Blog Créer les conditions nécessaires au déploiement à grande échelle de l’agroforesterie cacaoyère en Guinée
Le 12 juin 2026, les acteurs de l'ensemble du secteur cacaoyer guinéen se sont réunis à Conakry autour d'une question commune : comment le pays peut-il développer sa production de cacao tout en protégeant ses forêts et en créant des opportunités économiques durables ?
Pour la Guinée, cette question est au cœur d’un secteur du cacao en pleine mutation. Face à la demande croissante de cacao traçable et issu d’une production sans déforestation, les producteurs et les décideurs politiques sont confrontés au défi d’accroître la productivité tout en préservant les écosystèmes qui garantissent la résilience agricole à long terme.
En tant que producteur émergent de cacao, la Guinée dispose d’une opportunité unique de construire dès le départ un secteur cacaoyer durable. Dans le cadre du Programme Simandou 2040, l’agriculture est positionnée comme un moteur clé de la transformation économique, tandis que les exigences du marché, telles que le règlement de l’Union européenne sur la déforestation, redéfinissent les attentes concernant la manière dont les matières premières sont produites, contrôlées et commercialisées.
Dans ce contexte, l’Alliance entre Bioversity International et le CIAT, par l’intermédiaire du Programme scientifique du CGIAR sur l’action climatique, a organisé un atelier afin de partager des résultats scientifiques, de valider un cadre pour la mise à l’échelle des innovations agroforestières et d’explorer les opportunités offertes par le marché du carbone.
Points clés à retenir
- L'agroforesterie est au cœur des ambitions de la Guinée en matière de cacao : elle offre un moyen d'accroître la productivité tout en protégeant les forêts, en renforçant la résilience et en créant de nouvelles opportunités économiques.
- Le développement de l’agroforesterie nécessite davantage que de simples solutions techniques. Les participants ont convenu que des politiques favorables, des institutions plus solides, du matériel végétal de qualité, des services de vulgarisation et des incitations commerciales devaient agir de concert pour permettre son adoption.
- L’atelier a validé l’approche en six étapes de l’Alliance, confirmant sa pertinence pour identifier les conditions nécessaires au développement de l’agroforesterie en Guinée, tout en intégrant les retours des parties prenantes afin de renforcer ce cadre.
- Le renforcement des organisations de producteurs est apparu comme une priorité, au même titre que l’amélioration des systèmes de semences et de pépinières, des pratiques post-récolte, de la qualité du cacao et de la transformation locale.
- De meilleures données et une coordination renforcée sont essentielles pour orienter les investissements, cibler les interventions et harmoniser les efforts entre le gouvernement, les instituts de recherche, le secteur privé et les organisations de producteurs.
- Le financement du carbone offre un potentiel à long terme, mais les participants ont souligné que la concrétisation de cette opportunité dépendra d’une gouvernance solide, d’un partage transparent des bénéfices et de systèmes de suivi crédibles.
Gianpiero Menza, responsable senior des partenariats et des financements innovants au sein de l'Alliance. Photo : IRAG
Intégrer le secteur du cacao dans les ambitions de développement plus larges de la Guinée
L'atelier a débuté par une présentation établissant un lien entre le cacao durable et les priorités nationales de développement de la Guinée. Dans leurs allocutions d’ouverture, le Dr Gianpiero Menza et le Dr Augusto Castro ont souligné l’importance d’une collaboration fondée sur la science pour relever les défis auxquels est confronté le secteur cacaoyer guinéen. Ils ont mis en avant les partenariats de l’Alliance entre Bioversity International et le CIAT avec les institutions nationales, ainsi que ses recherches sur les systèmes cacaoyers durables, qui contribuent aux efforts du pays visant à concilier développement agricole, conservation des forêts et croissance économique rurale.
Son Excellence Tarek Chazli, ambassadeur d'Italie en Guinée, a souligné que, bien que la Guinée soit largement reconnue pour ses richesses minérales, l'agriculture reste un secteur stratégique pour le développement à long terme du pays. Il a mis en avant le potentiel du cacao et du café pour générer des emplois, renforcer les économies locales et créer davantage de valeur grâce à une production et une transformation durables.
Lors de l'inauguration officielle de l'atelier, S.E. Aminata Kaba, ministre de l'Agriculture, a replacé le cacao dans le cadre du programme Simandou 2040 et des ambitions de la Guinée en matière de diversification économique. Son message allait au-delà d'une simple augmentation de la production de cacao. La Guinée, a-t-elle expliqué, cherche à renforcer les chaînes de valeur agro-industrielles, la transformation locale et la création de valeur au sein du pays.
Son Excellence Tarek Chazli, ambassadeur d'Italie en Guinée. Photo : IRAG
Son Excellence Aminata Kaba, ministre de l'Agriculture. Photo : IRAG
Pourquoi l'agroforesterie est-elle importante ?
L'agroforesterie offre une voie prometteuse pour transformer le secteur cacaoyer guinéen en un secteur plus productif, plus résilient et plus durable sur le plan environnemental. En intégrant des arbres dans les plantations de cacao, l’agroforesterie peut améliorer la santé des sols, renforcer la résilience face à la variabilité climatique, préserver la biodiversité et réduire la pression sur les forêts naturelles. Les systèmes de production diversifiés peuvent également consolider les moyens de subsistance des agriculteurs en créant des sources de revenus supplémentaires et en renforçant la résilience des ménages agricoles.
Les discussions menées à Conakry ont toutefois souligné que le développement de l’agroforesterie ne se résume pas simplement à planter davantage d’arbres. Son adoption à grande échelle dépend d’un environnement favorable combinant des politiques de soutien, des institutions solides, l’accès à du matériel végétal de qualité et à des services de vulgarisation, des chaînes de valeur efficaces, ainsi que des incitations commerciales récompensant la production durable de cacao.
Ces enjeux ont été examinés à la lumière de l’« approche en six étapes » de l’Alliance, présentée par le Dr George Amahnui. Cette approche relie six domaines de recherche : les zones à risque de déforestation et leurs facteurs déterminants ; les politiques et les priorités en matière d’innovation ; l’adoption et les mesures d’incitation ; les chaînes de valeur ; les modèles économiques et de financement ; et la mesure des impacts environnementaux, économiques et sociaux.
L'atelier a été l'occasion de confronter ces travaux de recherche aux réalités du secteur cacaoyer guinéen.
Des paysages aux agriculteurs : les enseignements tirés
Le Dr Daniel Aja a présenté une analyse spatiale portant sur la production de cacao, la perte de végétation et la dégradation forestière en Guinée. Cette étude a permis de dresser un premier tableau des zones où la production de cacao et l’évolution de la végétation pourraient se recouper.
Les participants ont fait part de leurs commentaires sur ces estimations et ont souligné la nécessité d’une validation sur le terrain et de données nationales plus précises. À mesure que le secteur cacaoyer guinéen se développe, il sera essentiel de disposer d’informations plus précises sur les zones de production de cacao et l’évolution des paysages afin de cibler les interventions et de suivre les progrès réalisés.
La mise en place d'un environnement propice à l'agroforesterie nécessite également de comprendre les institutions et les politiques qui influencent les décisions des agriculteurs. Pour explorer cet aspect, Angie Sánchez a présenté les conclusions d’une évaluation du paysage politique guinéen et des priorités des parties prenantes. L’analyse a mis en évidence des défis persistants, notamment la nécessité de renforcer les organisations de producteurs, l’accès limité à du matériel végétal de qualité et à des variétés de cacao améliorées, les lacunes en matière de vulgarisation et d’appui technique, ainsi que les pénuries de main-d’œuvre liées à la croissance du secteur minier.
Les participants ont également identifié des domaines d’action prioritaires tout au long de la chaîne de valeur du cacao. Ceux-ci allaient de l’amélioration de la tarification du cacao, des pratiques post-récolte et des systèmes de semences et de pépinières à l’amélioration de la qualité du cacao, au développement de la transformation locale et à la création de voies d’accès plus claires vers les marchés du cacao de qualité. Les discussions ont également souligné l’importance de rendre plus visibles et de mieux soutenir les contributions des femmes tout au long de la chaîne de valeur du cacao.
Le Dr Mary Ngaiwi a ensuite orienté la discussion vers l'adoption de ces pratiques par les agriculteurs. Une conclusion a particulièrement retenu l’attention : les agriculteurs affiliés à des coopératives ont tendance à obtenir de meilleurs résultats, même si des défis subsistent. Cela a donné lieu à une question directe : si les coopératives peuvent soutenir les agriculteurs, pourquoi n’y en a-t-il pas davantage ?
La discussion a établi un lien entre l’adoption de ces pratiques et l’accès à l’information, au soutien technique, aux intrants et aux marchés. En Guinée, où les organisations de producteurs restent peu développées, le renforcement des coopératives et des autres organisations d’agriculteurs est apparu comme un élément important du débat sur la mise à l’échelle.
Validation d'une feuille de route pour la mise à l'échelle
L'un des principaux objectifs de l'atelier était de valider le cadre de généralisation des innovations agroforestières élaboré dans le cadre de l'approche en six étapes.
Le Dr George Amahnui a guidé les participants à travers une validation interactive du cadre et des conditions favorables nécessaires à la mise à l'échelle. Les participants ont examiné les conditions proposées, identifié les lacunes et évalué si le cadre reflétait bien la réalité du secteur cacaoyer en Guinée.
Cette validation a confirmé un large consensus sur les conditions nécessaires pour soutenir l’agroforesterie à grande échelle. Le renforcement des systèmes de semences et de pépinières ainsi que l’amélioration de l’accès à du matériel végétal de qualité sont apparus comme des priorités fondamentales, complétées par le renforcement des services de vulgarisation, la formation des agriculteurs, les organisations de producteurs, les pratiques post-récolte, la qualité du cacao et le développement des marchés. Ensemble, ces éléments définissent l’écosystème nécessaire pour que l’agroforesterie passe d’initiatives isolées à une adoption généralisée.
Les participants ont également réfléchi à l’expérience régionale, en tirant des enseignements des progrès réalisés par la Côte d’Ivoire en matière de coordination institutionnelle, de développement des coopératives, d’enregistrement et de géolocalisation des plantations, ainsi que d’accompagnement des agriculteurs. Plutôt que de proposer un modèle à reproduire, la discussion s’est concentrée sur l’identification d’approches pouvant être adaptées au contexte institutionnel et de production de la Guinée.
La dernière session, animée par Martha Vanegas, a transposé ces priorités dans une perspective institutionnelle. À travers un exercice de cartographie participative, les parties prenantes ont examiné les organisations qui façonnent le secteur cacaoyer guinéen, leurs rôles respectifs et les capacités requises pour soutenir la mise à l’échelle de l’agroforesterie. Cet exercice a permis d’identifier des opportunités pour renforcer la coordination entre les institutions et consolider les partenariats nécessaires à une transformation durable à long terme.
Les marchés du carbone : une opportunité émergente
Le financement du carbone est apparu comme l’une des pistes envisagées pour soutenir l’adoption à long terme de l’agroforesterie. Si les systèmes agroforestiers peuvent accroître le stockage du carbone et contribuer à l’atténuation du changement climatique, les participants ont reconnu que l’accès aux marchés du carbone nécessite une gouvernance solide, des systèmes de suivi fiables, des mécanismes transparents de partage des bénéfices et une participation active des producteurs de cacao. À mesure que les travaux avancent en Guinée, ces considérations guideront les futures recherches et actions concernant le rôle du financement du carbone dans le soutien à une production durable de cacao.
Perspectives d'avenir
L'atelier de Conakry a permis d'établir un dialogue direct entre les chercheurs et les acteurs qui façonnent le secteur du cacao en Guinée, renforçant ainsi l'approche en six étapes de l'Alliance grâce aux connaissances locales et à l'expérience pratique. Les enseignements tirés au cours du processus de validation orienteront la prochaine phase des travaux, notamment la validation sur le terrain des analyses spatiales, la poursuite de la collaboration avec les organisations de producteurs et les partenaires nationaux, ainsi que l’affinement des conditions favorables nécessaires à la généralisation de l’agroforesterie.
Alors que le secteur cacaoyer guinéen continue d’évoluer, il a l’opportunité d’intégrer la durabilité dès le départ. En renforçant les politiques, les institutions, les partenariats et les conditions de marché qui soutiennent l’agroforesterie, la Guinée peut bâtir un secteur cacaoyer qui protège les forêts, améliore les moyens de subsistance et soit mieux à même de répondre aux exigences des marchés durables.
Photos : Institut de recherche agronomique de Guinée (IRAG) et Angie L. Sánchez
Cette note a été rédigée dans le cadre des programmes scientifiques du CGIAR : Action climatique et mise à l’échelle pour un impact
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