Research Articles Renforcer les capacités pour débloquer le financement climatique des systèmes d’élevage en Afrique
Une formation technique régionale s’est tenue à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Elle visait à renforcer les capacités individuelles et institutionnelles pour accéder, concevoir et mettre en œuvre des mécanismes de financement climatique afin de soutenir la transformation des systèmes d’élevage en modèles à faibles émissions et résilients face au climat.
En Afrique, l’élevage joue un rôle essentiel dans les économies agricoles, contribuant jusqu’à 40 % du produit intérieur brut (PIB) agricole. Il est au cœur de l’adaptation climatique sur le continent, fournissant non seulement de la nourriture, des moyens de subsistance et des revenus, mais aussi une résilience précieuse pour des millions de ménages ruraux confrontés à une variabilité climatique croissante.
Parallèlement, les systèmes d’élevage représentent entre 12 % et 20 % des émissions totales de gaz à effet de serre du secteur agricole. Ces émissions proviennent principalement de la fermentation entérique, de la gestion du fumier et des changements d’affectation des terres. Les systèmes d’élevage sont également fortement exposés aux risques climatiques tels que les sécheresses prolongées, la pénurie de fourrage et les flambées de maladies.
Malgré cette double réalité — à la fois source d’émissions et pilier de l’adaptation — l’élevage reste sous-représenté dans les flux de financement climatique mondiaux et régionaux. Pour combler cette lacune, une formation technique régionale s’est tenue à Abidjan, en Côte d’Ivoire, dans le prolongement des Assemblées annuelles 2025 de la Banque africaine de développement. Cette formation, soutenue par les projets LIVESys et LMF, visait à renforcer les capacités individuelles et institutionnelles pour accéder, concevoir et mettre en œuvre des mécanismes de financement climatique soutenant la transformation des systèmes d’élevage en modèles à faibles émissions et résilients face au climat.
Un effort transversal bénéficiant d'un soutien important
L’atelier s’est concentré sur le renforcement des capacités pour accéder à des financements climatiques et concevoir des propositions liées à l’élevage. Il a été animé par Ciniro Costa Jr., avec le soutien de Julia Doldt (GIZ), du Dr Saliou Gueye Ndoye, du Dr Maguette Kaire du Comité permanent Inter-États de Lutte contre la Sécheresse au Sahel (CILSS) et du Dr Patrick Karani (UA-IBAR). Ils ont apporté une expertise politique, technique et régionale.
Les participant·e·s comprenaient cinq représentant·e·s des ministères de l’Agriculture et de l’Élevage du Nigeria, du Kenya, du Sénégal, de Madagascar et de la Côte d’Ivoire, ainsi que des membres de l’Union africaine – Bureau interafricain des ressources animales (UA-IBAR), de l’ILRI et d’autres institutions.
Ce mélange de parties prenantes a permis des discussions sur les contraintes institutionnelles réelles et les opportunités opérationnelles. Il a également favorisé l’apprentissage entre pairs, entre des pays à différents stades d’intégration de l’élevage dans leurs cadres de politique climatique nationale.
Des concepts aux réalités : ce que la formation a couvert
Les participant·e·s ont exploré le paysage du financement climatique, notamment les sources multilatérales comme le Fonds vert pour le climat, les mécanismes bilatéraux et les instruments émergents tels que les marchés du carbone et le financement mixte. Une partie centrale de la formation portait sur les critères qui rendent un projet d’élevage finançable. Les éléments clés discutés comprenaient : une justification climatique claire, des systèmes solides de suivi, de notification et de vérification (MRV), des opportunités de réduction des émissions grâce à l’augmentation de la productivité, des co-bénéfices mesurables, un potentiel de mise à l’échelle et des rôles et responsabilités bien définis.
Apprentissage collaboratif et réflexions nationales
Les représentant·e·s des différents pays ont été invité·e·s à réfléchir sur leurs tentatives passées d’accès au financement climatique dans le secteur de l’élevage. Chacun·e a partagé des exemples de ce qui a fonctionné, de ce qui n’a pas marché et des raisons de ces résultats. Les participant·e·s ont également réalisé un exercice de « cartographie des goulets d’étranglement », identifiant les principaux défis et opportunités propres à leurs contextes nationaux. Ces éléments ont ensuite été regroupés et discutés en ateliers afin d’explorer les tendances et les contraintes communes. Cette session a permis aux participant·e·s de comparer leurs approches, de découvrir des obstacles similaires et d’échanger des stratégies pour les surmonter.
Lier le financement de la lutte contre le changement climatique aux engagements politiques
Une contribution essentielle des participant·e·s a mis en avant la manière dont les systèmes d’élevage peuvent être mieux intégrés dans les cadres climatiques nationaux. Ils et elles ont souligné l’importance de l’alignement avec les Contributions Déterminées au niveau National (CDN), les Plans Nationaux d’Adaptation (PNA) et les Stratégies de Développement à Faibles Émissions à Long Terme (LT-LEDS). Ces cadres constituent des points d’entrée importants pour concevoir des projets qui répondent à la fois aux objectifs climatiques et de développement. La formation a également exploré le rôle des partenariats stratégiques et de l’assistance technique dans la mise en œuvre concrète des politiques.
Un pas vers un avenir plus résilient
Cette formation a marqué une étape importante vers un meilleur accès au financement destiné à l’élevage résilient face au climat en Afrique. Les participant·e·s sont reparti·e·s avec une meilleure connaissance des mécanismes de financement et une compréhension plus claire de la manière de structurer des propositions solides. L’événement s’est clôturé sur un intérêt partagé pour la poursuite de la collaboration, notamment par la création potentielle d’une communauté technique de pratique.
La prochaine phase consistera en un examen complet des mécanismes de financement climatique publics et privés afin de soutenir les systèmes d’élevage à faibles émissions et résilients face au climat en Afrique et en Amérique latine. Cela inclura des consultations nationales, des études de cas et des recommandations concrètes pour améliorer l’accès aux financements, sous la direction de l’Alliance de Bioversity International et du CIAT, en collaboration avec l’ILRI, la GIZ et l’UA-IBAR.
A propos de LIVEsys
LIVESys (Catalyzing Transformation towards Sustainable Livestock Systems) is a global project (2024–2028) funded by BMZ, supporting sustainable livestock development in Africa and Latin America. Implemented by GIZ with partners including AU-IBAR, ILRI, the Alliance of Bioversity and CIAT, and WWF, the initiative focuses on four areas: (1) shaping global and regional agendas, (2) building capacities for livestock-related policies and finance, (3) fostering South–South knowledge exchange, and (4) mobilizing climate and biodiversity finance. The project aims to strengthen livestock’s role in climate, biodiversity, and land strategies, while promoting gender-responsive policies and investment pathways. LIVESys positions livestock as a key solution to food security, climate resilience, and environmental restoration.
Plus d'informations: https://www.giz.de/en/worldwide/207483.html
A propos de l'initiative sur les fourrages à faible teneur en méthane
Low-Methane Forages (LMF) est une initiative mondiale dirigée par l’Alliance de Bioversity International et du CIAT, l’ILRI et l’ICARDA, qui développe des graminées et légumineuses tropicales capables de réduire naturellement le méthane entérique tout en maintenant la productivité de l’élevage. Ces fourrages constituent une stratégie éprouvée pour diminuer les émissions dans le secteur de l’élevage, en particulier dans les systèmes tropicaux.
Au-delà de la recherche, LMF se prépare activement à une adoption à grande échelle en soutenant les pays — notamment en Amérique latine et en Afrique — afin de promouvoir et de mettre en œuvre les fourrages à faible émission de méthane comme solution climatique clé. Le projet crée des conditions favorables grâce à la validation technique, au développement des systèmes de semences, à la conception de systèmes MRV (suivi, notification et vérification) et à la mise en relation avec le financement climatique et les marchés du carbone, garantissant ainsi que ces innovations puissent être déployées à grande échelle pour atteindre à la fois des objectifs d’atténuation et de développement.
Plus d'informations: https://alliancebioversityciat.org/projects/low-methane-forages-lmf
Ciniro Costa Jr. est scientifique II au levier de recherche sur les paysages multifonctionnels. Angie L. Sánchez est analyste en communication au sein de l'équipe "Paysages à faibles émissions" du levier de recherche sur les paysages multifonctionnels. Édité par José Luis Urrea-Benítez, spécialiste de la communication scientifique.
Cette note a été élaborée dans le cadre des programmes scientifiques du CGIAR : Climate Action ; Animal and Aquatic Food System, et le CGIAR Hub for Sustainable Finance - Impact SF.