Blog Écouter le cœur de la chaîne de valeur du cacao ivoirien : voix du terrain

Hearing the heart of the Ivorian cocoa value chain: Voices from the ground

La salle était déjà animée avant même le début des discussions. Les producteur.rice.s saluaient les responsables de coopératives avec des poignées de main familières. Les exportateur.rice.s posaient leurs carnets. Les représentant.e.s des institutions publiques, des organisations de la société civile et des agences de développement se regroupaient en petits cercles autour de tables carrées. Tout le monde savait pourquoi il ou elle était là : repenser ensemble la chaîne de valeur du cacao en Côte d’Ivoire, non pas en théorie, mais de manière ancrée dans les réalités vécues.

Cet esprit de collaboration a marqué l’atelier réunissant les acteur.rice.s de la chaîne de valeur du cacao ivoirien. Organisé à Abidjan par l’Alliance de Bioversity International et du CIAT, ce dialogue a mobilisé des acteur.rice.s de l’ensemble de la chaîne de valeur du cacao et a bénéficié de la participation de partenaires clés du développement tels que l’ AICS (Agence italienne de coopération au développement), Save the Children, Solidaridad et Rainforest Alliance. Pendant deux jours, les participant.e.s ont travaillé côte à côte pour valider les recherches, mettre en lumière les défis et co-construire des trajectoires vers un secteur cacao sans déforestation, résilient face au climat et inclusif

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Un secteur sous pression et prêt à évoluer

La Côte d’Ivoire produit 40 % du cacao mondial. Avec le Ghana, elle constitue le cœur battant d’une industrie mondiale. Mais ce cœur est aujourd’hui sous pression.

Les perturbations climatiques, telles que les sécheresses, les inondations et l’augmentation des températures, compromettent déjà les rendements et la stabilité des exploitations. Dans le même temps, les nouvelles réglementations sur la déforestation vont redéfinir l’accès aux marchés internationaux. Dans le cadre du Règlement de l’Union européenne sur la déforestation, le cacao importé devra être traçable et certifié comme ne provenant pas de terres récemment déboisées, à partir de décembre 2026.

Les entreprises doivent désormais cartographier les exploitations, vérifier les coordonnées GPS et documenter les pratiques de production tout au long de leurs chaînes d’approvisionnement. Bien que conçues pour limiter la déforestation, ces règles mettent également en lumière de profondes inégalités : les exportateur.rice.s et les grandes coopératives sont mieux équipé.e.s pour s’y conformer, tandis que de nombreux petits producteur.rice.s manquent de ressources, de documentation ou d’appui technique pour prouver leur conformité. Sans accompagnement, les agriculteur.rice.s qui dépendent du cacao risquent de perdre l’accès aux marchés et se posent désormais des questions essentielles :

Comment maintenir la productivité des exploitations face au stress climatique ?
Comment protéger les forêts sans compromettre les moyens de subsistance ?
Et comment faire en sorte que la durabilité se traduise par de réels bénéfices économiques pour les producteur.rice.s ?

Si le cacao doit rester un pilier de prospérité, la chaîne de valeur doit évoluer vers un avenir durable et sans déforestation.

Un chemin en six étapes vers la durabilité

L’atelier s’inscrivait dans la mise en œuvre de l’approche en six étapes de l’Alliance, un cadre qui combine analyse scientifique et co-construction avec les acteur.rice.s. Le processus a débuté par une analyse documentaire approfondie. Mais la recherche seule ne permet pas de saisir toute la complexité des réalités.

Pour valider et enrichir ces résultats, une équipe de l’Alliance s’est rendue à Abidjan afin de rencontrer des acteur.rice.s de tous les segments de la chaîne de valeur du cacao : écouter, apprendre et co-construire des innovations directement à partir du terrain.

Cartographier la chaîne ensemble

La session s’est ouverte par une cartographie collective de la chaîne de valeur du cacao. Les participant.e.s ont réfléchi aux rôles des différents acteur.rice.s, aux principaux segments de marché et aux principaux goulots d’étranglement qui influencent les performances.

Un obstacle est rapidement apparu : l’accès au financement. Les petits producteur.rice.s et les coopératives ont expliqué comment l’accès limité au crédit restreint leur capacité à investir dans les intrants, la formation et les pratiques durables. La discussion a également mis en évidence des lacunes en matière d’infrastructures, d’information sur les marchés et de répartition de la valeur.

À travers les échanges et les débats, le groupe a transformé des perspectives individuelles en une compréhension collective et systémique.

Repenser les modèles économiques

La discussion s’est ensuite orientée vers les modèles économiques.

Les participant.e.s se sont interrogé.e.s et ont échangé : comment les acteur.rice.s interagissent-ils et elles sur le plan commercial ? Où les dynamiques actuelles créent-elles des difficultés ? Et où de nouveaux partenariats pourraient-ils générer de la valeur pour l’ensemble des parties prenantes ?

À partir de là, ils et elles ont exploré les possibilités de renforcer les liens entre producteur.rice.s et transformateur.rice.s, d’améliorer les services des coopératives et de créer des incitations aux pratiques durables qui dépassent la simple conformité pour devenir de véritables avantages compétitifs.

Ce qui compte le plus : priorités de développement

Lorsqu’il leur a été demandé d’identifier leurs principales priorités de développement, les acteur.rice.s ont convergé autour de trois thèmes clés : la génération de revenus et la productivité ; la résilience climatique ; et l’augmentation de la transformation et de la consommation locales.

Ces priorités reflètent une volonté non seulement de produire davantage de cacao, mais de le produire mieux : de manière à renforcer les moyens de subsistance, à protéger les écosystèmes et à conserver davantage de valeur au sein du pays.

Regrouper les pratiques durables pour plus d'impact

La session finale s’est tournée vers les pratiques durables et les ensembles d’innovations. Les participant.e.s ont travaillé de manière transversale pour cartographier les innovations existantes, notamment l’agroforesterie, les pratiques de gestion de la santé des sols et l’agriculture respectueuse de la biodiversité, puis explorer comment leur combinaison pourrait amplifier les impacts.

Cet exercice a suscité une réflexion sur la responsabilité individuelle et collective. Chaque acteur.rice a examiné son rôle dans la durabilité de la chaîne de valeur et la manière dont une meilleure coordination pourrait transformer des initiatives isolées en un changement systémique.

Ce que les acteur.rice.s ont dit : dans leurs propres mots

Sandre« C’était un atelier vraiment intéressant. Très participatif, en réalité. Il nous a permis de comprendre les défis auxquels le secteur est confronté, tout ce qui est mis en œuvre en matière d’innovation, notamment en agroforesterie, ainsi que les attentes des producteur.rice.s et des coopératives qui constituent véritablement la base, voire le point de départ de la chaîne de valeur. Nous souhaiterions voir davantage ce type d’initiative, ce type d’échange, afin de pouvoir continuellement actualiser nos connaissances et être réellement en mesure de faire face aux défis climatiques du secteur, qui est un secteur très important en Côte d’Ivoire. » Sandre Christelle Lauhe

Nando"Nous venons de terminer un atelier, et nous avons été très satisfaits de tout ce que nous avons appris. Nous avons apporté quelques éléments, mais nous sommes très fiers car cela nous permet de comprendre que dans la cacaoculture, il y a des évolutions et des innovations en termes de biodiversité. Nous remercions donc le groupe Alliance de nous avoir permis de participer à cet atelier. Nous allons maintenant transmettre l'information à nos différentes bases pour qu'elle puisse être partagée avec toutes les régions". Nando Ali Diarra

SounanJe tiens à remercier l'Alliance Biodiversité & le CIAT pour cet atelier qui nous a permis de comprendre les différents enjeux et défis de la filière cacao en Côte d'Ivoire, ainsi que les différents défis présentés par les étapes de la chaîne de valeur du cacao. Cet atelier a été riche en expériences et en partage, et j'invite tous ceux qui ont participé à cet atelier à diffuser le message dans les différentes localités afin que les producteurs aient de meilleures conditions de vie et que la filière cacao devienne encore plus durable." Sounan Theophile Camara

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Konan"Je voudrais remercier tout le monde, et en particulier l'Alliance Biodiversité et le CIAT, qui nous ont permis de participer à un atelier où nous avons mis en évidence des éléments de durabilité et de résilience climatique, ainsi que certaines méthodes pratiques de durabilité à cet égard et des opportunités que nous avons discutées ensemble. Je crois que c'est avec une grande satisfaction que nous retournons vers nos membres pour les sensibiliser et promouvoir la compréhension à cet égard, afin que nous puissions rester durables dans la culture du cacao, avec une véritable durabilité pour les générations futures ". Konan Sylvain N'Dri

Le chemin à parcourir

L’Alliance intègre désormais ces enseignements dans ses travaux de recherche en cours et dans le développement de ses stratégies. La prochaine phase sera consacrée à la co-création d’innovations et de modèles économiques répondant directement aux priorités des acteur.rice.s : de meilleurs revenus, des solutions adaptées localement, des systèmes agricoles résilients et des moyens de subsistance durables.

En Côte d’Ivoire, l’avenir du cacao ne se façonne pas uniquement sous l’influence des marchés mondiaux et des réglementations, mais aussi à travers la voix collective de celles et ceux qui le produisent, le commercialisent et en dépendent. C’est dans ces espaces de dialogue partagé que commence à se construire une filière cacao plus durable.

George Amahnui, qui dirige la mise en œuvre de l’approche en six étapes, souligne :

« La voie à suivre est claire : s’appuyer sur ce qui fonctionne déjà, renforcer la collaboration tout au long de la chaîne et déployer à grande échelle des solutions qui apportent une réelle valeur aux producteur.rice.s comme aux forêts. Un cacao durable reposera sur une action coordonnée, ancrée dans les réalités locales. »