de l’agroforesterie nécessite bien plus que la simple distribution de plants d’arbres. Les participants ont convenu qu’une adoption durable dépend d’un environnement propice qui harmonise les politiques, renforce les institutions, crée des incitations commerciales, renforce les capacités des agriculteurs et mobilise des financements pour soutenir l’expansion à long terme de l’agroforesterie à travers le paysage cacaoyer.

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En ouverture de l'atelier, le Dr Augusto Castro a présenté les résultats des recherches menées en Côte d’Ivoire en 2025, qui portaient notamment sur les voies à suivre pour parvenir à des marchés du cacao sans déforestation et à un financement durable. Il a souligné le rôle des données scientifiques pour étayer la prise de décision et orienter les politiques et stratégies visant à développer l’agroforesterie cacaoyère dans le pays.

Au cœur de cette démarche se trouvait une approche fondée sur la recherche approche en six étapes fondée sur la recherche et appliquée en Côte d’Ivoire en 2025. Cette réunion a été l’occasion de partager les résultats, de valider et de renforcer un cadre proposé pour le développement à grande échelle de l’agroforesterie, ainsi que d’explorer les opportunités offertes par le marché du carbone mises en avant par l’Alliance.

Six étapes pour analyser un problème complexe de mise à l'échelle

Présenté par Dr George Amahnui, l’approche en six étapes part du principe que, pour développer l’agroforesterie afin de réduire la déforestation liée à la production de cacao, il faut aller au-delà de la pratique elle-même.

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Pour comprendre cette dynamique plus large, l'approche s'articule autour d'une série de questions directrices :

  • Où la déforestation a-t-elle lieu et quels en sont les facteurs ? ;
  • Quelles politiques et institutions façonnent la production durable de cacao ? ;
  • Qu’est-ce qui incite les agriculteurs à adopter l’agroforesterie ? ;
  • Où les chaînes de valeur créent-elles des obstacles ou des opportunités ? ;
  • Quels modèles commerciaux et de financement peuvent favoriser une adoption à plus grande échelle ? ; et
  • Comment évaluer les résultats environnementaux, économiques et sociaux ?

En répondant à ces questions, l’approche en six étapes permet de formuler des recommandations fondées sur des données factuelles visant à créer un environnement propice à la généralisation de l’agroforesterie et à soutenir la transition vers une production de cacao sans déforestation en Côte d’Ivoire.

Ensemble, ces six étapes relient des thèmes souvent abordés séparément : les zones à risque de déforestation et ses facteurs ; les politiques et les institutions ; l’adoption et les incitations ; les chaînes de valeur ; les modèles économiques et de financement ; et la mesure de l’impact.

Confronter les données à la connaissance locale

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Dans le cadre de l'identification des zones à risque de déforestation au sein de notre approche en six étapes, le Dr Daniel Aja a présenté une analyse spatiale de la perte de végétation et des émissions de carbone associées dans les zones de culture du cacao. En combinant les données sur la perte de végétation avec la cartographie des zones de culture du cacao, cette étude a examiné les schémas de conversion de la végétation et leurs implications pour des interventions durables.

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Les participants ont examiné les données avec attention. Dans quelle mesure l’imagerie satellite permet-elle de distinguer avec précision l’agroforesterie cacaoyère d’autres utilisations des sols impliquant des arbres ? Comment les systèmes de culture mixte sont-ils représentés ? La pression démographique pourrait-elle contribuer à expliquer la perte de végétation ?

L'équipe de recherche a reconnu la nécessité de procéder à des vérifications supplémentaires sur le terrain. Les participants ont salué l'intérêt de l'analyse spatiale tout en appelant à une meilleure intégration des données nationales et à une collaboration renforcée avec les instituts de recherche nationaux et locaux afin d'améliorer l'appropriation commune du projet.

Les institutions qui entourent une plantation de cacao ont également leur importance

Une évaluation du cadre favorable en Côte d'Ivoire, présentée par Angie Sanchez, a examiné les politiques, les institutions, les mesures incitatives et les priorités des parties prenantes en matière de cacao durable et d’agroforesterie.

L'analyse des politiques a mis en évidence une forte prise en compte de la conservation des forêts, de l'agroforesterie et de la résilience climatique dans les stratégies nationales. Parallèlement, elle a identifié des lacunes en matière de suivi et d'évaluation. Certaines politiques fixent des objectifs ambitieux en matière de durabilité, mais disposent de peu d'indicateurs clairs ou de mécanismes permettant de suivre leur mise en œuvre et leurs résultats.

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Comprendre pourquoi les agriculteurs adoptent ou n'adoptent pas

Le Dr Mary Ngaiwi a présenté une étude comparative menée dans des pays producteurs de cacao, notamment la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Cameroun et la Guinée, sur les facteurs influençant l’adoption par les agriculteurs de pratiques cacaoyères durables.

Cette étude a identifié les services de vulgarisation, l’adhésion à des coopératives et les systèmes de certification comme des facteurs favorisant l’adoption de systèmes agroforestiers pour la culture du cacao. Parallèlement, l’insécurité foncière et des droits de propriété sur les arbres, les contraintes en matière de main-d’œuvre et le long délai nécessaire avant que les investissements agroforestiers ne génèrent des rendements peuvent dissuader les agriculteurs d’opérer des changements à long terme.

Les participants ont approfondi l’analyse. Ils ont insisté sur la continuité des politiques et l’accès à des informations pratiques, tout en évoquant les facteurs culturels et sociaux, la concurrence avec d’autres utilisations des terres, ainsi que les exigences de gestion supplémentaires liées à la présence d’arbres dans les exploitations cacaoyères.

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Les piliers permettant de développer à grande échelle les systèmes agroforestiers afin de réduire la déforestation

L'atelier est ensuite passé de la présentation des résultats à la validation du cadre nécessaire à la mise à l'échelle.

Le Dr George Amahnui et Martha Vanegas ont présenté les facteurs favorables issus de la recherche et d’expériences de transposition à plus grande échelle dans différents contextes, notamment les politiques, les institutions, le financement, les marchés, le renforcement des capacités, les infrastructures, les partenariats et l’inclusion sociale.

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On a demandé aux participants ce qui comptait le plus en Côte d'Ivoire.

L’accès aux marchés et la différenciation des marchés pour les produits agroforestiers sont arrivés en tête. Les participants ont fait valoir que les agriculteurs avaient besoin de perspectives économiques claires liées à l’agroforesterie. Le cacao et les autres produits issus de ces systèmes ont besoin de marchés qui justifient économiquement le maintien d’investissements à long terme.

Les connaissances, les capacités techniques et les services de vulgarisation ont été classés en deuxième position. Les participants ont appelé à la mise en place de modèles agroforestiers concrets adaptés aux conditions locales, à un renforcement de la formation, à un soutien technique continu et à des informations plus claires sur la propriété des arbres et la réglementation foncière.

Les mécanismes de financement et d’investissement occupaient la troisième place. Le crédit agricole, les assurances adaptées à l’agroforesterie, le financement climatique et le financement du carbone ont été abordés lors des discussions. Les participants ont également mis l’accent sur les systèmes de suivi, de rapport et de vérification (MRV) afin de suivre les résultats et de renforcer l’accès au financement climatique et au financement du carbone.

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L'exemple précédent concernant les plants a permis de mettre en évidence ces priorités. Les participants ont fait remarquer que des ressources considérables ont été consacrées à la production de plants, mais que beaucoup d'entre eux ne sont jamais plantés ou ne survivent pas.

Produire un plant n'est pas la même chose que faire pousser un arbre.

Les participants ont fait valoir que les investissements futurs devaient prendre en compte la plantation, l’entretien et la survie à long terme, avec un accompagnement technique continu des agriculteurs.

Un cadre affiné grâce au dialogue

L'atelier d'Abidjan constituait une étape d’un processus de recherche en cours qui a débuté par des consultations préalables des parties prenantes et un atelier organisé en décembre 2025.

Cette fois-ci, l’équipe de recherche est revenue avec des conclusions et une proposition de cadre de mise à l’échelle. Les parties prenantes ont remis en question les données, ajouté des facteurs à l’analyse d’adoption, classé les conditions favorables et contribué à tester le cadre par rapport au secteur du cacao en Côte d’Ivoire.

Les retours recueillis à Abidjan serviront désormais à affiner les résultats de la recherche, le cadre de mise à l’échelle et les recommandations. L’objectif plus large est de générer des données probantes pouvant éclairer la prise de décision, fournir des conseils pratiques aux producteurs, aux institutions gouvernementales, aux organisations de développement, aux chercheurs et aux acteurs du secteur privé, ainsi que des données permettant d’orienter les investissements vers l’agroforesterie et le cacao sans déforestation.

La question des plants reste un rappel utile : la mise à l’échelle de l’agroforesterie ne se résume pas au nombre d’arbres produits ou distribués. Il s’agit de savoir si les agriculteurs disposent des conditions nécessaires pour les planter, les gérer et percevoir l’intérêt de les conserver sur leurs exploitations.

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This note was developed as part of the CGIAR Science Programs: Climate Action and Scaling for Impact