Blog L’agriculture régénératrice peut-elle transformer les systèmes alimentaires au service des populations et de la nature ?

Can regenerative agriculture transform food systems for people and nature?

La crise climatique transforme notre manière de vivre, de travailler et de produire notre nourriture. Ses conséquences vont bien au-delà de la hausse des températures, menaçant ainsi la sécurité alimentaire, la santé, la biodiversité et les moyens de subsistance, et exigent des solutions qui relient les secteurs et les communautés. Pourtant, au milieu de ces défis, une révolution silencieuse est en cours : les agriculteur.rice.s, les gouvernements locaux, les chercheur.e.s et les communautés trouvent des moyens de transformer l’ambition en action, en expérimentant des approches positives pour la nature et résilientes face au climat qui promettent des paysages et des régimes alimentaires plus sains.

Au Kenya, une dynamique se crée autour de l’agriculture régénératrice, de l’agroécologie, des approches positives pour la nature et d’autres modes de production respectueux de l’environnement permettant de produire des aliments nutritifs. La société civile, les chercheur.e.s et les décideur.e.s politiques explorent comment une production alimentaire durable peut à la fois améliorer la nutrition et protéger les paysages. Celine Termote souligne qu’une meilleure coopération entre les secteurs de l’agriculture, de l’environnement et de la santé aide les populations à comprendre comment les actions menées dans un secteur influencent les autres, montrant ainsi que les approches systémiques sont essentielles pour construire des systèmes alimentaires résilients, sains et équitables.

Cette prise de conscience se propage. De plus en plus de pays, de provinces et de villes commencent à percevoir la valeur des approches intégrées et centrées sur les systèmes, ce qui représente un changement majeur par rapport à il y a dix ans. Pourtant, comprendre la nécessité n’est qu’une première étape. Transformer cette compréhension en action exige des cadres clairs et des processus participatifs qui donnent du pouvoir aux communautés.

Un exemple est la politique d’agroécologie lancée par le comté de Vihiga, au Kenya, en avril 2024, un processus que l’Alliance a eu le privilège d’accompagner. Cette politique est véritablement multidisciplinaire et multisectorielle, démontrant comment les gouvernements locaux peuvent intégrer les priorités en matière de climat, de biodiversité et de nutrition. La mise en œuvre est désormais la priorité, alors que les communautés locales commencent à traduire la politique en pratique, en générant des solutions pertinentes, durables et reproductibles.

Les données de terrain montrent ce qui fonctionne. Donner les moyens d’agir aux communautés grâce à la co-création et aux approches participatives a fait ses preuves : cela permet aux communautés de s’approprier les initiatives, de diffuser les solutions par la formation entre pairs, de plaider auprès des gouvernements locaux et de s’organiser autour de leurs priorités locales. Ces approches permettent également de valoriser l’agrobiodiversité locale pour améliorer les régimes alimentaires et la nutrition, notamment en intégrant les cultures indigènes dans les programmes d’alimentation scolaire locale, tout en répondant à des défis complexes tels que la dégradation des terres, la vulnérabilité climatique et les inégalités sociales.

Céline souligne la nécessité de repenser les présupposés et d’explorer les synergies : des compromis existent, mais il y a souvent davantage d’opportunités d’intégrer les bénéfices écologiques, sociaux et nutritionnels si nous acceptons de voir le monde sous plusieurs angles, de remettre en question les agendas cachés et de concevoir les interventions avec les communautés comme des partenaires égaux. Cette approche redonne leur dignité à celles et ceux dont les savoirs ont été historiquement négligés et crée des solutions résilientes, portées localement, pouvant être reproduites de manière durable.

Céline Termote

Senior Scientist - Africa Regional Team leader Food Environment and Consumer Behavior

 

« Une fois qu’une communauté est bien organisée, elle s’occupe elle-même du passage à l’échelle, grâce à la formation entre pairs et au plaidoyer auprès de ses gouvernements pour obtenir des changements. Combiner les savoirs scientifiques et les connaissances locales, et considérer les communautés comme des partenaires égaux, est indispensable si nous voulons réellement résoudre les crises complexes et interconnectées du changement climatique, de la dégradation des terres, de la malnutrition sous toutes ses formes et de l’injustice. » Céline Termote

 

En vue de la COP30, elle souligne que les chercheur.e.s, les décideur.e.s politiques, les investisseur.e.s et les communautés doivent aligner les connaissances, les financements et les actions, en favorisant un dialogue et une co-création continus.

« Les COP sont excellentes pour la visibilité, pour mettre les sujets et les preuves sur la table, mais le véritable changement ne se produira que si nous continuons à entretenir le dialogue et la collaboration tout au long de l’année. Le changement climatique, la perte de biodiversité et la malnutrition sous toutes ses formes ne se produisent pas isolément, et nos solutions ne devraient pas l’être non plus. »

Grâce à des outils fondés sur des données probantes, des partenariats locaux et des approches participatives, l’Alliance démontre que l’agriculture régénératrice est bien plus qu’un concept. C’est une voie vers des paysages résilients, des communautés florissantes et des régimes alimentaires plus sains, prête à inspirer les politiques, les pratiques et l’action mondiale à l’approche de la COP30 et au-delà.