From the Field Transformer les risques agricoles en priorités politiques : l'Ouganda trace la voie à suivre

Turning agricultural risk into policy priorities - Uganda charts a path forward - Alliance Bioversity International and CIAT

Le 15 septembre 2026, à Kampala, les acteurs ougandais de la recherche et des politiques agricoles se sont réunis pour traduire les avancées scientifiques en mesures concrètes face à la sécheresse, aux inondations, aux ravageurs et aux maladies, afin de renforcer les politiques visant à protéger les agriculteurs avant que les crises ne surviennent.

En Ouganda, où la grande majorité de la population dépend directement de la terre, l’agriculture n’est pas simplement un secteur économique. Elle constitue le fondement de la sécurité alimentaire, des moyens de subsistance ruraux et de la stabilité sociale. Ce fondement est soumis à des pressions croissantes. Des précipitations irrégulières, des sécheresses prolongées, des inondations soudaines et la propagation rapide de ravageurs et de maladies s'abattent sur un système agricole qui reste en grande partie pluvial et ne dispose que de peu de filets de sécurité financiers. De plus en plus, il ne s’agit pas d’événements météorologiques isolés, mais du résultat d’un mauvais alignement entre l’aménagement du territoire, les infrastructures et la politique agricole. Combler ce fossé et transformer les données scientifiques en politiques qui protègent les agriculteurs avant qu’un choc ne survienne, plutôt qu’après, c’est ce qui a réuni un large éventail d’institutions à Kampala en septembre dernier.  

Cet article s'appuie sur l'atelier intitulé « Réduire les risques dans l'agriculture en Ouganda grâce à l'innovation politique », qui s'est tenu le 15 septembre 2026. Il s’appuie sur un partenariat en cours entre l’Alliance de Bioversity International et le CIAT, l’Organisation nationale de recherche agricole (NARO), le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche (MAAIF), du Centre de recherche sur les politiques agricoles (APRC) et des collectivités locales, qui œuvrent tous à renforcer le lien entre les politiques et la recherche en Ouganda.

L’Alliance et l’Institut national de recherche sur les ressources végétales (NaCRRI) de la NARO ont organisé cet atelier à Kampala. Le MAAIF, la NARO, l’université Makerere, l’APRC et les collectivités locales, qui œuvrent tous à renforcer le lien entre les politiques et la recherche en Ouganda.

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Engagement et exigences claires de la part des partenaires politiques

Le Dr Yona Baguma, directeur général de la NARO, a ouvert la réunion en demandant que les conclusions de l’atelier soient traduites en recommandations politiques concrètes à l’intention du gouvernement et que l’Ouganda soit considéré comme une priorité dans le cadre des travaux politiques de l’Alliance. Les partenaires sont allés plus loin, appelant à une déclaration claire des engagements et des actions visant à mettre en œuvre les priorités convenues. Celles-ci portaient principalement sur la création d’un centre national de données agricoles et d’un observatoire des risques, la prévision des ravageurs et des maladies, un système semencier plus solide, l’accès à l’eau pour la production, des solutions de financement et d’assurance sur mesure, ainsi que des services de vulgarisation agricoles accessibles aux agriculteurs.

Synergies avec l'Alliance et le programme « Innovations politiques »

L'Alliance a ouvert la session en précisant son objectif : mettre en correspondance les risques agricoles émergents en Ouganda avec les données déjà générées par le CGIAR et ses partenaires. Ce qui a suivi ressemblait moins à une liste de projets distincts qu’à une illustration de la manière dont les différentes données s’articulent entre elles. La télédétection et les systèmes d’alerte précoce permettent de signaler une infestation avant qu’elle ne se propage. Des études économiques, telles que les travaux récents sur le coût de la maladie du « bunchy top » de la banane, peuvent montrer aux décideurs politiques ce que coûte l’inaction. Le phénotypage de la sécheresse et la modélisation prospective indiquent quelles cultures et quelles pratiques résisteront à mesure que les conditions évoluent.

Les partenaires institutionnels présents dans la salle ont confronté ces données à ce qu’ils observent sur le terrain. Le NaCRRI a signalé que la maladie du « bunchy top » de la banane avait déjà atteint les potagers familiaux de Kampala, ce qui montre à quelle vitesse un problème localisé peut devenir un problème national, et a exhorté les chercheurs à modéliser le moment où la flétrissure fusarienne pourrait frapper ensuite. Le MAAIF a recentré la discussion sur les politiques publiques, en soulignant ce sur quoi le gouvernement peut réellement agir et à quel moment. L’APRC a proposé le cadre le plus clair de la session : le risque en agriculture ne peut être éliminé, seulement géré, et les données ne contribuent à cette gestion que si elles occupent une place réelle dans l’élaboration des politiques.

Ensemble, ces contributions ont posé les bases du reste de l’atelier : les outils et les données existent, et la tâche consiste désormais à mettre en place le canal qui permettra de les intégrer dans les politiques avant, et non après, le prochain choc.

La voie à suivre

Les partenaires ont convenu de solliciter une demande officielle du gouvernement afin de consolider leur collaboration, notamment en matière d’analyse prospective, de gestion de l’eau, de sélection végétale, de systèmes d’alerte précoce et de renforcement des investissements dans la vulgarisation et le développement des capacités, le tout dans le but de rapprocher davantage les politiques de la recherche. La première série de priorités politiques sera transmise au directeur général de la NARO, puis au MAAIF.

Cinq domaines prioritaires sont ressortis de la discussion et orienteront ce travail conjoint : développer la collecte de l’eau et l’irrigation en s’appuyant sur des données spatiales ; mettre en place des assurances abordables et des subventions mieux ciblées, assorties d’indicateurs de risque transparents ; investir dans la sélection végétale et des systèmes de semences saines pour le manioc, haricots, riz, banane et fourrage ; renforcer les capacités des agents de vulgarisation et leurs liens avec les chercheurs et les districts ; et utiliser l’IA, la télédétection et des outils de prospective pour transformer la science en recommandations pertinentes et exploitables, validées par des experts.

La réunion a clairement montré une chose : la volonté institutionnelle d’un partenariat à long terme entre l’Ouganda et le CGIAR est bien réelle. La suite des événements, à savoir si cette volonté se traduira par un plan de travail formel et doté de ressources, déterminera si cette approche deviendra le modèle national pour transformer les risques agricoles en mesures politiques, plutôt qu’une nouvelle série de priorités communes qui s’enlisent dès la sortie de la salle de réunion.

L'équipe de l'Alliance