Blog Au-delà de l’obsession des protéines : construire des systèmes alimentaires durables pour les populations et la planète

Beyond the protein obsession -  Building sustainable food systems for people and planet

Les protéines sont aujourd’hui au cœur d’innombrables débats sur la santé et le développement durable. Mais le véritable défi ne consiste pas à choisir entre les protéines d’origine végétale ou animale. Il s’agit plutôt de mettre en place des systèmes alimentaires capables d’offrir une alimentation variée et nutritive, tout en protégeant la biodiversité, en soutenant les agriculteurs et en respectant les limites de la planète.

Les protéines, c'est important. Mais une alimentation saine et durable l'est encore plus.

Les protéines sont devenues le nutriment à la mode. Peu de nutriments ont atteint un tel statut de célébrité que les protéines. Des rayons des supermarchés aux flux des réseaux sociaux, les protéines sont devenues synonymes de santé, de forme physique et de durabilité croissante. Pourtant, notre obsession grandissante pour les protéines risque de nous détourner d’une question plus importante : comment construire des systèmes alimentaires qui nourrissent à la fois les populations et la planète ?

Au sein de l’Alliance entre Bioversity International et le CIAT, nous travaillons à la croisée de l’agriculture, de la biodiversité et de la nutrition. Dans cette perspective, nous ne considérons pas les protéines de manière isolée. Nous cherchons à déterminer si les systèmes alimentaires peuvent fournir une alimentation saine tout en soutenant les moyens de subsistance, en restaurant les écosystèmes et en renforçant la résilience.

Le défi ne consiste pas simplement à produire plus ou moins de protéines. Il s’agit de garantir l’accès à des régimes alimentaires variés, nutritifs et durables.

Il n’existe pas de problème mondial unique lié aux protéines

Trop souvent, le débat sur les protéines part du principe qu’il existe un seul défi mondial et une seule solution mondiale. La réalité est bien différente.

Aujourd’hui, 673 millions de personnes souffrent encore de la faim, soit plus que 2,6 milliards de personnes ne peuvent pas se permettre une alimentation saine, et environ un tiers des femmes âgées de 15 à 49 ans dans le monde souffrent d’anémie. Dans le même temps, le surpoids et l’obésité continuent d’augmenter dans de nombreuses régions du monde.

Les questions les plus importantes ne portent donc pas simplement sur la quantité de protéines dont les gens ont besoin. Elles sont les suivantes : des protéines pour qui, dans quelles circonstances, produites comment, et à quel coût environnemental ?

Pour certaines populations, il reste essentiel d’améliorer l’accès à des protéines de haute qualité et à des aliments riches en micronutriments. Pour d’autres, le défi consiste à évoluer vers des modes de consommation plus équilibrés et durables. Le contexte a son importance.

La biodiversité élargit les possibilités

Le débat sur les protéines est souvent présenté comme un choix entre les sources végétales et animales. La biodiversité offre une perspective plus utile.

Plutôt que de se demander quelle source de protéines devrait l’emporter, nous devrions nous interroger sur la manière de diversifier les sources de protéines de façon à améliorer simultanément la nutrition, la résilience et les résultats environnementaux.

Les légumineuses en sont un excellent exemple. Elles fournissent des protéines, des fibres, du fer et du zinc tout en améliorant la santé des sols grâce à la fixation naturelle de l’azote.

Grâce à l’Alliance panafricaine pour la recherche sur les haricots (PABRA), coordonnée par l’Alliance, plus de 650 variétés améliorées de haricots ont été mises sur le marché à travers l’Afrique, au bénéfice d’environ 37 millions de ménages agricoles. Les haricots biofortifiés contribuent à améliorer la nutrition de millions de personnes tout en créant des opportunités pour les agriculteurs et en renforçant la résilience face aux chocs climatiques.

La biodiversité n’est pas simplement un objectif de conservation. C’est une stratégie nutritionnelle, une stratégie de résilience et une stratégie climatique.

Impact du PABRA

Variétés de haricots améliorées

650 +

ont été lancés dans toute l'Afrique.

Familles d'agriculteurs

37 Million

Les bénéficiaires des variétés de haricots améliorées.

La durabilité des protéines dépend également de la manière dont les aliments sont produits

Les débats sur les protéines portent souvent sur la consommation, tandis que les systèmes de production font l’objet de moins d’attention. Au sein de l’Alliance, nos travaux sur fourrages tropicaux montre comment l’amélioration des systèmes d’alimentation du bétail peut à la fois accroître la productivité, restaurer les terres dégradées, améliorer la santé des sols et réduire l’intensité des émissions de gaz à effet de serre.

L’expérience de l’Hacienda San José en Colombie illustre ce potentiel. Grâce à des fourrages tropicaux améliorés, au pâturage tournant et à des pratiques de gestion fondées sur la science, l’exploitation a transformé 8 800 hectares de terres dégradées en un système d’élevage productif et bénéfique pour le climat.

La productivité a été multipliée par dix-sept, l’intensité des émissions a baissé de 44 % et les sols stockent désormais plus de carbone que le système n’en émet. L’avenir des systèmes alimentaires durables ne réside pas simplement dans une production moindre. Dans de nombreux cas, il s’agit de produire mieux.

La transformation passe par un partenariat

Aucun acteur ne peut à lui seul mener à bien la transformation des systèmes alimentaires dont nous avons besoin.

Les gouvernements, les chercheurs, les agriculteurs, les organisations de la société civile, les entreprises, les investisseurs et les communautés locales ont tous un rôle à jouer dans la mise en place de systèmes alimentaires productifs, résilients et durables. La science apporte des preuves, mais la transformation ne se produit que lorsque ces preuves se traduisent par des politiques, des investissements et des actions.

Alors que nous célébrons l’Année internationale des agricultrices, il est également important de reconnaître que les femmes jouent un rôle central dans cette transformation. Partout dans le monde, les agricultrices jouent un rôle essentiel dans la production alimentaire, la nutrition, la gestion de la biodiversité et la résilience des communautés, mais elles continuent de se heurter à des obstacles importants en matière d’accès aux ressources, aux opportunités et à la prise de décision.

Pour mettre en place des systèmes alimentaires durables, il faut veiller à ce que les femmes ne soient pas seulement incluses dans le débat, mais qu’elles soient également autonomisées en tant que actrices du changement.

Au-delà des protéines

La leçon la plus importante à tirer du débat actuel sur les protéines est peut-être que les gens ne consomment pas les nutriments de manière isolée. Ils consomment des aliments, des repas, des traditions et des cultures.

L'avenir ne consiste pas à identifier une seule « meilleure » source de protéines. Il s’agit de mettre en place des systèmes alimentaires diversifiés, équilibrés et adaptés au contexte, qui améliorent la nutrition, soutiennent les moyens de subsistance, renforcent la résilience et s’inscrivent dans les limites de la planète.

Car une alimentation saine commence par des écosystèmes sains. Et c’est la biodiversité qui relie les deux.