From the Field Restaurer l’économie du bois en Éthiopie grâce à des forêts de Juniperus procera à âges multiples

Restoring Ethiopia’s timber economy with multi-age juniperus procera forests

À travers les hautes terres d’Éthiopie, un arbre soutient discrètement les moyens de subsistance, la culture et l’architecture depuis des siècles : Juniperus procera. Réputée pour son bois durable et résistant aux termites, cette espèce indigène a été utilisée pour construire des maisons, des églises, des portes et des poutres, dont beaucoup sont encore debout aujourd’hui, témoignant de sa qualité exceptionnelle.

Pourtant, malgré sa valeur, les forêts qui fournissaient autrefois ce bois disparaissent rapidement. Aujourd’hui, l’Éthiopie est confrontée à un défi majeur : comment répondre à la demande croissante en bois sans dégrader davantage les forêts naturelles restantes.

Une ressource précieuse mais en déclin

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Figure 1. Jeune peuplement de genévriers (5 ans) à la station de recherche de Holeta, zone de West Shewa, Éthiopie.

Historiquement, les forêts de Juniperus procera couvraient environ 200 000 hectares dans les hautes terres éthiopiennes, constituant le plus grand écosystème de genévriers en Afrique (Sterk et al., 2010). Ces forêts soutenaient la biodiversité, protégeaient les bassins versants et fournissaient une source fiable de bois. Des études scientifiques montrent que les genévriers ont un fort potentiel de croissance, atteignant des hauteurs allant jusqu’à 45 mètres et produisant un volume de bois important dans des conditions favorables (Pohjonen et Pukkala, 1992). Cependant, des décennies de déforestation, de pression pastorale et d’exploitation non contrôlée ont fragmenté et dégradé la répartition des genévriers.

Dans de nombreuses zones, les arbres matures sont prélevés de manière sélective sans plan de régénération. Le pâturage du bétail empêche en outre l’installation des jeunes plants. En conséquence, la régénération naturelle diminue et, dans certaines régions, le Juniperus procera disparaît progressivement.

Le problème n'est pas la politique. C'est la pratique

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Figure 2. Un peuplement de genévriers de 18 ans à la station de recherche de Jibili, dans la zone d'Awi, en Éthiopie.

L’Éthiopie dispose déjà d’un cadre politique permettant une gestion durable des forêts. Celles-ci peuvent être classées comme forêts productives, protégées ou préservées, les « forêts productives » étant destinées à fournir du bois à partir d’espèces sélectionnées, dont le genévrier, tout en maintenant l’intégrité écologique.

Le véritable défi réside dans la mise en œuvre. Des outils essentiels, tels que les inventaires forestiers, les données de croissance et la planification des coupes, font souvent défaut, ce qui entraîne une exploitation non réglementée et non durable. En l’absence de gestion scientifique, la récolte du bois devient opportuniste, prélevant les meilleurs arbres et laissant derrière elle des peuplements dégradés.

Gestion forestière participative : Une occasion manquée

La gestion forestière participative (PFM) a été largement promue en Éthiopie, en donnant aux communautés les moyens de gérer et de protéger les forêts. Dans de nombreux cas, elle a permis de réduire la déforestation en renforçant le rôle des communautés locales en tant que gardien.ne.s de leurs ressources forestières. Toutefois, l’intégration de la production de bois dans ces systèmes reste rare. Les communautés protègent souvent les forêts, mais en tirent des bénéfices économiques limités, tandis que les marchés illégaux du bois continuent de fonctionner ailleurs. Cela représente une opportunité manquée.

Avec un appui technique adéquat, les groupes PFM pourraient :

  • Récolter le bois de manière durable en quantités contrôlées
  • Transformer et vendre le bois légalement
  • Générer des revenus pour soutenir leurs moyens de subsistance tout en préservant les forêts de manière durable

Intégrer la production de bois dans les systèmes PFM permettrait d’aligner la conservation avec les moyens de subsistance, en faisant des forêts à la fois des espaces protégés et productifs.

Ce que la science nous apprend sur la récolte durable

La recherche fournit des orientations claires sur la manière de gérer durablement le Juniperus procera tout en générant des revenus pour les communautés locales. L’analyse des cernes de croissance montre que cette espèce forme des anneaux annuels distincts, permettant de mesurer avec précision ses taux de croissance. Ces études indiquent que les arbres dont le diamètre à hauteur de poitrine (DHP) est compris entre 10 et 40 cm jouent un rôle essentiel dans le maintien des populations forestières (Couralet et al., 2005). Cette classe de taille représente le futur stock de bois et le principal groupe reproducteur de la forêt. L’exploitation excessive de cette catégorie compromet la régénération et la productivité à long terme. À l’inverse, les systèmes durables doivent privilégier la récolte des arbres matures tout en conservant la majorité des arbres jeunes et intermédiaires qui constitueront la prochaine génération. Il est également recommandé de pratiquer des éclaircies sélectives afin d’améliorer la qualité des peuplements et de générer des revenus grâce à la vente de petits bois et de poteaux de clôture, des produits déjà très demandés.

Une étude menée dans la forêt de Chilimo (Legese, 2023) illustre ce potentiel. En appliquant un diamètre minimum d’exploitation de 40 cm et un cycle de coupe de 15 ans, environ 9 % des arbres sont prélevés par cycle, tandis que 91 % sont maintenus, garantissant ainsi la stabilité écologique. Avec un système aussi prudent, les forêts naturelles de genévriers en Éthiopie peuvent soutenir à la fois la durabilité écologique et les économies forestières locales, en produisant un rendement régulier de bois d’environ 22 m³ par hectare et par cycle, soit environ 1,4 m³ par hectare et par an, sans compromettre l’équilibre écologique.

De l'extraction à la culture : L'approche de la forêt multi-âges

S'appuyer uniquement sur les forêts naturelles ne suffit pas. Une solution plus durable et plus résiliente consiste à combiner la gestion des forêts naturelles avec le développement de systèmes forestiers multi-âges. Un paysage résilient associe des peuplements naturels gérés durablement à des plantations multi-âges délibérément établies et à des plantations d'enrichissement.

Cette approche présente plusieurs avantages:

Les forêts multi-spécifiques ont été créées pour répondre aux besoins de la population.

  • Approvisionnement continu en bois
  • Réduction des perturbations écologiques
  • Résilience accrue au changement climatique, aux ravageurs et aux maladies
  • Augmentation de la biodiversité

Les systèmes multi-âges peuvent être développés à la fois dans les forêts naturelles (grâce à la récolte sélective et à la régénération) et en dehors de celles-ci (grâce aux plantations).

Les leçons de l'étranger

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Figure 2. Vue partielle des compartiments multi-âges de la forêt de Starker

La foresterie privée et communautaire dans des régions comme l’Oregon (États-Unis) offre un modèle opérationnel utile. Par exemple, Starker Forests gère des plantations de douglas plantées à un espacement d’environ 3 × 3 m et applique une succession d’éclaircies et de récoltes au cours du cycle de rotation : une éclaircie précommerciale vers 13 ans, une éclaircie commerciale vers 25 ans, une seconde éclaircie commerciale vers 45 ans, puis une coupe finale plus tard dans la rotation.

Ces interventions successives permettent de créer des compartiments forestiers à âges multiples à l’échelle du paysage et de maintenir une production continue. Bien que les conditions écologiques diffèrent, les principes sous-jacents — mesure, planification et exploitation régulée — sont directement applicables au contexte éthiopien.

Conception de forêts de genévriers multi-spécifiques en Éthiopie

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Figure 3. Schéma d’un système de production de Juniperus procera à âges multiples (image générée par IA)

Les actions clés comprennent :

  • L’inventaire forestier et la planification afin d’évaluer les ressources et orienter les décisions
  • Des systèmes de récolte sélective fondés sur des limites de diamètre et des cycles de coupe
  • Le développement de plantations dans des zones de hautes terres adaptées
  • Des calendriers de plantation échelonnés pour créer des paysages à âges diversifiés
  • La participation des communautés à travers le renforcement des systèmes de gestion forestière participative (PFM)

Le genévrier peut être planté avec des espacements de 2,5 × 2,5 m à 3 × 3 m, avec l’établissement périodique de nouveaux peuplements afin d’assurer un approvisionnement à long terme

Un investissement à long terme avec des bénéfices durables

Le développement de forêts multi-spécifiques de Juniperus procera requiert de la patience. La croissance de l'espèce est relativement lente, et il faut parfois des décennies pour obtenir des résultats significatifs. En général, la sylviculture est par nature un investissement à long terme. Une fois établi, un système bien géré peut produire du bois indéfiniment, tout en apportant des bénéfices plus larges à l'écosystème :

  • Réduction de la pression sur les forêts naturelles
  • Amélioration des moyens de subsistance en milieu rural
  • Création d'emplois
  • Résilience accrue de l'écosystème

Une voie à suivre

L'Éthiopie se trouve à la croisée des chemins. Poursuivre sur la voie actuelle de l'extraction incontrôlée ne fera que dégrader davantage les forêts et compromettre l'approvisionnement futur en bois. En revanche, le développement d'une gestion scientifique et de systèmes forestiers multi-âges aide le pays à restaurer une économie du bois durable, qui équilibre la production et la conservation. Une telle transition permettrait non seulement d'assurer l'avenir de Juniperus procera, mais aussi de garantir que cet arbre emblématique continue à soutenir les communautés, les écosystèmes et le patrimoine culturel pour les générations à venir.

L'équipe de l'Alliance