Blog SUSTLIVES : Cultiver demain avec les plantes du passé

SUSTLIVES Growing tomorrow with the plants of the past

Et si l’avenir de l’alimentation au Niger et au Burkina Faso résidait dans les mêmes plantes que cultivaient autrefois les grand-mères d’Afrique de l’Ouest ? Fabirama, moringa, oseille de Guinée, amarante, pois de terre bambara, et bien d’autres encore. Longtemps considérées comme des « cultures de pauvres », ces espèces oubliées font leur retour grâce au projet SUSTLIVES.

Lancé en 2021 et financé par l’Union européenne à travers l’initiative DeSIRA, le projet est dirigé par l’Agence Italienne pour la Coopération au Développement (AICS) et le Centre International de Hautes Études Agronomiques Méditerranéennes (CIHEAM-Bari), en partenariat avec l’Alliance de Bioversity International et du CIAT. Il réunit des agriculteur.rice.s, des chercheur.e.s, des écoles, des chef.fe.s, des leaders communautaires, des artistes et des institutions publiques pour faire revivre ces trésors culturels, nutritifs et résilients face au climat. Au cœur du projet se trouvent 21 villages, une richesse d’enthousiasme, et la conviction profonde que des avenirs durables sont ancrés dans la biodiversité locale.

Cultiver les opportunités

Dans le Sahel, chaque saison agricole est un pari contre la sécheresse et la dégradation des terres. SUSTLIVES propose une alternative en mettant l’accent sur des variétés adaptées localement, transmises de génération en génération. Dans 21 villages pilotes — onze au Burkina Faso et dix au Niger — des « laboratoires vivants » sont mis en place directement dans les champs des agriculteur.rice.s.

Des agronomes, des agriculteur.rice.s gardien.ne.s de semences et des organisations communautaires travaillent ensemble pour évaluer la performance de certaines espèces négligées et sous-utilisées (NUS), notamment l’amarante, le pois de terre bambara, le manioc, le fabirama, l’oseille de Guinée, le moringa, le gombo et la patate douce. Ces espèces — allant des légumineuses aux tubercules et légumes-feuilles — sont sélectionnées selon des critères tels que la tolérance à la sécheresse, la valeur nutritionnelle, le potentiel économique et l’importance culturelle.

Lorsque des variétés prometteuses sont identifiées, les communautés mettent en place des banques de semences locales pour garantir leur accès. Ce modèle participatif renforce la souveraineté alimentaire : au lieu de dépendre de semences hybrides coûteuses, les communautés exploitent leur propre biodiversité et des pratiques agricoles à faibles intrants. Après trois ans, SUSTLIVES a démontré que la sécurité alimentaire durable peut croître à partir des ressources locales existantes — à condition qu’elles soient reconnues à la fois scientifiquement et socialement.

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Vue aérienne d’un laboratoire vivant au Burkina Faso. Crédit photo : Bioversity/Hyacinthe Combary

De la cour de récréation au jardin : Semer la curiosité, récolter le savoir

Entre février et mai 2025, le Complexe Scolaire Évangélique Elim de Niamey s’est transformé en véritable laboratoire d’apprentissage agroécologique. 68 élèves de primaire (33 filles et 35 garçons) des classes de CE2 à CM1 ont participé à 12 ateliers consacrés à ces « cultures d’opportunité ». Organisées chaque mercredi par l’ONG culturelle Forge Arts, en partenariat avec l’Association Watinoma, ces sessions s’inscrivent dans les efforts continus du projet SUSTLIVES pour sensibiliser les jeunes générations du Sahel à la valeur du patrimoine alimentaire local.

La cour de l’école a été transformée en micro-ferme et est devenue un espace d’apprentissage pratique : boutures de patate douce, observations de moringa, production de compost, jeux de rôles sur la pyramide alimentaire et dessins botaniques. Chaque leçon combinait connaissances nutritionnelles et culturelles, mettant en valeur cinq espèces clés du projet. En parallèle, les élèves ont mené des entretiens dans leurs communautés pour recueillir des recettes traditionnelles et des savoirs ancestraux sur ces aliments, en préparation à un concours scolaire alliant conte vivant et création artistique.

Le point culminant fut la « Journée NUS » du 10 mai 2025. Devant les familles, les enseignant.e.s et les responsables de l’éducation, les élèves ont présenté des affiches, des statistiques, et même des chansons originales dédiées aux NUS, suivies d’une dégustation de plats à base d’amarante, d’oseille de Guinée et de patate douce.

Cette réussite repose sur une pédagogie active : les élèves ont tenu des carnets de bord pour suivre la croissance des plantes, ont créé des liens concrets entre la science et la vie quotidienne, et un conseil NUS élu par les élèves a entretenu le jardin pendant les vacances scolaires. L’ensemble des supports pédagogiques (y compris les guides, les plannings et les fiches d’évaluation) a été partagé avec les autorités éducatives régionales pour une utilisation élargie.

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Le projet SUSTLIVES a lancé le premier module de formation scolaire sur les espèces locales négligées et sous-utilisées (NUS) à l’école de l’Association Watinoma à Koubri. Crédit photo : Bioversity/Hyacinthe Combary

L’initiative reflète une conviction fondamentale de SUSTLIVES : la souveraineté alimentaire commence dès l’enfance, là où se croisent pratiques agricoles, exploration scientifique et expression créative. En mettant en valeur la biodiversité locale dans un cadre scolaire, le projet montre que l’apprentissage et la préservation du patrimoine alimentaire peuvent aller de pair — préparant ainsi une nouvelle génération à protéger la biodiversité et à relever les défis climatiques.

Transformer les « cultures d’opportunité » en opportunité économique pour toutes et tous

La stratégie de sensibilisation va au-delà des exploitations agricoles. Plus de quarante émissions de radio communautaire — en mooré, en zarma et en français — diffusent des bonnes pratiques en agroécologie, partagent des recettes à base de cultures d’opportunité, et informent les auditeur.rice.s sur l’accès au microcrédit.

Créer des marchés solides pour les cultures d’opportunité est tout aussi important que les cultiver. À cet égard, le projet SUSTLIVES mène une cartographie détaillée et une analyse de chaque maillon de la chaîne de valeur — production, stockage, transformation et distribution — en étroite collaboration avec les acteur.rice.s locaux.ales. Les diagnostics participatifs mettent en lumière trois principaux goulots d’étranglement : des équipements post-récolte inadéquats, l’absence de normes de qualité formelles, et un accès limité au crédit. Découvrez les résultats détaillés des diagnostics participatifs menés au Burkina Faso et au Niger, ainsi qu’un manuel élaboré pour les évaluations rapides des marchés.

Pour contribuer à combler ces lacunes, SUSTLIVES a lancé un programme d’accompagnement de startups spécifiquement destiné aux entreprises travaillant avec les cultures d’opportunité. Ce programme s’appuie sur deux incubateurs locaux, l’un à l’Université Joseph Ki-Zerbo au Burkina Faso, l’autre à l’Université Abdou Moumouni au Niger. Il organise des appels à candidatures ouverts et sélectionne les agro-entrepreneur.e.s les plus prometteur.euse.s en deux vagues. Dans chaque pays, huit projets par vague sont présélectionnés pour une incubation, où ils bénéficient d’une formation en gestion, d’un accompagnement à la présentation orale et d’un mentorat. À la fin de chaque vague, quatre lauréat.e.s par pays reçoivent 3 000 € ainsi qu’un appui complémentaire pour développer leur entreprise. Cet investissement ciblé permet aux innovateur.rice.s locaux.ales, en particulier les femmes et les jeunes, de transformer l’opportunité en produits viables et prêts à être commercialisés. Par exemple, au Niger, les Moringa Cubes proposent des bouillons naturels à base de feuilles de moringa, tandis qu’au Burkina Faso, le Projet Vie Saine fabrique des chips à base de patate douce et d’amarante.

En associant des efforts de communication stratégique à un soutien à l’entrepreneuriat, le projet démontre sa capacité à transformer les cultures d’opportunité en moteurs de revenus locaux, à réduire la dépendance aux importations, et à promouvoir l’entrepreneuriat rural porté par la jeunesse — leviers clés pour construire une souveraineté alimentaire durable au Sahel.

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Oumoulkhei Soumana Harouna, fondatrice de Moringa Cube. Crédit photo : AICS Ouagadougou / A. C. Bell

De la graine à la stratégie : Renforcer le soutien politique aux cultures d’opportunité

Pour consolider et pérenniser ses acquis, SUSTLIVES renforce à la fois le dialogue national et régional tout en s’appuyant sur les cadres politiques existants pour soutenir la conservation, l’utilisation durable et une meilleure intégration des cultures d’opportunité dans les systèmes agricoles. Dans ce cadre, l’Alliance pilote la création d’un Groupe de Travail sur les Cultures d’Opportunité Africaines au sein de la Plateforme Africaine sur les Semences et la Biotechnologie (ASBP).

Cette plateforme multipartite réunira des organisations paysannes, des institutions de recherche, des instances réglementaires et des entreprises semencières pour favoriser le dialogue, le partage de connaissances et une action coordonnée autour des cultures d’opportunité et des systèmes semenciers à l’échelle du continent. Le Groupe de Travail s’engage à intégrer les cultures d’opportunité dans les stratégies agricoles nationales, à élaborer des politiques semencières inclusives et durables, et à renforcer les capacités en matière de biosécurité, de gestion des ressources génétiques et d’agrobiodiversité.

Parallèlement, SUSTLIVES investit dans la prochaine génération d’expert.e.s scientifiques. Des bourses de master et de doctorat sont consacrées à la génétique végétale, aux technologies post-récolte et aux dimensions socio-économiques des cultures d’opportunité. Les recherches qui en résultent permettent de combler le fossé entre la recherche académique et l’application pratique, en fournissant des données probantes pour orienter les décideurs vers des cadres plus favorables aux cultures d’opportunité. Elles alimentent également des stratégies de plaidoyer visant à rehausser le statut de ces cultures dans les agendas publics et institutionnels.

En combinant mobilisation communautaire, autonomisation économique et influence réglementaire, SUSTLIVES démontre qu’un avenir alimentaire plus souverain, équitable et résilient peut germer d’une seule graine redécouverte — cette fois semée avec la science comme boussole et la solidarité comme moteur.


Pour plus d'informations, veuillez contacter : Francesca Grazioli ([email protected]) et Sharon Mendonce ([email protected]).

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