Blog Cinq vérités surprenantes sur l'alimentation et la santé que nous avons apprises au Kenya
Nous pensons souvent à notre système alimentaire en termes simples : les agriculteurs produisent des aliments, ceux-ci sont acheminés vers un marché et nous les achetons. C'est un chemin direct de la ferme à la table. Mais la réalité de l'accès à la nourriture et de sa consommation est bien plus complexe, remplie de défis cachés et de dynamiques sociales surprenantes qui façonnent la santé de communautés entières. L'écart entre nos hypothèses et la vérité peut nous empêcher de procéder à des changements efficaces.
Un récent "projet d'alimentation biologique" au Kenya - mis en œuvre par l'Alliance, le Diabetes Awareness Trust (DAT) et Feedback to the Future (FttF) depuis 2023 - a pour objectif de construire un système alimentaire régional plus sain, plus inclusif et régénérateur. En reliant les petits agriculteurs du comté rural de Makueni aux consommateurs urbains de Nairobi, le projet vise à améliorer tous les aspects de la vie, des pratiques agricoles à la santé alimentaire.
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La principale raison d'une mauvaise alimentation n'est pas ce que vous pensez
Lorsque l'on examine les risques pour la santé liés à l'alimentation, la conversation porte souvent sur la suppression de la malbouffe, du sucre et des graisses malsaines. Cependant, cette étude a mis en évidence une autre cause principale de préoccupation. Les données montrent qu'une majorité de femmes et d'adolescents des zones urbaines de Nairobi et des zones rurales de Makueni présentent un risque modéré à élevé de développer des maladies non transmissibles (MNT) telles que le diabète et les maladies cardiaques. La raison ? Moins de 30 % des femmes et des adolescents de l'échantillon de Nairobi atteignent le score minimum recommandé de diversité alimentaire de cinq groupes d'aliments sur dix.
Crédit photo : Noor Khamis/Biovision Foundation
Cela met en évidence l’importance non seulement de ce que nous mangeons, mais aussi de la diversité de notre alimentation. Certain.e.s d’entre nous ont grandi en apprenant l’existence des groupes alimentaires et leurs fonctions dans l’organisme, ainsi que le fait qu’une alimentation saine puise dans l’ensemble de ces groupes. Pourtant, en pratique, nous devrions consommer davantage de certains aliments et beaucoup moins d’autres. Malheureusement, de nombreux adultes, jeunes et enfants à travers le monde ne sont toujours pas conscient.e.s de ces principes de base. L’augmentation des maladies non transmissibles et de l’obésité dans toutes les tranches d’âge reflète clairement ce manque de compréhension. Il est essentiel que nous renforcions toutes et tous nos connaissances et notre sensibilisation aux enjeux clés de la nutrition, tout en soutenant davantage les efforts des organisations qui œuvrent à l’échelle mondiale dans ce domaine. Comme mentionné dans l’un de nos récents blogs, « l’ajout en 2025 d’un indicateur d’alimentation saine, la diversité alimentaire minimale, pour suivre les progrès vers l’Objectif de développement durable 2 des Nations Unies sur la faim zéro, a marqué l’importance d’aller au-delà des calories. Il s’agit d’une avancée majeure dans la reconnaissance du fait que la diversité de notre alimentation est essentielle ».
Même les agriculteur.rice.s doivent aller faire des achats
Une croyance répandue, en particulier concernant les zones rurales, est que les agriculteur.rice.s et leurs familles mangent principalement ce qu’iels produisent sur leurs propres terres. L’étude menée dans le comté de Makueni a montré que cette hypothèse est largement incorrecte. La recherche a révélé que c’est l’inverse qui est vrai : « Les données montrent que la majorité des agriculteur.rice.s en milieu rural achètent la plus grande partie de leur alimentation, contrairement à la croyance selon laquelle les agriculteur.rice.s consomment majoritairement les aliments issus de leurs propres récoltes. »
Ce résultat modifie radicalement notre compréhension de la sécurité alimentaire et de la nutrition en milieu rural. Il signifie que les marchés locaux, les étals et les vendeur.euse.s sont tout aussi essentiels à l’alimentation des agriculteur.rice.s qu’ils le sont pour les habitant.e.s des villes. Pour améliorer la nutrition dans ces communautés, il est essentiel de soutenir ces vendeur.euse.s. Comme le suggèrent les chercheur.e.s, cela peut se faire par des investissements concrets, tels que la mise à disposition d’infrastructures de marché appropriées, notamment des installations de réfrigération pour des produits très périssables mais nutritifs, comme les fruits et les légumes. Se contenter d’encourager les agriculteur.rice.s à cultiver une plus grande diversité de cultures ne suffit pas si la majorité des repas de leur famille provient toujours de marchés offrant des choix limités.
Crédit photo : Noor Khamis/Biovision Foundation
Un "désert alimentaire" peut se trouver à 100 mètres de marche
L’accessibilité alimentaire ne se limite pas à la présence d’un point de vente à proximité ; elle dépend de ce que ce point de vente propose réellement. L’étude a révélé qu’aucun vendeur, qu’il s’agisse d’un kiosque, d’un étal ou d’un vendeur de rue, n’offrait à lui seul une diversité suffisante pour répondre aux recommandations alimentaires minimales. Un manque de diversité alimentaire peut donc exister même dans des zones densément peuplées.
Dans la zone d’étude urbaine de Nairobi, un.e résident.e devait parcourir au moins 100 mètres pour atteindre à la fois une diversité alimentaire adéquate et une variété suffisante de fruits et de légumes. La situation était similaire en milieu rural, dans le comté de Makueni, où les consommateur.rice.s devaient marcher au moins 50 mètres depuis leur vendeur le plus proche simplement pour trouver suffisamment d’options répondant à la diversité alimentaire de base, et 100 mètres pour accéder à une variété de fruits et de légumes. Cela signifie que même si la nourriture est techniquement proche, la diversité nutritionnelle ne l’est pas. Une personne peut être entourée de vendeur.euse.s de produits alimentaires et vivre malgré tout dans un « micro-désert » d’options nutritionnelles, ce qui rend la construction quotidienne d’un repas sain particulièrement difficile.
Crédit photo : Noor Khamis/Biovision Foundation
Une communauté forte peut construire un meilleur régime alimentaire
La santé est souvent considérée comme une responsabilité individuelle, mais la recherche menée à Makueni a mis en évidence un lien fascinant entre les relations sociales et la nutrition. L’étude a montré que les femmes appartenant à une chama, un groupe social local de femmes, présentaient des scores de qualité globale de l’alimentation significativement meilleurs. Cela suggère que leur participation à une communauté solidaire a influencé positivement leurs choix alimentaires et leur santé globale.
Ce résultat rappelle avec force que les résultats en matière de santé ne se construisent pas de manière isolée. Ils sont profondément liés aux systèmes de soutien social, aux savoirs partagés et aux structures communautaires. Améliorer la santé publique ne consiste pas seulement à fournir de l’information ou un accès à la nourriture, mais aussi à renforcer les liens communautaires qui permettent aux individu.e.s de faire ensemble des choix plus sains.
Crédit photo : Noor Khamis/Biovision Foundation
Les données les plus puissantes sont les données partagées
Trop souvent, les organisations de recherche collectent des données auprès des communautés sans fournir de retour d’information. Cela laisse les participant.e.s avec le sentiment d’être de simples points de données plutôt que des contributeur.rice.s valorisé.e.s. L’Alliance et ses partenaires ont adopté une approche différente, en faisant du partage direct des résultats avec les membres des communautés, les vendeur.euse.s et les responsables locaux de la santé ayant participé à l’étude une priorité.
Ce simple fait de boucler la boucle a eu un impact profond. Le Dr Hassan Somane, responsable médical de la santé du sous-comté de Makadara, a remercié l’Alliance et ses partenaires pour cet engagement. Il a souligné que la plupart des organisations disparaissent après la collecte des données, laissant les communautés sans information. Il a exhorté le consortium à partager les résultats avec les décideur.euse.s politiques lors de forums aux niveaux du comté et national, afin de transformer la recherche en catalyseur de changements systémiques. Le Dr Somane a également encouragé son équipe à continuer de discuter, lors de leurs réunions matinales quotidiennes, de l’influence des environnements alimentaires sur les choix alimentaires, les régimes et la santé. Cela leur permettra de mieux comprendre à quel point cette question affecte les populations qu’iels représentent et d’explorer des moyens de travailler ensemble pour obtenir de meilleurs résultats.
Crédit photo : Noor Khamis/Biovision Foundation
Au-delà des hypothèses : Des leçons fondées pour un avenir plus sain au Kenya
Les résultats de ce projet au Kenya montrent que pour construire un avenir plus sain, il faut aller au-delà des idées reçues sur l'alimentation. Les changements durables découlent d'une compréhension plus profonde des réalités quotidiennes nuancées auxquelles les gens sont confrontés, qu'il s'agisse du trajet de 50 mètres pour obtenir une alimentation de base ou de l'influence habilitante d'un groupe de femmes local.
Le projet a commencé par une évaluation diagnostique de l'environnement alimentaire, des habitudes alimentaires et des pratiques agricoles dans les zones du projet. Des données ont été recueillies auprès des ménages comprenant des femmes en âge de procréer et des adolescents afin d'évaluer leurs connaissances, attitudes et pratiques en matière d'alimentation et de nutrition, ainsi que leurs habitudes alimentaires. Des évaluations de l'environnement alimentaire et des cartographies des vendeurs ont également été réalisées dans les deux zones du projet afin de comprendre la diversité du marché.
En outre, des évaluations des chaînes de valeur des fruits et légumes ont été menées afin de comprendre les dynamiques de marché au sein de ces chaînes de valeur.
Les forums de dissémination permettent aux membres des communautés de mieux comprendre l’état des principaux indicateurs de moyens de subsistance et de santé, et d’échanger avec les parties prenantes concernées sur la manière d’obtenir de meilleurs résultats. À Makueni, par exemple, les agriculteur.rice.s ont exhorté le ministère de l’Agriculture à s’inspirer du ministère de la Santé et à être plus visible au sein des communautés afin de les soutenir par des connaissances et des compétences venant compléter le travail réalisé par des partenaires comme Fttf. Ces forums offrent également l’occasion à différents départements gouvernementaux, tels que les ministères de la Santé et de l’Agriculture, d’interagir avec des résultats de recherche ayant des liens directs et indirects avec leurs ministères respectifs, et de réfléchir ensemble à la manière de collaborer pour améliorer l’atteinte de leurs objectifs.
L'équipe à l'origine de l'étude
Le projet de trois ans est financé par la Fondation Biovision, Suisse, et mis en œuvre dans les comtés de Makueni et de Nairobi par l'Alliance de Bioversity International et du CIAT, en collaboration avec Feedback to the Future, le Diabetes Awareness Trust, et les comtés de Nairobi et de Makueni.
Irene Mudiovo Induli
Research Associate
Rosina Wanyama
Scientist - Food Environment and Consumer Behavior
Tosin Harold Akingbemisilu
Research Specialist
Céline Termote
Senior Scientist - Africa Regional Team leader Food Environment and Consumer BehaviorCrédit photo couverture: Noor Khamis/Fondation Biovision
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