Blog De la perte alimentaire à la nutrition : nourrir les populations, pas les décharges
Chaque jour, des tonnes de fruits et légumes frais arrivent sur les marchés informels de Nairobi. Pourtant, avant même qu’une grande partie de ces aliments n’atteigne les consommateur.rice.s, une proportion importante est perdue en raison de mauvaises conditions de stockage, des difficultés de transport, de la saturation des marchés et de l’insuffisance des infrastructures.
Dans le même temps, des milliers de personnes vulnérables, notamment des enfants vivant dans des foyers d’accueil, des élèves fréquentant des écoles informelles et des ménages à faibles revenus, peinent à accéder à des repas sains et nutritifs.
Ce paradoxe est au cœur de l’un des plus grands défis du système alimentaire kényan : la coexistence des pertes et gaspillages alimentaires avec une insécurité alimentaire et nutritionnelle croissante.
Un nouveau partenariat entre FoodBanking Kenya (FBK) et l’Alliance de Bioversity International et du CIAT, dans le cadre du Programme scientifique du CGIAR sur l’amélioration des régimes alimentaires et de la nutrition ( CGIAR Better Diets and Nutrition Science Program), s’efforce de changer cette réalité en transformant les aliments récupérés en impacts nutritionnels mesurables.
Pourquoi le sauvetage alimentaire est-il important ?
À l’échelle mondiale, près d’un tiers de tous les aliments produits sont perdus ou gaspillés. Dans les marchés urbains tels que ceux de Nairobi, les estimations indiquent qu’entre 40 % et 60 % des fruits et légumes peuvent être perdus avant même d’être consommés.
Il ne s’agit pas seulement de pertes économiques. Une grande partie des aliments gaspillés est riche en nutriments essentiels tels que la vitamine A, le fer, le zinc et le calcium. Ces nutriments sont indispensables à une croissance saine, à un système immunitaire robuste et au bon développement des enfants.
Parallèlement, de nombreuses institutions qui prennent en charge des populations vulnérables disposent de budgets alimentaires limités et éprouvent des difficultés à fournir régulièrement des repas équilibrés.
FoodBanking Kenya s’attaque à ce défi en récupérant les surplus alimentaires propres à la consommation sur les marchés et en les redistribuant aux institutions et aux communautés qui en ont besoin. Grâce à des systèmes structurés de dons alimentaires et à des plateformes numériques de coordination telles que FoodiVerse, les aliments qui auraient autrement été perdus sont redirigés pour nourrir les populations.
À l’échelle mondiale, près d’un tiers de tous les aliments produits sont perdus ou gaspillés. Dans les marchés urbains tels que ceux de Nairobi, les estimations indiquent qu’entre 40 % et 60 % des fruits et légumes peuvent être perdus avant leur consommation.
Il ne s’agit pas seulement de pertes économiques. Une grande partie des aliments gaspillés est riche en nutriments essentiels tels que la vitamine A, le fer, le zinc et le calcium. Ces nutriments sont indispensables à une croissance saine, au renforcement du système immunitaire et au bon développement des enfants.
Dans le même temps, de nombreuses institutions au service des populations vulnérables fonctionnent avec des budgets alimentaires limités et peinent à fournir régulièrement des repas équilibrés.
FoodBanking Kenya s’attaque à ce défi en récupérant les surplus alimentaires propres à la consommation sur les marchés et en les redistribuant aux institutions et aux communautés qui en ont besoin. Grâce à des systèmes structurés de dons alimentaires et à des plateformes numériques de coordination telles que FoodiVerse, les aliments qui auraient autrement été perdus sont réorientés pour nourrir les populations.
La Dre Christine Chege présente lors de la réunion entre l’équipe de l’Alliance de Bioversity International et du CIAT et FoodBanking Kenya.
Une photo de groupe des parties prenantes de l'Alliance et de FoodBanking Kenya.
Passer de la quantité à la nutrition
Traditionnellement, les programmes de récupération alimentaire se sont concentrés sur la quantité d’aliments sauvés et redistribués. Cependant, une question importante est longtemps restée sans réponse : quelle est la valeur nutritionnelle réelle des aliments récupérés pour les populations vulnérables ?
La collaboration pilote de 2026 entre FoodBanking Kenya et l’Alliance de Bioversity International et du CIAT vise à répondre à cette question.
L’initiative testera un système numérique de suivi sensible à la nutrition, capable de suivre les aliments au niveau de chaque produit, depuis le don jusqu’à leur utilisation dans les institutions bénéficiaires.
Au lieu de simplement enregistrer des catégories générales telles que « légumes » ou « fruits », le projet pilote cherchera à documenter des produits spécifiques comme les épinards, les carottes, les bananes ou les choux, ainsi que leurs quantités et la manière dont ils sont finalement utilisés.
Ces informations permettront de produire des données probantes sur :
- La diversité alimentaire ;
- La contribution nutritionnelle des aliments récupérés ;
- L’utilisation des aliments et les pertes associées ;
- La disponibilité saisonnière des aliments ;
- Les économies réalisées par les institutions bénéficiaires ;
- Les considérations liées à la sécurité sanitaire des aliments ;
- Les changements de comportement dans les pratiques d’achat alimentaire.
Fonctionnement du système
À l’aide d’outils numériques tels qu’ODK et de flux de données automatisés, les institutions bénéficiaires enregistreront :
- Les aliments reçus sous forme de dons ;
- Les aliments achetés auprès d’autres sources ;
- Les aliments utilisés pour la préparation des repas ;
- Les aliments gaspillés ou redistribués ;
- Les modes et pratiques de préparation des repas.
Les données collectées seront ensuite reliées aux Tables de Composition des Aliments du Kenya afin d’estimer l’apport en nutriments tels que :
- La vitamine A ;
- Le fer ;
- Le zinc ;
- Le calcium ;
- Les calories et autres macronutriments.
Le projet calculera également des indicateurs tels que les scores de diversité alimentaire et la richesse spécifique alimentaire afin de mieux comprendre la qualité des repas servis.
Il est important de souligner que le système est conçu de manière à ne pas alourdir inutilement la charge de travail des institutions bénéficiaires, en se concentrant uniquement sur des données pratiques et à forte valeur ajoutée.
Soutenir les enfants, les écoles et les communautés vulnérables
Le projet pilote travaillera avec différentes catégories d’institutions bénéficiaires, notamment :
- Les foyers d’accueil pour enfants ;
- Les écoles ;
- Les programmes communautaires d’alimentation ;
- D’autres structures d’appui aux populations vulnérables.
Bon nombre de ces institutions dépendent fortement de l’aide alimentaire extérieure et fonctionnent avec des ressources financières très limitées.
En réduisant les coûts d’approvisionnement alimentaire et en améliorant l’accès à des aliments nutritifs, la récupération alimentaire peut jouer un rôle important dans le renforcement de la nutrition des enfants, de la sécurité alimentaire et de la résilience des institutions.
Une manière plus intelligente de lutter contre les pertes alimentaires et la faim
La collaboration entre FoodBanking Kenya (FBK) et l’Alliance de Bioversity International et du CIAT reflète une reconnaissance croissante du fait que la récupération alimentaire n’est pas seulement une intervention environnementale, mais également une solution en matière de nutrition et de santé publique.
Le projet vise à produire des données probantes et concrètes pouvant contribuer à :
- Améliorer la planification des dons alimentaires ;
- Renforcer les systèmes alimentaires sensibles à la nutrition ;
- Soutenir le dialogue politique sur les pertes et le gaspillage alimentaires ;
- Moderniser les systèmes numériques de récupération alimentaire ;
- Déployer à plus grande échelle des modèles de récupération alimentaire fondés sur des données probantes au Kenya et au-delà.
En définitive, l’objectif est simple mais puissant : faire en sorte que les aliments de bonne qualité nourrissent les populations plutôt que de finir dans les circuits de gaspillage.
Perspectives d'avenir
Alors que les changements climatiques, la hausse des prix des denrées alimentaires et l’insécurité alimentaire urbaine continuent de fragiliser les populations vulnérables, le besoin de solutions innovantes pour les systèmes alimentaires devient de plus en plus urgent.
En combinant la récupération alimentaire, l’innovation numérique, la science de la nutrition et les partenariats communautaires, FoodBanking Kenya et l’Alliance de Bioversity International et du CIAT démontrent comment les surplus alimentaires peuvent devenir un levier pour promouvoir des régimes alimentaires plus sains, réduire le gaspillage et renforcer la résilience des communautés.
Car parfois, la solution à la faim ne consiste pas à produire davantage de nourriture, mais à mieux utiliser celle dont nous disposons déjà.
Cover Photo: Des intervenants de l'Alliance et de FoodBanking Kenya lors d'une récente réunion à Nairobi
L'équipe
Christine Chege
Agri-Nutrition and Food Systems ScientistKevin Omondi Onyango
Senior Research Associate
Rosina Wanyama
Scientist - Food Environment and Consumer BehaviorContinuer à explorer