Blog Quand les prévisions météorologiques et le savoir-faire local se rencontrent en Ouganda
Comment les acteurs de terrain apprennent à faire le lien entre les données scientifiques sur le climat et l'expérience des communautés pour aider les agriculteurs dans leurs prises de décision.
Lorsqu’une prévision météorologique annonce de la pluie mais qu’un aîné respecté de la communauté s’attend à un temps sec, que doit faire un agriculteur ?
Pour de nombreux petits agriculteurs, les décisions concernant le moment de semer, de récolter ou de protéger leurs cultures s’appuient sur des années d’observation de leur environnement, ainsi que sur leur expérience personnelle et les connaissances transmises de génération en génération. Aujourd’hui, les prévisions météorologiques scientifiques et les avis climatiques constituent une source d’information supplémentaire pour orienter ces décisions. Mais que se passe-t-il lorsque les deux ne concordent pas ?
C'était l'une des questions pratiques soulevées lors des ateliers de formation des Services d'information climatique (CIS) organisés à Masindi et Iganga, en Ouganda, du 31 août au 4 septembre 2026. Les discussions ont mis en évidence un aspect important de la diffusion d’informations climatiques auprès des communautés agricoles : la mise à disposition des prévisions ne représente qu’une partie du défi. Aider les populations à comprendre, à faire confiance à ces informations et à les utiliser est tout aussi important.
Les ateliers, animés par l’Alliance entre Bioversity International et le CIAT, ont réuni 68 membres du personnel de terrain et d’encadrement de BRAC Ouganda, dans le cadre d’une initiative visant à intégrer les informations climatiques dans les programmes de développement existants. La formation visait à renforcer leur capacité à interpréter les avis climatiques, à les communiquer de manière adaptée au contexte local et à aider les agriculteurs à prendre des décisions éclairées.
Depuis des générations, les communautés agricoles s'appuient sur l'observation de leur environnement pour anticiper les changements météorologiques et les conditions saisonnières. Les prévisions scientifiques complètent cette expérience en s'appuyant sur des observations météorologiques et des méthodes de prévision pour anticiper les conditions météorologiques et les risques associés. Cependant, la communication de l'incertitude inhérente aux prévisions reste essentielle à leur utilisation efficace.
Au cours des ateliers, les participants ont discuté de situations dans lesquelles les prévisions pouvaient s’écarter des attentes des anciens de la communauté locale ou ne pas refléter les conditions météorologiques que les agriculteurs ont ensuite connues. Plutôt que d’encourager les intervenants de terrain à écarter les savoirs locaux ou à défendre les prévisions sans réserve, la formation a mis l’accent sur une communication respectueuse, la reconnaissance de l’incertitude et l’identification de réponses plus sûres et plus pratiques.
Un message central, réitéré tout au long des sessions, était que « une prévision est un guide, pas une promesse ».
Cette distinction est importante car les prévisions facilitent la prise de décision sans pour autant éliminer l’incertitude. Reconnaître leurs limites permet aux agents de terrain de communiquer des avis de manière responsable, tout en respectant l’expérience et le point de vue des agriculteurs. L’objectif n’est pas de déterminer quelles connaissances doivent prévaloir, mais d’aider les agriculteurs à prendre en compte les informations disponibles et à identifier les mesures adaptées à leur situation.
Dans le cadre du projet pilote CIS, les agriculteurs reçoivent des avis météorologiques et agricoles par SMS, que les agents de terrain du BRAC renforcent lors de réunions de groupe régulières et de visites à domicile. Cette approche tient compte du fait que recevoir des informations ne signifie pas nécessairement en comprendre les implications ou savoir comment y réagir.
Ce projet pilote s'inscrit dans le cadre du programme « Accelerating Impact for Young Women » (AIM) du BRAC à Masindi et du programme « Ultra-Poor Graduation » (UPG) à Iganga. En s'appuyant sur des réseaux communautaires déjà en place, cette initiative vise à rendre les informations climatiques plus accessibles et plus pertinentes sans créer de structure de diffusion distincte. Pour les intervenants de terrain, cela va bien au-delà de la simple lecture à voix haute d’une prévision. Un message indiquant un risque accru de précipitations, par exemple, doit être interprété en fonction des cultures de l’agriculteur, des activités prévues et des options disponibles.
Au cours de la formation, les participants se sont exercés à suivre une séquence simple : écouter d’abord, expliquer l’avis en langage clair et convenir avec l’agriculteur d’une action réalisable sur la base de cet avis. À travers des exercices de cartographie des risques climatiques et des scénarios réalistes, ils ont exploré comment les informations météorologiques pouvaient être mises en relation avec les risques agricoles locaux et les réponses pratiques.
Cette approche place la situation de l’agriculteur au cœur de la conversation. Plutôt que d’imposer une réponse uniforme, les agents de terrain sont encouragés à comprendre la situation, à expliquer l’avis et à aider les agriculteurs à identifier des mesures réalisables. Ce qui fonctionne pour un ménage ne convient pas nécessairement à un autre. Si une question n’est pas claire ou dépasse les connaissances de l’intervenant de terrain, celui-ci ne doit pas se risquer à deviner. Il doit plutôt prendre acte de la question, expliquer qu’il va chercher des précisions et la transmettre au référent technique approprié via le canal de communication établi. Le problème doit être consigné et faire l’objet d’un suivi, et la réponse correcte doit être communiquée à l’agriculteur dès qu’elle est disponible.
La question de la confiance est revenue régulièrement au cours des ateliers. À Masindi, 10 des 24 personnes interrogées dans le cadre d’une première évaluation ont émis des doutes quant à l’exactitude et à la fiabilité des informations météorologiques, tandis que cinq des 34 personnes interrogées à Iganga ont exprimé des préoccupations similaires.
Les participants souhaitaient comprendre comment réagir lorsque les prévisions ne correspondaient pas aux conditions réelles et savoir qui était responsable de l'exactitude des avis. Ces questions ont souligné l'importance de communiquer non seulement le contenu d'une prévision, mais aussi sa source et ses limites.
La formation a encouragé les agents de terrain à reconnaître l’incertitude plutôt qu’à improviser des réponses lorsqu’ils sont confrontés à des questions techniques inhabituelles ou à des messages peu clairs. L’une des réponses mises en pratique lors des sessions était : « Je ne veux pas deviner ; je vais vérifier et je reviendrai avec la bonne réponse. »
Bien que simple, cette réponse reflète un principe important de la communication sur le climat : faire preuve de transparence face à l’incertitude peut contribuer à préserver la crédibilité et créer des occasions de clarification. Une communication efficace dépend également de la présentation des informations dans un langage compréhensible par les agriculteurs.
Le projet pilote fournit des conseils dans les langues couramment parlées dans les zones de mise en œuvre, notamment le lusoga et le lusamia à Iganga, ainsi que le lunyoro et le luo à Masindi.
Au cours des ateliers, les participants se sont exercés à remplacer la terminologie météorologique technique par des expressions locales familières.
Les discussions ont également mis en évidence des différences dans les défis anticipés entre les deux sites. À Iganga, certains stagiaires ont identifié l’analphabétisme, les croyances traditionnelles, la distance et les transports comme des obstacles potentiels au renforcement des avis météorologiques. À Masindi, les préoccupations portaient davantage sur la fiabilité des prévisions et la langue. Ces observations ont souligné l’importance d’adapter les approches de communication aux réalités locales.
Il est encourageant de constater que les évaluations finales des connaissances ont montré une bonne compréhension de la manière de gérer l’incertitude. Tous les participants ayant répondu aux questions sur les désaccords entre les anciens et les prévisions par SMS, ainsi que sur la manière de réagir face à une prévision inexacte, ont choisi les réponses appropriées dans les deux localités.
Si ces résultats indiquent que les participants ont compris les principes mis en avant lors de la formation, leur application cohérente dans des situations agricoles réelles devra être évaluée au fur et à mesure de l’avancement du projet pilote.
Allier science, expérience et action
Cette formation s'inscrit dans le cadre plus large de l'initiative « Intégration des services d’information climatique dans les programmes du BRAC en Afrique subsaharienne » , mise en œuvre grâce à la collaboration entre l’Alliance de Bioversity International et le CIAT, BRAC et Tetra Tech, avec le soutien de la Fondation Gates.
Ce partenariat associe une expertise en matière de services climatiques, de renforcement des capacités et de mise en œuvre de programmes communautaires. Les fournisseurs d’informations climatiques produisent des avis, l’Alliance apporte son expertise technique et des approches de formation pratiques, tandis que les réseaux de terrain bien établis du BRAC offrent la possibilité d’intégrer les informations climatiques dans les interactions quotidiennes avec les communautés agricoles. Ce modèle reconnaît que l’efficacité des services climatiques dépend non seulement de la qualité des prévisions, mais aussi des personnes, des institutions et des relations par lesquelles l’information est communiquée.
Au fur et à mesure de la mise en œuvre, un soutien technique, une supervision et un suivi continus permettront de déterminer comment les agents de terrain mettent en pratique les compétences acquises lors de la formation et si les recommandations aident les agriculteurs à prendre des décisions éclairées.
En fin de compte, la question n’est pas de savoir si les prévisions scientifiques doivent remplacer les savoirs traditionnels, mais comment les deux peuvent contribuer à une meilleure prise de décision face à l’incertitude.
La valeur d’une prévision ne réside pas simplement dans le fait de la transmettre à un agriculteur, mais dans le fait d’aider cet agriculteur à comprendre l’information, à examiner les options disponibles et à prendre une décision adaptée à sa situation.
L'équipe
Aniruddha Ghosh
Senior Scientist
Desire Kagabo
Project Leader
Anastasia Wahome
Research Team Leader
Majambo Gamoyo
Postdoctoral Fellow
Jemal S. Ahmed
Research Specialist
Amanda Sue Grossi
Research Team Leader, Climate Action and Resilient Food Systems
Hanna Ewell
Research Specialist
Mvuyibwami Patrick
Senior Research Associate
Kiogora Joseline Kanja
Senior Associate, CommunicationsContinuez à explorer
