Blog Les cantines scolaires se tournent vers l’approvisionnement local : les modèles d’achats auprès des producteurs locaux génèrent d’importants bénéfices en Afrique.

71,5 millions d’élèves africain.e.s bénéficient de repas scolaires quotidiens. Les programmes d’alimentation scolaire basée sur la production locale (Home-Grown School Feeding – HGSF) relient ces repas aux petit.e.s exploitant.e.s agricoles et aux communautés locales, générant un effet d’entraînement qui accroît les bénéfices.

 

Chaque mois de mars, l’Union africaine reconnaît l’importance des repas scolaires comme le plus grand programme de filet de sécurité sociale, contribuant à l’éducation, au bien-être des enfants, à la sécurité alimentaire et à l’équité. Globalement, pour chaque dollar américain investi dans l’alimentation scolaire, un retour de 35 dollars américains peut être généré, avec des impacts sur des secteurs tels que l’agriculture, l’environnement, l’éducation, la santé et la nutrition, ainsi que la protection sociale. Les retombées positives dans l’ensemble des secteurs sont particulièrement élevées dans les programmes d’alimentation scolaire basée sur la production locale ( home-grown school feeding – HGSF), qui peuvent apporter un avantage supplémentaire en matière de nutrition, d’autonomisation des femmes et des filles et de résilience climatique.

Le HGSF constitue un modèle d’alimentation scolaire conçu pour fournir aux enfants scolarisés des aliments sûrs, diversifiés et nutritifs, provenant de sources locales auprès de petit.e.s exploitant.e.s agricoles. En Afrique, un nombre croissant de gouvernements introduisent ce modèle. Un exemple pertinent est celui de l’Afrique de l’Ouest, où il a été adopté par tous les pays.

Pourquoi les repas scolaires représentent une opportunité qui va bien au-delà des élèves

L’augmentation des inscriptions, l’amélioration de l’assiduité et la réduction des taux d’abandon scolaire comptent parmi les principaux bénéfices des programmes de repas scolaires. En garantissant que les filles et les garçons reçoivent la nutrition dont ils ont besoin pour aller à l’école, apprendre et s’épanouir, ces programmes soutiennent l’égalité des chances dans l’éducation et aident chaque enfant, quel que soit son genre ou son origine, à construire un avenir meilleur.

Au-delà de la salle de classe, les repas scolaires offrent d’importants avantages sociaux et économiques. Par exemple, les achats destinés aux programmes d’alimentation scolaire basée sur la production locale (Home-Grown School Feeding – HGSF) peuvent favoriser un lien plus fort avec le patrimoine local en intégrant des aliments traditionnels, stimuler le développement agricole et soutenir les moyens de subsistance des petits exploitants agricoles grâce à la mise à disposition d’un marché stable et fiable. En Afrique subsaharienne, 75 % des programmes HGSF dépendent des petits exploitants agricoles pour renforcer l’approvisionnement des repas scolaires.

Les programmes d’alimentation scolaire basée sur la production locale (Home-Grown School Feeding – HGSF) peuvent également renforcer la conservation et l’utilisation durable de l’agrobiodiversité. En Afrique, les programmes HGSF reposent souvent sur seulement six cultures, principalement des céréales, des légumineuses et des huiles comme le maïs et le soja, alors que la région compte plus de 1 000 légumes-feuilles, fruits et légumes traditionnels comestibles. L’utilisation de cette diversité sous-exploitée dans des repas scolaires respectueux de la planète pourrait renforcer la souveraineté alimentaire tout en promouvant des cultures nutritives, résilientes, à faibles intrants et présentant un potentiel économique.

Les femmes jouent souvent un rôle central dans la production et la préparation des aliments dans les programmes HGSF. Pourtant, elles font fréquemment face à des obstacles pour accéder aux ressources, aux marchés et aux espaces de décision. Des politiques sensibles au genre peuvent contribuer à garantir que les femmes agricultrices, les prestataires de restauration et les travailleuses bénéficient équitablement des opportunités d’approvisionnement, accèdent à la formation et au financement, et participent à la gouvernance des programmes.

Les collaborations de l’Alliance permettent de diversifier davantage les aliments dans les repas

En Afrique, l’Alliance de Bioversity International et du CIAT collabore avec les principales parties prenantes des programmes d’alimentation scolaire basée sur la production locale (Home-Grown School Feeding – HGSF), notamment les décideur.e.s politiques, les agriculteur.rice.s, les élèves et les communautés locales. Ensemble, elles et ils intègrent le genre et l’agrobiodiversité dans les programmes HGSF, en soutenant le développement de systèmes de repas scolaires sensibles au genre et respectueux de la planète.

À travers le projet B-REAL au Kenya, les enseignant.e.s, les agriculteur.rice.s et les parents travaillent ensemble pour transformer les écoles en petits « laboratoires vivants » qui relient l’éducation à une agriculture résiliente et à la restauration des paysages. Cette approche soutient trois initiatives clés :

  • des pépinières d’arbres polyvalentes qui renforcent l’agrobiodiversité, la séquestration du carbone et fournissent des fruits et du fourrage ;
  • des jardins scolaires biologiques qui offrent un apprentissage pratique en sciences, en nutrition et en agroécologie tout en produisant des aliments sûrs ;
  • et des banques communautaires de semences qui préservent les variétés de cultures indigènes, renforcent la résilience climatique et protègent le patrimoine alimentaire local.

B-REAL relie également les agriculteur.rice.s locaux.ales organisé.e.s en groupes de systèmes participatifs de garantie (PGS) aux gouvernements locaux et aux prestataires de repas scolaires afin de soutenir la fourniture de repas scolaires sains et d’offrir une source de revenus fiable. Cette initiative s’appuie sur le travail de l’Alliance en Inde visant à renforcer le lien entre les agriculteur.rice.s locaux.ales et les écoles, où l’Alliance et ses partenaires locaux collaborent avec les communautés pour identifier et prioriser les cultures locales saisonnières sous-utilisées à intégrer dans le programme de repas scolaires. Ce processus garantit que les producteur.rice.s et les consommateur.rice.s locaux.ales, souvent marginalisé.e.s, aient leur mot à dire dans la sélection de cultures qui leur sont familières et acceptables.

Des outils numériques tels que Diversity for restoration (D4R) et MyFarmTrees aident les agriculteur.rice.s à choisir des espèces d’arbres répondant aux besoins des communautés et à la conservation de la biodiversité. Cela inclut et garantit la documentation, la vérification et le contrôle de qualité depuis la collecte des semences jusqu’à la croissance des arbres. Au Cameroun, des élèves et des parents ont utilisé l’application pour sélectionner et planter des variétés d’arbres indigènes comme le noyer africain (Lovoa trichilioides) dans les écoles. Parallèlement, dans le cadre du projet SUSTLIVES au Burkina Faso et au Niger, des élèves ont mis en place des jardins scolaires, renforçant la sensibilisation et la consommation d’espèces traditionnelles négligées et sous-utilisées telles que le pois Bambara, l’amarante, l’hibiscus roselle et le moringa. Le manuel de formation destiné aux enseignant.e.s pour reproduire le cours dans d’autres écoles peut être téléchargé gratuitement en français et en anglais.

L’Alliance propose également des outils pratiques pour les décideur.e.s politiques. Cet outil pilote guide l’intégration d’indicateurs clés dans les politiques d’approvisionnement alimentaire afin de soutenir des repas scolaires respectueux de la planète dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Il peut fonctionner comme une liste de contrôle, un modèle de notation pour améliorer les appels d’offres, un instrument de suivi et d’évaluation ou encore une base pour co-construire des politiques d’alimentation scolaire au niveau de l’école, local ou national. En complément, un cadre pour faire progresser l’égalité de genre dans les programmes HGSF ainsi qu’un récit visuel mettant en évidence les points d’entrée pour l’inclusion sociale tout au long de la chaîne allant de la production à la consommation offrent des orientations pour intégrer et suivre de manière systématique les considérations de genre et sociales dans les programmes HGSF.

La voie à suivre

Alors que l’alimentation scolaire gagne en visibilité à l’échelle mondiale, il est important que les dimensions interconnectées de l’agrobiodiversité et du genre soient pleinement intégrées dans les programmes d’alimentation scolaire basée sur la production locale (Home-Grown School Feeding – HGSF), en particulier dans le contexte africain où les petit.e.s exploitant.e.s agricoles représentent 85 % de la production alimentaire. De manière cruciale, ces efforts devront s’appuyer sur la sécurisation de budgets, le renforcement des capacités institutionnelles et des engagements politiques stables afin de générer des bénéfices synergiques pour les parties prenantes et les écosystèmes qui soutiennent les programmes d’alimentation scolaire.

L’année 2026 s’annonce prometteuse pour les engagements mondiaux en matière d’agrobiodiversité et de genre. Le Forum mondial de la biodiversité ( World Biodiversity Forum (WBF) et la Conférence des Nations Unies sur la biodiversité de 2026 (CBD COP17) offrent une opportunité opportune de mettre en lumière, sur la scène internationale, les progrès remarquables réalisés grâce aux programmes HGSF. À travers l’initiative transversale de la Convention sur la diversité biologique (CBD) consacrée à la biodiversité pour l’alimentation et la nutrition, les écoles sont de plus en plus reconnues comme des espaces essentiels pour favoriser la compréhension de la biodiversité et de son lien avec des régimes alimentaires durables. Parallèlement, l’Année internationale de la femme agricultrice (2026) attire l’attention sur la nécessité de changements systémiques pour permettre aux femmes de réaliser pleinement leur potentiel en tant que productrices et agripreneures. Cette convergence d’initiatives mondiales offre un moment stratégique pour positionner les programmes HGSF comme un modèle de systèmes alimentaires à la fois favorables à la biodiversité et sensibles au genre.