From the Field Création d'un centre numérique pour l'agronomie et les sols au Ghana

Building a Digital Agronomy and Soil Hub for Ghana

Au Ghana, l’Alliance de Bioversity International et du CIAT travaille avec des partenaires nationaux et internationaux pour mettre en place un pôle numérique d’agronomie et des sols, afin de remplacer les recommandations d’engrais uniformes par des conseils fondés sur les données et adaptés aux contextes locaux des agriculteur.rice.s.

Les agriculteur.rice.s ghanéen.ne.s travaillent plus dur que jamais. Pourtant, le travail acharné ne suffit pas à lui seul : travailler intelligemment est tout aussi essentiel. En agriculture, le travail intelligent commence par des sols en bonne santé. Malheureusement, de nombreux sols à travers le pays sont devenus de plus en plus pauvres en nutriments en raison de plusieurs facteurs : des années de cultures continues avec peu ou pas d’utilisation d’engrais, l’enlèvement des résidus de cultures par le bétail en divagation et la pratique persistante des feux de brousse. Au fil du temps, ces pressions ont progressivement épuisé la fertilité des sols, rendant de plus en plus difficile pour les agriculteur.rice.s d’atteindre les rendements auxquels iels aspirent. Si le Ghana souhaite renforcer ses systèmes alimentaires et soutenir durablement ses communautés agricoles, la restauration de la santé des sols doit être au cœur des solutions.

L’utilisation moyenne nationale d’engrais reste faible, autour de 36 kg par hectare. Ce niveau est bien inférieur à ce qui serait nécessaire pour compenser les nutriments exportés lors des récoltes, entraînant une déplétion généralisée des éléments nutritifs et un déclin continu de la fertilité des sols. Bien que de nombreux.euses agriculteur.rice.s utilisent des engrais, iels ne les appliquent pas toujours de la manière la plus efficace. Cela ne tient pas à un manque d’efforts, mais plutôt à un accès limité aux connaissances techniques nécessaires pour adapter l’utilisation des engrais aux conditions spécifiques de leurs parcelles. Pendant des décennies, les recommandations en matière de fertilisation ont principalement reposé sur des directives uniformes, supposant des conditions homogènes, malgré la grande diversité des sols, des climats et des systèmes de culture à travers le Ghana.

En conséquence, les engrais sont fréquemment appliqués en quantités excessives ou insuffisantes. Une application excessive entraîne un gaspillage de ressources et peut nuire à l’environnement, tandis qu’une application insuffisante limite les rendements et restreint le potentiel de production des agriculteur.rice.s. Ensemble, ces inefficacités contribuent à l’augmentation des coûts de production, à la baisse de la productivité et à la dégradation de l’environnement.

Ce dont le Ghana a besoin, c’est d’un changement vers des recommandations de fertilisation qui reflètent les réalités du terrain. Ces recommandations doivent être spécifiques aux localités et fondées sur des données locales solides. Grâce à des conseils plus précis, les agriculteur.rice.s peuvent améliorer durablement leurs rendements, réduire les gaspillages et mieux utiliser des ressources souvent limitées. Des recommandations en matière de fertilisation fondées sur les données et adaptées aux contextes locaux ne sont donc pas seulement utiles, elles sont essentielles pour l’avenir de l’agriculture au Ghana.

L’Alliance de Bioversity International et du CIAT travaille en étroite collaboration avec des centres du CGIAR, dont l’IITA, ainsi qu’avec le Council for Scientific and Industrial Research (CSIR), le Ministry of Food and Agriculture (MoFA), l’ International Fertilizer Development Center (IFDC) et d’autres partenaires afin de transformer la manière dont les conseils de fertilisation sont diffusés au Ghana. Ensemble, ces institutions s’éloignent des directives uniformes pour aller vers des recommandations adaptées à des lieux et des cultures spécifiques. Cet effort collaboratif pose les bases d’une gestion des nutriments plus intelligente, plus précise et plus durable à l’échelle nationale.

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Rencontre entre partenaires sur le partage des données et la numérisation

 

Au cœur de cette transformation se trouve le développement d’une base de données numérique en agronomie et en sols, conçue pour générer des recommandations de fertilisation spécifiques aux cultures pour les agriculteur.rice.s à travers le Ghana. Cette base de données intègre des sources d’information variées, notamment la littérature scientifique publiée, des expérimentations de terrain, des démonstrations en milieu paysan, des bases de données historiques sur les sols, ainsi que des informations issues d’enquêtes sur les cultures et les sols. Cet effort de consolidation des données constitue une étape majeure vers la modernisation des services de conseil agricole au Ghana, en mettant à la disposition des agriculteur.rice.s et des agent.e.s de vulgarisation des recommandations adaptées aux contextes locaux. Il ouvre la voie à un avenir où l’agriculture fondée sur les données devient la norme, permettant aux agriculteur.rice.s de prospérer dans un paysage agricole en mutation rapide.

À ce jour, environ 2 600 points de données sur le maïs ont été numérisés, avec l’ambition d’élargir la base à d’autres cultures. En s’appuyant sur le workflow AgWise, des recommandations préliminaires de fertilisation ont été générées en combinant des données sur les sols, le climat, les cultures et l’espace, afin de produire des conseils localisés et adaptés aux réalités de terrain.

Les recommandations actuelles sont élaborées à l’échelle des districts et sont en cours de test à travers des essais et des parcelles de démonstration, en collaboration avec les agriculteur.rice.s, le Ministry of Food and Agriculture (MoFA) et le Council for Scientific and Industrial Research (CSIR). Les premiers résultats sont prometteurs et démontrent clairement l’efficacité de la gestion de la fertilisation spécifique aux sites, comparée aux recommandations uniformes dites « blanket ».

Afin d’améliorer encore la précision et la fiabilité de ces recommandations, les partenariats avec des acteur.rice.s clés, notamment le MoFA, le CSIR et l’International Fertilizer Development Center (IFDC), se poursuivront, parallèlement à des efforts coordonnés de partage de données visant à élargir et renforcer la base d’informations disponible. Cette action collective est essentielle pour bâtir un système national robuste d’intelligence des sols, capable de fournir de manière cohérente des recommandations de fertilisation spécifiques aux sites et adaptées aux contextes locaux à travers l’ensemble du Ghana.

La base de données agronomiques et pédologiques constitue une étape décisive vers la mise en place d’un hub numérique intégré de l’agronomie et des sols à l’échelle nationale. Conçu pour optimiser la gestion de la fertilité des sols, ce hub transformera les services de conseil agronomique en un système dynamique, fondé sur les données, capable d’accompagner les agriculteur.rice.s avec des recommandations nutritionnelles précises et adaptées aux contextes locaux.

Grâce à ce renforcement de l’infrastructure numérique, les producteur.rice.s seront mieux outillé.e.s pour accroître leur productivité, améliorer l’efficacité de l’utilisation des ressources et réduire les risques environnementaux. À terme, cette initiative pose des bases solides pour un avenir agricole ghanéen résilient, innovant et durable. Ces travaux s’inscrivent également dans l’Agenda continental africain sur les engrais et la santé des sols, actuellement adopté par les États membres de l’Union africaine.