Blog Quand les agriculteur.rice.s commencent à réclamer les prévisions météorologiques : reconstruire la confiance dans les informations climatiques en Ouganda
Dans les districts producteurs de haricots en Ouganda, le projet ECREA renforce les services climatiques en améliorant l’accès, la compréhension et l’utilisation des prévisions météorologiques, permettant ainsi aux agriculteur.rice.s de prendre des décisions au bon moment et de renforcer leur confiance dans les informations climatiques.
Il n’y a pas si longtemps, les prévisions météorologiques étaient perçues comme des annonces lointaines, techniques, abstraites et parfois peu fiables, une perception mise en évidence dans les évaluations mondiales des services climatiques (Organisation météorologique mondiale & CGIAR, 2020).
Aujourd’hui, dans les districts producteurs de haricots en Ouganda, les agriculteur.rice.s appellent leurs agent.e.s de vulgarisation, les animateur.rice.s radio et même les responsables météorologiques des districts lorsqu’une prévision tarde à être diffusée. Ce changement raconte à lui seul la véritable histoire de la transformation en cours.
La confiance dans les informations climatiques ne s’est pas construite du jour au lendemain. Elle s’est développée à mesure que l’accès s’améliorait, que la compréhension se renforçait et que les prévisions reflétaient de manière plus constante les réalités locales.
À Hoima, Sandy Sam, agriculteur et leader communautaire, se souvient de la manière dont les décisions agricoles étaient autrefois prises :
« Avant de commencer à recevoir des informations météorologiques et climatiques, je cultivais un peu au hasard, je semais à n’importe quel moment sans obtenir les rendements que j’espérais. »
Les sécheresses survenaient de manière inattendue. Les récoltes étaient incertaines. Les pertes post-récolte étaient fréquentes. Les décisions reposaient principalement sur l’expérience et les habitudes plutôt que sur des informations prévisionnelles.
Aujourd’hui, Sandy Sam produit près de 100 kilogrammes de haricots sur une parcelle de 40 mètres sur 40, contre seulement 50 à 60 kilogrammes auparavant.
Selon lui, la différence réside dans le bon timing : « Désormais, je sais quand semer et même quand récolter. »
Les fermes modèles d'ECREA ont été créées dans le district de Rurindo au Rwanda.
Grâce à des conseils climatiques localisés diffusés via WhatsApp et la radio, Sandy planifie désormais ses semis en fonction des prévisions du début des pluies. Il a même commencé à cultiver des haricots pendant la saison d’octobre-novembre-décembre, une période que sa communauté évitait traditionnellement.
Les informations climatiques sont passées du statut de rumeur à celui d’outil de planification.Cette transformation ne s’est pas produite simplement parce que les prévisions sont devenues disponibles. Elle a eu lieu parce que les agriculteur.rice.s ont appris à les interpréter.
Ce changement a été délibérément soutenu par le projet ECREA. En renforçant la collaboration entre les services météorologiques, les chercheur.e.s agricoles, les agent.e.s de vulgarisation et les facilitateur.rice.s locaux.ales, ECREA a élargi l’accès à des informations diffusées en temps opportun et renforcé les capacités des communautés à les comprendre et à les utiliser.
Au-delà de l’amélioration de la coordination institutionnelle, le projet a fortement investi dans le renforcement des capacités en présentiel. En utilisant un modèle de formation en cascade fondé sur l’approche Participatory Integrated Climate Services for Agriculture (PICSA), des agriculteur.rice.s leaders et des agent.e.s de vulgarisation ont d’abord été formé.e.s à interpréter les informations climatiques et à les traduire en décisions agricoles concrètes.
Chaque facilitateur.rice formé.e a ensuite transmis ces connaissances à d’autres agriculteur.rice.s au sein de leurs communautés. Grâce à cette approche structurée en cascade, les connaissances liées aux informations météorologiques et climatiques se sont rapidement étendues, atteignant finalement plus de 300 000 agriculteur.rice.s à travers des échanges directs et en présentiel.
Avant cette intervention, les informations climatiques étaient souvent difficiles d’accès. Lorsqu’elles étaient disponibles, elles restaient compliquées à comprendre. Les prévisions saisonnières arrivaient parfois en retard, voire pas du tout. Même lorsqu’ils et elles y avaient accès, de nombreux.ses agriculteur.rice.s manquaient de confiance pour traduire les termes techniques en décisions agricoles pratiques.
Leonard, facilitateur communautaire et président du Comité de conseil agroclimatique dans le principal bassin de production de haricots du district de Hoima, revient sur cette situation :
« Même les personnes qui y avaient accès ne savaient pas comment les interpréter. »
La formation a changé cette dynamique. Les formateur.rice.s ont été équipé.e.s non seulement pour recevoir les prévisions, mais aussi pour les interpréter, simplifier le langage utilisé et diffuser les informations au sein de leurs communautés.
À lui seul, Leonard a déjà formé plus de 400 agriculteur.rice.s et continue d’élargir cette portée.
« Chaque fois que je reçois les informations, je les simplifie et je les interprète pour eux et elles. »
Formation PICSA destinée aux agent.e.s de vulgarisation et aux agriculteur.rice.s leaders à Namulonge, en Ouganda
Cette étape d’interprétation est devenue le pont entre la science climatique et les actions concrètes au niveau des exploitations agricoles.
Les agriculteur.rice.s prennent désormais des décisions plus précises et mieux informées face aux risques. Lorsque des précipitations inférieures à la normale sont annoncées, ils et elles choisissent des variétés à cycle court. Lorsque de courtes périodes de sécheresse sont prévues, ils et elles ajustent la densité des semis.
Les prévisions à six heures orientent également les calendriers de pulvérisation. Les pertes post-récolte ont diminué parce que les agriculteur.rice.s consultent désormais les prévisions avant de faire sécher les haricots dans des espaces ouverts.
Sandy décrit ce changement de manière très claire :
« Contrairement à avant, je mettais simplement mes haricots à sécher et ensuite la pluie arrivait et les abîmait. Mais maintenant, je sais quand les sortir. »
Il souligne que, selon leur expérience, la précision des prévisions a été élevée et que les agriculteur.rice.s réagissent positivement à cette constance.
« Les gens veulent constater par eux-mêmes ce qu’on leur a annoncé. Quand cela se produit, ils et elles commencent à faire confiance aux prévisions. »
La confiance est ainsi passée d’un état fragile à une dynamique croissante, construite non pas par la persuasion, mais par la pertinence et les résultats concrets.
Dans les principaux bassins de production de haricots en Ouganda, les agriculteur.rice.s n’attendent plus passivement que les conditions météorologiques se produisent. Ils et elles s’y préparent, les questionnent et exigent de recevoir les prévisions à temps.
Les informations météorologiques et climatiques ne sont plus perçues comme quelque chose de lointain ou d’abstrait. Elles sont désormais intégrées dans les décisions quotidiennes.
Et lorsque les agriculteur.rice.s commencent eux-mêmes et elles-mêmes à réclamer les prévisions météorologiques, cela signifie bien plus qu’une amélioration de la communication. Cela montre que les services climatiques deviennent de véritables biens publics valorisés par les communautés.
Cette confiance croissante reflète bien plus qu’un simple changement de comportement au niveau local. Elle démontre ce qui peut se produire lorsque les investissements dans la science météorologique, la coordination institutionnelle et le renforcement des capacités communautaires convergent. Grâce au projet ECREA, soutenu par le Met Office du Royaume-Uni et le Foreign, Commonwealth & Development Office (FCDO), les informations climatiques se sont rapprochées des populations qui en dépendent le plus.
Pour le Met Office britannique, en tant que gardien d’une expertise météorologique mondiale, ce partenariat a contribué à renforcer la fiabilité et l’utilité des informations climatiques au niveau national. Pour le FCDO, il s’agit d’un investissement dans la résilience qui se traduit directement par une amélioration de la productivité agricole, une réduction des risques et un renforcement des services publics.
Dans les districts producteurs de haricots en Ouganda, la confiance n’est plus une notion abstraite. Elle se mesure à travers l’augmentation des rendements, des décisions prises au bon moment et même dans ce geste simple : des agriculteur.rice.s qui appellent pour demander quand les prévisions météorologiques seront disponibles. Cette confiance constitue peut-être l’indication la plus claire que les services climatiques ne sont pas seulement fournis, mais véritablement valorisés par les communautés.
L'équipe
Desire Kagabo
Project Leader
Livingstone Byandaga
Research Specialist
Mvuyibwami Patrick
Senior Research Associate
Kiogora Joseline Kanja
Senior Associate, CommunicationsContinuer à explorer