Blog Voies vers des systèmes alimentaires durables en Afrique : enseignements tirés du lancement du rapport de la Commission EAT-Lancet 2.0 à Nairobi

Pathways towards realizing sustainable food systems in Africa - Insights from the Launch of the EAT–Lancet Commission 2.0 Report in Nairobi

Alors que les systèmes alimentaires mondiaux subissent des pressions croissantes liées au changement climatique, à l’instabilité économique et aux évolutions démographiques, la nécessité d’une transformation systémique devient de plus en plus urgente. Ces dynamiques ont structuré les discussions de haut niveau lors du lancement au Kenya de l’Africa Exchange autour du rapport de la EAT–Lancet Commission 2.0 , où les parties prenantes ont examiné les voies permettant d’avancer vers des systèmes alimentaires durables, résilients et équitables en Afrique.

Systèmes alimentaires soumis à des contraintes multidimensionnelles

Depuis la publication du premier rapport EAT–Lancet en 2019, l’environnement dans lequel évoluent les systèmes alimentaires mondiaux est devenu considérablement plus complexe. Les perturbations liées à la pandémie de COVID-19, aux tensions géopolitiques et aux chocs induits par le climat ont mis en évidence des inefficacités structurelles au sein des systèmes de production, de distribution et de consommation.

Les systèmes alimentaires sont désormais largement reconnus comme un moteur majeur de la dégradation environnementale à l’échelle mondiale, contribuant aux émissions de gaz à effet de serre, à la perte de biodiversité, à la dégradation des terres et à l’épuisement des ressources en eau douce. Dans le même temps, ils ne parviennent pas à garantir des résultats nutritionnels équitables, plus de la moitié de la population mondiale n’ayant pas les moyens d’accéder à une alimentation saine.

L’Afrique illustre parfaitement ce double défi : malgré un potentiel agricole important, le continent demeure fortement vulnérable à la variabilité climatique, aux invasions de ravageurs et à la volatilité des marchés.

Un cadre à cinq piliers pour la transformation des systèmes

Le rapport de la Commission EAT-Lancet 2.0 propose un cadre multidimensionnel reposant sur cinq piliers interdépendants

  • Santé
  • Environnement.
  • Justice
  • Modélisation
  • Transformation

Ces piliers fonctionnent comme un système intégré et nécessitent donc des interventions coordonnées entre les secteurs

Contextualiser la transformation en Afrique

L’un des principaux enseignements issus des discussions de Nairobi a été le rôle essentiel des systèmes de connaissances autochtones dans la promotion de systèmes alimentaires durables. Lors d’un événement parallèle, Selina Nkoline, dirigeante de la communauté massaï de Narok, dans la vallée du Rift, a mis en lumière l’intersection entre l’accès traditionnel aux ressources et l’innovation agricole moderne.

« En tant que communauté massaï, nous disposons de suffisamment de ressources, notamment de terres, mais nous avons besoin de partenariats pour sensibiliser la communauté aux technologies agricoles les plus adaptées et applicables », a déclaré Selina Nkoline, agricultrice de Narok, dirigeante autochtone massaï et fondatrice des Nashipai Maasai Community Projects.

Son expérience illustre l’importance des approches hybrides combinant savoirs autochtones et avancées scientifiques. À travers des initiatives telles que la mise en place d’une forêt alimentaire dans un environnement aride, elle a démontré la faisabilité des pratiques agroécologiques dans des contextes pastoraux. Toutefois, elle a également souligné des lacunes systémiques, notamment en matière de services de vulgarisation, de transfert de technologies et de renforcement des capacités pour les femmes et les jeunes.

Cela renforce la nécessité de développer des trajectoires d’adaptation localisées et co-construites avec les communautés, plutôt qu’imposées de l’extérieur.

Un thème central ressorti du dialogue de Nairobi a été la nécessité d’une adaptation contextualisée.

« Les trajectoires des systèmes alimentaires africains doivent être façonnées par les réalités propres au continent, en répondant aux déficits de production, aux défis nutritionnels et à la croissance rapide de la population grâce à des décisions fondées à la fois sur des données probantes et sur les expériences vécues. À l’Alliance de Bioversity International et du CIAT, nous travaillons à produire des connaissances scientifiques qui permettent d’orienter ces arbitrages », a déclaré la Dre Wanjiru Kamau-Rutenberg, directrice générale Afrique de l’Alliance.

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Selina Nkoline, dirigeante de la communauté massaï de Narok, dans la vallée du Rift, prend la parole lors de l’événement parallèle. À ses côtés se trouve la Dre Namukolo Covic, directrice générale et représentante pour l’Éthiopie de l’International Livestock Research Institute (ILRI).

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La Dre Wanjiru Kamau-Rutenberg, directrice générale Afrique de l’Alliance de Bioversity International et du CIAT, s’adresse aux participant.e.s lors de la clôture de l’événement parallèle.

Les systèmes alimentaires comme point de convergence

Le rapport de la Commission EAT–Lancet 2.0 présente les systèmes alimentaires comme un carrefour reliant la santé, la durabilité environnementale et l’équité sociale. Cette approche souligne leur potentiel en tant que levier stratégique permettant d’atteindre simultanément plusieurs objectifs de développement.

« Même si nous faisions tout le reste correctement, comme réduire l’utilisation des combustibles fossiles et arrêter l’usage de produits chimiques nocifs, mais que nous ignorions les interventions au sein des systèmes alimentaires, nous n’aurions toujours pas une planète durable », a déclaré la Dre Namukolo Covic, directrice générale et représentante pour l’Éthiopie de l’International Livestock Research Institute (ILRI) et commissaire EAT-Lancet.

Une session dédiée, modérée par la Dre Christine Chege, scientifique spécialisée en agri-nutrition et systèmes alimentaires, et la Dre Celine Termote, responsable régionale Afrique pour l’environnement alimentaire et le comportement des consommateur.rice.s, a mis en évidence le rôle crucial des consommateur.rice.s au sein de ce système. Bien qu’ils et elles soient souvent négligé.e.s dans la conception des politiques, les comportements des consommateur.rice.s influencent directement les habitudes alimentaires, la demande du marché et, en définitive, les systèmes de production.

Garantir que les régimes alimentaires sains soient accessibles, abordables et culturellement acceptables constitue donc un élément central pour parvenir à une transformation systémique.

Du dialogue à la mise en œuvre

Les discussions de Nairobi ont souligné la nécessité de passer des cadres conceptuels à la mise en œuvre concrète. La transformation des systèmes alimentaires nécessitera :

  • une cohérence des politiques publiques
  • des investissements stratégiques
  • une prise de décision fondée sur les données
  • des partenariats multipartites

L’Afrique se trouve à un moment charnière. Avec la diversité de ses zones agroécologiques, l’expansion de sa population et le renforcement de ses capacités en matière de recherche et d’innovation, le continent est particulièrement bien positionné pour jouer un rôle de leader dans la conception et la mise en œuvre de systèmes alimentaires durables.

Cet événement dans les médias

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Les participant.e.s suivent les échanges lors de l’événement parallèle.

L'équipe de l'Alliance

Céline Termote

Senior Scientist - Africa Regional Team leader Food Environment and Consumer Behavior