Blog Renforcer la résilience à partir de la base : Kisumu lance la banque communautaire intégrée de semences Pap Kadundo
L’Alliance de Bioversity International et du CIAT et ses partenaires continuent de jouer un rôle essentiel dans la transformation de systèmes agroalimentaires durables en Afrique et au-delà. À travers le programme Paysages Multifonctionnels du CGIAR, l’Alliance porte une vision de paysages non seulement productifs, mais également diversifiés, sains et résilients.
Au cœur de cette vision se trouve une vérité simple mais puissante : les semences constituent la base des systèmes alimentaires durables. Elles déterminent ce que les agriculteur.rice.s cultivent, ce que les familles consomment et la manière dont les communautés s’adaptent au changement climatique.
Depuis 2013, l’Alliance travaille à travers l’Afrique de l’Est pour renforcer les systèmes semenciers gérés par les agriculteur.rice.s. Au fil des années, plusieurs banques communautaires de semences (BCS) ont été mises en place au Kenya et en Ouganda afin de préserver de précieuses variétés de cultures indigènes, d’améliorer l’accès à des semences de qualité adaptées localement, de renforcer les systèmes semenciers gérés par les agriculteur.rice.s et d’accroître la résilience face aux chocs climatiques et économiques.
Les banques de semences communautaires intégrées sont importantes pour les paysages multifonctionnels
Le 27 mars 2026, l’Alliance de Bioversity International et du CIAT, en partenariat avec l’Organisation kenyane de recherche agricole et d’élevage (KALRO), le Gouvernement du comté de Kisumu et le Seed Savers Network, a officiellement lancé la banque communautaire intégrée de semences Pap Kadundo à Central Seme, dans le comté de Kisumu.
Cette étape importante a été réalisée dans le cadre du projet de partage des avantages financé par la FAO sur le renforcement et la mise à l’échelle des systèmes semenciers gérés par les agriculteur.rice.s pour l’adaptation au changement climatique au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, ainsi que du projet Biodiversity for Resilient Ecosystems in Agricultural Landscapes (B-REAL), mis en œuvre dans le cadre du programme Paysages Multifonctionnels du CGIAR.
La banque communautaire intégrée de semences comprend une unité de conservation ex situ, qui stocke des semences de divers groupes de cultures, notamment des céréales telles que le millet perlé, le sorgho et des variétés traditionnelles locales de maïs ; des légumineuses telles que les haricots, le niébé, le pois Bambara et le pois d’Angole ; ainsi que des légumes-feuilles africains comme la morelle noire et la corète potagère.
Elle comprend également une unité de collecte et de multiplication in situ pour une diversité de variétés de patates douces, de manioc et de taro, aussi bien locales qu’améliorées. Ces matériels végétaux ont été assainis et multipliés par KALRO au sein de la station de multiplication in situ installée dans la banque communautaire de semences.
En outre, la banque de semences abrite une pépinière d’arbres comprenant des plants d’arbres locaux et améliorés destinés à être distribués à la communauté.
En combinant la conservation des semences, la multiplication végétative et la production de plants d’arbres au sein d’une même institution locale, les banques communautaires intégrées de semences peuvent soutenir simultanément plusieurs fonctions du paysage. Elles contribuent à la conservation de l’agrobiodiversité, améliorent l’accès à du matériel végétal adapté localement, diversifient les régimes alimentaires, renforcent l’agroforesterie et soutiennent les efforts de restauration grâce à la fourniture de plants d’arbres et de cultures résilientes. Dans des systèmes agricoles largement dépendants des pluies, ce type de diversification est particulièrement précieux, car il répartit les risques entre différentes cultures, espèces et niches de production, tout en améliorant la santé écologique des exploitations agricoles et des paysages environnants.
Unveiling the plaque. The Pap Kadundo Integrated Community Seed Bank was launched by The Alliance in partnership with KALRO and the County Government of Kisumu.
Des agriculteur.rice.s présentent des semences indigènes, des produits agricoles et des produits transformés lors d’une foire aux semences organisée à l’occasion du lancement de la banque communautaire intégrée de semences Pap Kadundo.
L'intégration de la dimension de genre est essentielle pour les systèmes de semences durables
Les femmes supportent une charge disproportionnée liée à l’insécurité semencière, faisant souvent face à d’importants obstacles pour accéder aux semences, notamment des ressources financières limitées et de longues distances entre les exploitations agricoles et les points de vente d’intrants. Pour de nombreuses femmes, les banques de semences sont importantes non seulement parce qu’elles les rassemblent, mais aussi parce qu’elles offrent des solutions concrètes pour renforcer à la fois les systèmes alimentaires et les systèmes semenciers.
Consciente de cette réalité, l’Alliance place l’inclusion des femmes au cœur de son action, reconnaissant que des systèmes alimentaires résilients ne peuvent être pleinement réalisés que lorsque les femmes sont autonomisées. L’un des exemples les plus inspirants est celui de la banque communautaire de semences Kabudi Agoro, fondée par 25 femmes déterminées à lutter contre l’insécurité semencière dans leur communauté.
L’Alliance souligne également que les femmes constituent la colonne vertébrale des systèmes semenciers durables. En tant que gardiennes de la biodiversité, protectrices de la nutrition des ménages et moteurs de systèmes alimentaires résilients, leur rôle est fondamental. Wanjiru Kamau-Rutenberg, directrice régionale Afrique à l’Alliance de Bioversity International et du CIAT, insiste sur le fait qu’investir dans les femmes est essentiel pour garantir l’avenir de l’alimentation.
Les jeunes sont tout aussi essentiels à l’avenir de l’agriculture et des systèmes alimentaires. Eli Owiti, jeune agriculteur, souligne qu’apprendre à conserver les semences dès le plus jeune âge est crucial à une époque où le changement climatique affecte tout le monde. Il rappelle que le renforcement de la résilience et la réponse au changement climatique doivent être une responsabilité partagée, car chaque semence porte la promesse d’un avenir plus résilient.
Coupure du ruban : Judith Oluoch (à droite), membre du Comité exécutif du comté de Kisumu (CECM) en charge de l’Eau, de l’Environnement, du Changement Climatique et des Ressources Naturelles, la Dre Wanjiru Kamau-Rutenberg (au centre) et la Dre Alice Murage, directrice adjointe des cultures à KALRO, coupent le ruban lors du lancement de la banque de semences.
De gauche à droite : le Dr Carlo Fadda, Judith Oluoch, membre du Comité exécutif du comté de Kisumu (CECM) en charge de l’Eau, du Changement Climatique et des Ressources Naturelles, la Dre Alice Murage, directrice adjointe des cultures à KALRO, la Dre Wanjiru Kamau-Rutenberg, ainsi qu’un agriculteur, admirent des semences de maïs indigènes au sein de la banque de semences.
Une agricultrice montre quelques-unes des graines conservées dans la nouvelle banque de semences.
Un réseau croissant de banques de semences
Le lancement de la banque de semences intégrée de Pap Kadundo à Seme, dans le comté de Kisumu, marque la cinquième banque de semences communautaire établie par l'Alliance au Kenya, rejoignant un réseau croissant qui comprend :
- Nyando (Comté de Kisumu)
- Kabudi Agoro
- Vihiga (Comté de Vihiga)
- Kapsokale (Comté de Kericho - lancement prochain)
Dans tout le Ouganda, huit banques de semences communautaires ont déjà été créées, et il est prévu de les étendre au Tanzanie.
Des politiques gagnantes pour les agriculteurs
Un tournant majeur pour les systèmes semenciers gérés par les agriculteur.rice.s est intervenu en novembre 2025, lorsque la Haute Cour du Kenya a rendu une décision historique concernant la loi sur les semences et les variétés végétales. Le tribunal a déclaré inconstitutionnelles plusieurs dispositions restrictives, décriminalisant ainsi la conservation, le partage et l’échange de semences indigènes.
Cette décision a permis de rétablir une pratique de longue date chez les agriculteur.rice.s et a renforcé l’importance des systèmes semenciers portés par les communautés.
L'équipe
Wanjiru Kamau-Rutenberg
Directrice régionale pour l’Afrique et administratrice de Bioversity International USA
Carlo Fadda
Director, Agrobiodiversity
Gloria Otieno
Scientist IIContinuer à explorer