Blog Des données pédologiques aux solutions pour les sols : exploiter l'intelligence artificielle pour accélérer le développement de l'agriculture régénérative au Kenya

From soil data to soil solutions - Harnessing AI to accelerate regenerative agriculture in Kenya

À Nairobi, plus de 60 acteurs se penchent sur la manière dont l'intelligence artificielle peut faire le lien entre la science des sols, l'agriculture régénérative et l'innovation numérique afin de développer des solutions concrètes et évolutives pour des sols plus sains et une agriculture plus résiliente au Kenya.

Des sols sains constituent le fondement de l'avenir agricole du Kenya

La santé des sols est essentielle à la productivité agricole, à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la résilience face au changement climatique et la pérennité des moyens de subsistance. Pourtant, la dégradation des sols, le déclin de leur fertilité, une gestion inefficace des nutriments et la variabilité climatique croissante continuent de menacer la durabilité des systèmes agricoles.

Pour des millions de petits agriculteurs, ces défis se traduisent par une hausse des coûts de production, des rendements incertains et une vulnérabilité croissante face aux chocs climatiques et aux fluctuations du marché.

« Nous devons considérer les ressources du sol comme un actif susceptible de générer des revenus pour l’agriculteur ; cela constituera une incitation à une gestion durable », Dario Cipolla, coordinateur Environnement et Agriculture- Agence italienne pour la coopération au développement (AICS)

Nous devons considérer les ressources du sol comme un atout susceptible de générer des revenus pour l’agriculteur ; cela constituera une incitation à une gestion durable.

Selon l’ingénieur Lagat, MOALD, le Kenya a réalisé d’importants progrès dans le renforcement de son programme en faveur de la santé des sols, notamment grâce à des efforts visant à améliorer l’efficacité de l’utilisation des engrais, à développer les analyses de sol et à promouvoir des pratiques agricoles régénératrices.

Des initiatives nationales récentes ont également souligné l’importance de recommandations en matière d’engrais fondées sur des données probantes et d’approches coordonnées pour la gestion de la santé des sols. Cependant, un défi majeur demeure : comment le Kenya peut-il traduire l’ensemble croissant de connaissances, de technologies et d’innovations relatives à la santé des sols en solutions pratiques, abordables et adaptables à grande échelle, accessibles aux agriculteurs et aux entreprises agricoles ?

« Relever ce défi nécessite plus que de nouvelles technologies. Cela exige des liens plus étroits entre la recherche, les politiques publiques, les services de vulgarisation, l’innovation du secteur privé, le financement et les décisions quotidiennes que prennent les agriculteurs concernant leurs terres », Wanjiru Kamau Rutenberg, MD, Alliance Africa

Une approche coordonnée pourrait également contribuer à relier les ambitions du Kenya en matière de santé des sols aux priorités africaines plus larges visant à restaurer la santé des sols, à améliorer l’efficacité de l’utilisation des engrais et à transformer les systèmes agricoles.

Pourquoi opter pour une transformation de la santé des sols grâce à l'IA ?

La santé des sols est intrinsèquement complexe. Elle reflète les interactions entre les propriétés physiques du sol, sa fertilité chimique, son activité biologique, la gestion des terres, le climat et le système agricole dans son ensemble. Une recommandation en matière d’engrais qui fonctionne dans un endroit peut s’avérer inadaptée dans un autre, tandis que les avantages des pratiques régénératrices peuvent dépendre du type de sol, des précipitations, du système de culture et des ressources dont dispose l’agriculteur.

L’IA peut aider à donner du sens à cette complexité en intégrant divers ensembles de données, en identifiant des tendances et en facilitant la prise de décisions plus ciblées. Ses applications potentielles s’étendent à l’ensemble du parcours d’innovation en matière de santé des sols, de la production de données probantes à la mise en œuvre de solutions à grande échelle. Parmi les principales opportunités figurent : des recommandations plus intelligentes et adaptées à chaque site en matière de santé des sols ; le suivi de la santé des sols et des transitions vers la régénération ; le renforcement de la circularité et du développement des entreprises ; et la mise à disposition des données scientifiques auprès des agriculteurs et des chaînes de valeur.

From soil data to soil solutions - Harnessing AI to accelerate regenerative agriculture in Kenya - Image 1

Passer du dialogue à l'action

Ce dialogue a constitué une étape importante vers l’élaboration d’une vision commune pour une transformation régénératrice de la santé des sols grâce à l’IA au Kenya. Il a permis de recenser les initiatives et les capacités existantes ; d’identifier les lacunes en matière de données probantes et de mise en œuvre ; de donner la priorité aux solutions basées sur l’IA présentant un potentiel de déploiement à grande échelle ; d’établir des partenariats pour la validation et la démonstration sur le terrain ; de renforcer le partage des données et la coordination institutionnelle ; et d’élaborer une feuille de route pour l’investissement, le renforcement des capacités et la mise en œuvre.  

L'avenir de l'IA commence sous nos pieds

L'intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives en matière d'innovation agricole. Mais le point de départ de la transformation de la santé des sols reste le sol lui-même — ainsi que les agriculteurs, les chercheurs, les entreprises et les institutions chargés de le gérer.

Le Kenya a l’opportunité de mettre en synergie ses connaissances scientifiques croissantes, ses capacités numériques, son expérience en matière d’agriculture régénérative et ses engagements politiques afin d’apporter des solutions concrètes à grande échelle.

Lorsque l’IA s’appuie sur la science, qu’elle est façonnée par les agriculteurs et qu’elle est reliée aux institutions et aux investissements appropriés, elle peut devenir bien plus qu’une simple innovation technologique. Elle peut contribuer à accélérer la restauration du fondement naturel dont dépendent les systèmes alimentaires et les économies rurales du Kenya. L’objectif central est de dépasser le stade des projets isolés et des pilotes prometteurs pour adopter une approche plus coordonnée visant à développer, tester et déployer à grande échelle des solutions basées sur l’IA pour la transformation de la santé des sols.

From soil data to soil solutions - Harnessing AI to accelerate regenerative agriculture in Kenya - Image 2

Ce dialogue a pour objectif d’aborder trois questions liées entre elles : 

  • Qu'existe-t-il déjà ? Sur quelles données, quels outils numériques, quelles applications d’IA, quels ensembles de données sur la santé des sols, quelles initiatives d’agriculture régénérative et quelles capacités institutionnelles le Kenya peut-il s’appuyer ? 

  • Quelles solutions sont prêtes à être déployées à grande échelle ? Quelles solutions disposent de preuves scientifiques suffisantes, d’une valeur pratique et d’un niveau de maturité suffisant pour être testées ou déployées à plus grande échelle ? 

  • Comment mettre en œuvre ces solutions à grande échelle, et avec qui ? Quels partenariats, modèles d’investissement, dispositifs institutionnels et soutiens politiques sont nécessaires pour faire passer les solutions de la recherche et de la démonstration à la pratique agricole courante ? 

Répondre à ces questions permettra d’identifier les opportunités de collaboration, de réduire les doublons et de définir des parcours plus clairs entre l’innovation et l’impact.

Des initiatives fragmentées aux solutions connectées

L'une des principales opportunités consiste à mettre en relation les initiatives existantes en matière de santé des sols avec les institutions et les structures de mise en œuvre capables d'apporter des solutions aux agriculteurs.

Les universités et les instituts de recherche apportent des données scientifiques, des technologies et des validations. Les gouvernements nationaux et régionaux fournissent des orientations politiques, des services de vulgarisation et des structures de mise en œuvre. Les coopératives et les organisations d’agriculteurs offrent des canaux fiables pour l’apprentissage et l’action collective. Les entreprises agroalimentaires et les PME peuvent développer des produits, des services et des modèles économiques viables, tandis que les institutions financières et les partenaires de développement peuvent aider à mobiliser les investissements nécessaires à une adoption à plus grande échelle.

La prochaine étape consiste à relier ces capacités grâce à des modèles de mise en œuvre concrets.

From soil data to soil solutions - Harnessing AI to accelerate regenerative agriculture in Kenya - Image 3

Les laboratoires vivants constituent une approche prometteuse

En réunissant des agriculteurs, des coopératives, des équipes de vulgarisation des comtés, des chercheurs, des développeurs de technologies, des PME et des établissements d’enseignement et de formation techniques et professionnels (EFTP), les laboratoires vivants peuvent offrir des espaces permettant de concevoir conjointement, de tester, de valider et d’affiner des innovations dans des conditions agricoles réelles.

Une telle approche permettrait de garantir que les solutions basées sur l’IA répondent à la diversité des systèmes agricoles kenyans et aux priorités des personnes appelées à les utiliser. Elle créerait également des opportunités pour renforcer les capacités techniques locales, développer des entreprises agricoles et consolider les échanges entre agriculteurs, chercheurs et décideurs politiques.

Il est essentiel de noter que la mise à l’échelle ne doit pas se limiter à la simple distribution d’outils numériques. Elle doit consister à mettre en place des systèmes durables grâce auxquels les agriculteurs peuvent accéder à des informations fiables sur les sols, à des intrants abordables, à des conseils adaptés, à une formation pratique et à des marchés réactifs.

Faire le lien entre la science des sols, l'agriculture régénératrice et les politiques publiques

La transformation de la santé des sols grâce à l'IA doit s'appuyer sur des connaissances solides en science des sols et sur une compréhension claire de l'agriculture régénérative.

L’agriculture régénérative offre une voie concrète pour restaurer les fonctions du sol grâce à des approches telles que le maintien d’une couverture végétale, la réduction au minimum des perturbations inutiles du sol, la diversification des systèmes de culture, la préservation des racines vivantes, le recyclage des nutriments et l’intégration d’arbres et de bétail lorsque cela est approprié.

Ces pratiques doivent être adaptées aux conditions locales plutôt que promues comme un ensemble uniforme. Leur contribution à la santé, à la productivité, à la rentabilité et à la résilience des sols doit être évaluée à l’aide d’indicateurs fiables et de données recueillies au fil du temps. L’IA peut aider à intégrer ces données, à identifier les opportunités spécifiques à chaque contexte et à mieux cibler les interventions.

Toutefois, les recommandations numériques doivent s'appuyer sur une validation sur le terrain, des méthodes transparentes et des garanties appropriées contre les données peu fiables ou biaisées.

L’alignement des politiques est tout aussi important. La transformation de la santé des sols au Kenya nécessitera d’établir des liens entre les priorités nationales en matière de santé des sols et d’engrais, l’agriculture régénérative, la numérisation agricole, la résilience climatique, le développement d’une bioéconomie circulaire et la mise en œuvre au niveau des comtés.

Ce dialogue offre donc l’occasion d’identifier comment les innovations émergentes peuvent contribuer aux priorités politiques existantes et comment les cadres politiques et institutionnels peuvent permettre leur adoption responsable.

Veiller à ce que la transformation profite aux agriculteurs et aux entreprises

L'adoption d'une technologie dépend en fin de compte de la capacité des solutions à apporter une valeur ajoutée concrète. 

Pour les agriculteurs, cela se traduit par des recommandations adaptées à leurs sols, à leurs cultures, à leur climat et à leur situation financière. Cela signifie un accès abordable à des analyses de sol, à des intrants appropriés, à des conseils pratiques et à des technologies qui améliorent la gestion de leurs exploitations. 

Pour les entreprises agricoles, cela signifie des opportunités de développer des produits et services viables, d’améliorer l’efficacité des intrants, de renforcer la résilience de la chaîne d’approvisionnement et de répondre à l’intérêt croissant pour la production durable. 

Pour les gouvernements et les partenaires de développement, cela signifie disposer de données fiables pour orienter les investissements, cibler les interventions, évaluer les résultats et déterminer quelles approches apportent les meilleurs bénéfices. 

L’égalité des sexes et l’inclusion sociale doivent également faire partie intégrante du processus. Les femmes, les jeunes et les autres groupes confrontés à des obstacles pour accéder aux services agricoles et aux ressources productives devraient disposer d’opportunités concrètes pour façonner les nouvelles solutions, y accéder et en tirer profit. Les innovations numériques doivent être conçues en tenant compte de la connectivité, de l’accessibilité financière, de la culture numérique, de la langue et du risque d’exclusion des agriculteurs ayant un accès limité à la technologie. 

Le véritable critère de réussite ne sera pas le nombre d’outils d’IA développés. Il s’agira de déterminer si ces outils aident les agriculteurs et les entreprises agricoles à prendre de meilleures décisions, à améliorer la santé des sols, à renforcer les moyens de subsistance et à mettre en place des systèmes alimentaires plus résilients. 

From soil data to soil solutions - Harnessing AI to accelerate regenerative agriculture in Kenya - Image 4

Passer du dialogue à l'action

Ce dialogue constitue une étape importante vers l’élaboration d’une vision commune pour une transformation régénératrice de la santé des sols grâce à l’IA au Kenya. Sa valeur résidera dans les actions concrètes qui découleront du rassemblement des parties prenantes autour de priorités communes.

Ces actions pourraient notamment consister à recenser les initiatives et les capacités existantes ; à identifier les lacunes en matière de données et de mise en œuvre ; à donner la priorité aux solutions basées sur l’IA présentant un potentiel de déploiement à grande échelle ; à établir des partenariats pour la validation et la démonstration sur le terrain ; à renforcer le partage des données et la coordination institutionnelle ; et à élaborer une feuille de route pour les investissements, le renforcement des capacités et la mise en œuvre.

Une approche coordonnée pourrait également contribuer à relier les ambitions du Kenya en matière de santé des sols aux priorités africaines plus larges visant à restaurer la santé des sols, à améliorer l’efficacité de l’utilisation des engrais et à transformer les systèmes agricoles.

La concrétisation de cette vision nécessitera une collaboration soutenue entre le gouvernement, les instituts de recherche, les organisations d’agriculteurs, le secteur privé, les développeurs de technologies, les partenaires de développement et les investisseurs. Aucune institution ne peut à elle seule mener à bien la transformation de la santé des sols.

L'avenir de l'IA commence sous nos pieds

L'intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives en matière d'innovation agricole. Mais le point de départ de la transformation de la santé des sols reste le sol lui-même — ainsi que les agriculteurs, les chercheurs, les entreprises et les institutions chargés de le gérer.

Le Kenya a l’opportunité de mettre en relation ses connaissances scientifiques croissantes, ses capacités numériques, son expérience en matière d’agriculture régénérative et ses engagements politiques de manière à proposer des solutions concrètes à grande échelle.

Le dialogue « AI-Enabled Regenerative Soil Health Transformation » offre une plateforme pour commencer à tisser ces liens : identifier ce qui fonctionne, déterminer ce qui est prêt à être déployé à grande échelle et définir qui doit collaborer pour rendre cette transformation possible.

L’ambition est claire : passer des données sur les sols à des informations exploitables, des innovations isolées à une mise en œuvre coordonnée, et des projets pilotes prometteurs à des améliorations mesurables de la santé des sols et de la résilience agricole.

Car lorsque l’IA s’appuie sur la science, est façonnée par les agriculteurs et reliée aux institutions et aux investissements appropriés, elle peut devenir bien plus qu’une simple innovation technologique. Elle peut contribuer à accélérer la restauration du fondement naturel dont dépendent les systèmes alimentaires et les économies rurales du Kenya.