Impact story Quand l’agriculture commence à changer : les résultats du projet AVENIR au Sénégal
Au lever du soleil, dans un périmètre maraîcher à Goudomp, Ndeye arrose soigneusement ses planches de culture. Il y a seulement quelques années, le sol craquelé produisait très peu. Aujourd’hui, les rangées de tomates et de feuilles de gombo racontent une tout autre histoire. Comme des milliers d’agriculteur.rice.s dans les régions de Sédhiou et de Tambacounda, Ndeye fait partie des bénéficiaires du projet AVENIR. Mis en œuvre par MEDA avec l’appui scientifique de l’Alliance de Bioversity International et du CIAT et financé par Affaires mondiales Canada, le projet montre comment l’agriculture intelligente face au climat peut contribuer à transformer les systèmes alimentaires locaux.
Restaurer les sols pour redonner vie aux terres agricoles
À travers le Sénégal, la dégradation des sols demeure l’une des principales contraintes pour l’agriculture des petit.e.s exploitant.e.s. La diminution de la matière organique, l’irrégularité des pluies et l’érosion ont progressivement affaibli la fertilité des sols, réduisant les rendements et menaçant les moyens de subsistance des agriculteur.rice.s.
Selon la FAO, près de 65 % des terres agricoles en Afrique sont affectées par la dégradation des terres. Au Sénégal, restaurer la santé des sols constitue donc un levier essentiel pour améliorer la résilience et la productivité.
C’est dans ce contexte que le projet AVENIR a concentré une grande partie de ses interventions. Dans les régions de Sédhiou et de Tambacounda, plus de 8 800 agriculteur.rice.s ont été formé.e.s à la gestion intégrée de la fertilité des sols et aux pratiques d’agriculture intelligente face au climat. Celles-ci incluent le compostage, la rotation des cultures, les cultures associées et l’utilisation d’intrants organiques.
À Djimassar, dans la région de Sédhiou au Sénégal, l’agriculteur Mamoudou Diatta affirme que ces pratiques ont complètement transformé sa manière de cultiver ses terres.
"Avant, je cultivais la terre comme le faisaient mes parents. Le sol s'appauvrissait d'année en année. Avec le compost et la rotation des cultures, j'ai vu mes champs redevenir productifs.
Dans plusieurs parcelles de démonstration, des cultures maraîchères telles que la tomate, le gombo et le chou ont montré des gains de productivité significatifs. Pourtant, l’impact va bien au-delà de l’augmentation des rendements. Les agriculteur.rice.s affirment avoir appris à mieux comprendre leurs sols et à adapter leurs pratiques en conséquence.
L’appui scientifique de l’Alliance de Bioversity International et du CIAT a permis d’adapter ces innovations aux conditions agroécologiques locales. Comme l’explique le Dr Issa Ouédraogo :
« Notre rôle est de faire le lien entre la recherche et les réalités du terrain. Lorsque les connaissances sont co-construites avec les communautés, elles deviennent un véritable levier de transformation durable. »
Ces innovations se traduisent désormais par des changements concrets sur les exploitations. Les agriculteur.rice.s améliorent la fertilité des sols tout en réduisant leur dépendance aux intrants chimiques coûteux, contribuant ainsi à la construction de systèmes agricoles plus durables et résilients.
Gestion de l'eau : sécuriser la production agricole
À Sédhiou et à Tambacounda, l’accès à l’eau demeure un facteur déterminant pour la production agricole. L’irrégularité des pluies et les périodes prolongées de sécheresse rendent l’agriculture particulièrement vulnérable.
Selon la Banque mondiale, l’agriculture représente environ 70 % des prélèvements mondiaux en eau douce. Améliorer l’efficacité de l’irrigation constitue donc une priorité essentielle pour les communautés agricoles rurales.
À travers le projet AVENIR, plus de 3 500 agriculteur.rice.s ont été formé.e.s à la gestion intégrée des ressources en eau. Les sessions de formation ont porté sur des pratiques d’irrigation efficaces, la conservation des bassins versants et des techniques permettant d’optimiser l’utilisation de l’eau.
Pour Mariam Mandiang, agricultrice dans la région de Sédhiou au Sénégal, l’accès à l’eau représente l’un des changements les plus transformateurs apportés par le projet.
« Avant le projet, cultiver était extrêmement difficile car l’eau se trouvait à plus de 30 mètres de profondeur. Grâce à l’appui que nous avons reçu, nous avons enfin pu accéder à l’eau. Aujourd’hui, nous sommes confiants de pouvoir continuer même après la fin du projet. »
Dans plusieurs villages, de petits bassins de collecte des eaux ont également été mis en place pour soutenir les périmètres maraîchers. Ces infrastructures permettent de prolonger les saisons de production et de réduire la dépendance aux précipitations.
Pour les autorités locales, ces innovations représentent une opportunité importante pour le développement agricole régional.
Le préfet Alioune Badara Mbengue souligne l’importance de transformer les résultats en actions :
« Ce que nous validons aujourd’hui ne doit pas rester dans des rapports. Ces résultats doivent orienter l’action locale et bénéficier directement aux communautés. »
En améliorant la gestion de l’eau, le projet contribue à sécuriser la production agricole et à renforcer les moyens de subsistance des ménages.
Les services climatiques transforment les décisions agricoles
L’un des changements les plus visibles dans les communautés concerne l’utilisation des services d’information climatique. Alors que les saisons agricoles deviennent de plus en plus imprévisibles, les agriculteur.rice.s ont besoin de données météorologiques fiables pour orienter leurs décisions.
Selon l’Organisation météorologique mondiale, les services climatiques peuvent augmenter la productivité agricole de 10 à 30 % lorsqu’ils sont utilisés efficacement.
Dans le cadre du projet AVENIR, plus de 11 800 agriculteur.rice.s ont reçu des informations climatiques localisées, tandis que plus de 16 500 bénéficiaires ont eu accès à des services de conseil agricole combinant des prévisions climatiques et des recommandations pratiques.
Ces services sont diffusés à travers plusieurs canaux, notamment des alertes SMS, des radios communautaires et des plateformes numériques.
Pour Mamadou, jeune agriculteur à Goudiry, l’information climatique a transformé son approche de l’agriculture.
« Avant, nous semions selon nos habitudes. Maintenant, nous consultons les prévisions. Cela nous aide à éviter de perdre des semences lorsque les pluies tardent. »
Aujourd’hui, plus de 70 % des agriculteur.rice.s déclarent adapter leurs décisions agricoles en fonction des prévisions climatiques, notamment les dates de semis, le choix des cultures et la gestion des intrants.
Ces évolutions montrent que l’information climatique devient un outil essentiel de gestion des risques pour les petit.e.s exploitant.e.s agricoles
Des exploitations agricoles à l’alimentation : relier agriculture et nutrition
Dans de nombreuses zones rurales d’Afrique, produire davantage de nourriture ne se traduit pas automatiquement par une meilleure nutrition. La malnutrition demeure un défi persistant.
Selon l’UNICEF, près d’un enfant sur quatre en Afrique subsaharienne souffre de retard de croissance.
Pour répondre à ce défi, le projet AVENIR a intégré une composante agri-nutrition, reliant la production agricole à la diversification alimentaire.
Dans les zones d’intervention, environ 9 800 agriculteur.rice.s ont été formé.e.s à une agriculture sensible à la nutrition, et plus de 16 500 ménages ont bénéficié de services de conseil nutritionnel. Les jardins potagers jouent un rôle clé dans cette transformation.
À Tambacounda, Aissatou, mère de trois enfants, explique comment le projet a changé l’alimentation de sa famille.
« Avant, nous mangions principalement du riz. Aujourd’hui, grâce au jardin, nous avons des légumes presque toute l’année. »
Les résultats montrent une amélioration nette de la diversité alimentaire des ménages, en particulier chez les femmes et les enfants.
Pour le Gouverneur Ba Ousmane, ces résultats mettent en évidence l’importance d’investir dans les capacités locales.
« Un projet n’a de sens que s’il laisse derrière lui des capacités durables. Les communautés disposent désormais des outils nécessaires pour poursuivre ces dynamiques dans le temps. »
Le projet AVENIR démontre que la combinaison de l’agriculture intelligente face au climat, de la gestion des ressources naturelles et de la nutrition peut renforcer de manière significative la résilience des systèmes alimentaires locaux.
Pour en savoir plus
"Avant, je cultivais la terre comme le faisaient mes parents. Le sol s'appauvrissait d'année en année. Avec le compost et la rotation des cultures, j'ai vu mes champs redevenir productifs.
« Notre rôle est de faire le lien entre la recherche et les réalités du terrain. Lorsque les connaissances sont co-construites avec les communautés, elles deviennent un véritable levier de transformation durable. »
« Avant le projet, cultiver était extrêmement difficile car l’eau se trouvait à plus de 30 mètres de profondeur. Grâce à l’appui que nous avons reçu, nous avons enfin pu accéder à l’eau. Aujourd’hui, nous sommes confiants de pouvoir continuer même après la fin du projet. »
« Un projet n’a de sens que s’il laisse derrière lui des capacités durables. Les communautés disposent désormais des outils nécessaires pour poursuivre ces dynamiques dans le temps. »