From the Field Mini-ministres, grand impact : autonomiser les enfants pour défendre les aliments oubliés
Au Niger, des enfants âgés de 9 à 12 ans sont devenus « mini-ministres » dans un gouvernement scolaire promouvant les aliments oubliés. Menée par Forge Arts en 2025, cette approche créative vise à autonomiser les jeunes afin qu’ils protègent la biodiversité et deviennent des acteurs et actrices du changement dans leurs communautés.
Le modèle de gouvernement étudiant pour la promotion du NUS expliqué
Dans une cour d’école ensoleillée à Niamey, au Niger, un groupe d’élèves du primaire se tient fièrement devant un public. Mais il ne s’agit pas simplement de présenter ce qu’ils ont appris en classe — ils introduisent leur Gouvernement Scolaire, créé pour promouvoir et protéger les Espèces Négligées et Sous-Utilisées (NUS) — aussi appelées aliments oubliés — en faveur d’une meilleure nutrition dans leur communauté.
Cette approche créative, développée par l’ONG nigérienne Forge Arts, vient compléter le parcours pédagogique décrit dans le manuel de formation à destination des enseignant.e.s, élaboré par l’Alliance en collaboration avec l’Association Watinoma, dans le cadre du projet SUSTLIVES financé par l’Union européenne. Elle ajoute une dimension participative, ludique mais puissante, à l’éducation à l’agrobiodiversité dans les écoles.
Pourquoi un gouvernement scolaire pour les ENSU ?
L’idée est à la fois simple et transformatrice : confier aux enfants des rôles et responsabilités significatifs au sein de leur environnement d’apprentissage. À travers une expérience de jeu de rôle structurée, les élèves élisent leurs camarades à des postes symboliques — Premier.ère ministre, ministres de la Santé, de l’Environnement, de l’Éducation et de la Défense — chacun étant lié à des thématiques agroécologiques concrètes et à la promotion des Espèces Négligées et Sous-Utilisées (ENSU).
Plutôt que de recevoir passivement des informations, les enfants deviennent des leaders actif.ve.s et des passeur.euse.s de savoirs. Ils.elles expliquent les valeurs nutritionnelles des cultures locales, partagent des techniques de plantation, récitent des poèmes sur la biodiversité — tout en favorisant l’engagement communautaire et la fierté locale.
Comment ça fonctionne : coulisses du gouvernement scolaire ENSU
À partir de la 5e ou 6e séance du cycle d’apprentissage sur les ENSU décrit dans le Manuel de formation à destination des enseignant.e.s, les enseignant.e.s et les facilitateur.rice.s accompagnent les élèves dans la création de leur propre gouvernement ENSU. Le processus est démocratique, inclusif et joyeux. Chaque rôle correspond à des responsabilités en lien avec les maillons de la chaîne de valeur des ENSU :
- Premier.ère ministre : supervise le groupe et présente la pyramide alimentaire mettant en valeur les ENSU lors d’événements publics
- Ministre de la Santé : fait la promotion de la bonne nutrition et explique les apports alimentaires des ENSU
- Ministre de l’Environnement : enseigne les classifications et les noms des plantes (en français et en langues locales)
- Ministre de la Défense : protège le jardin scolaire et partage des techniques de culture des ENSU
- Ministre de l’Éducation : soutient ses camarades dans la compréhension des concepts agroécologiques
Appuyé.e.s par les enseignant.e.s et les facilitateur.rice.s locaux.ales, les mini-ministres coordonnent les activités du jardin, organisent des dégustations communautaires, présentent leur travail sous forme de poèmes ou de saynètes, et motivent leurs camarades à participer activement.
Que se passe-t-il lorsque les enfants prennent les rênes ?
L’impact est tangible et inspirant :
- Les enfants gagnent en confiance, s’expriment avec aisance et sont fier.ère.s de leurs connaissances.
- Les cultures locales oubliées deviennent des sources de fierté culturelle et d’apprentissage.
- Les parents sont émerveillé.e.s de voir leurs enfants diriger les discussions sur l’alimentation, la santé et l’environnement.
- Les enseignant.e.s observent une plus grande implication et motivation des élèves dans leurs apprentissages.
Au-delà de la cour de récréation, ces jeunes leaders contribuent à transformer les regards sur ce que peuvent être l’éducation et l’agroécologie lorsque les enfants sont véritablement impliqué.e.s.
Un modèle flexible pour inspirer à l’échelle mondiale
Comme décrit dans l’Annexe 5 du manuel actualisé à l’usage des enseignant.e.s sur les ENSU, cette méthodologie ne constitue pas un modèle figé. Elle vise à inspirer d’autres éducateur.rice.s et facilitateur.rice.s à créer des approches centrées sur l’enfant et adaptées aux réalités locales, pour faire de l’apprentissage de l’agrobiodiversité une expérience vivante et porteuse de sens.
Qu’il soit adapté en milieu rural ou urbain, le modèle du gouvernement scolaire place les enfants au cœur de l’apprentissage agroécologique — non pas comme apprenant.e.s passif.ve.s, mais comme ministres du savoir, gardien.ne.s de la biodiversité et acteur.rice.s du changement.
Vers une nouvelle génération de citoyen.ne.s alimentaires
À une époque où le changement climatique, l’insécurité alimentaire et la perte de biodiversité menacent les communautés à travers le monde, les enfants ne sont ni trop jeunes pour comprendre, ni pour agir. Le gouvernement scolaire pour les NUS au Niger montre qu’avec créativité et bienveillance, l’éducation peut devenir un tremplin vers le leadership des jeunes et la renaissance des aliments locaux.