From the Field Planter, connecter, transformer : le modèle MyFarmTrees mis à l’épreuve sur le terrain

Plant, connect, transform The MyFarmTrees model put to the test in the field  - Alliance Bioversity International - CIAT

Au Cameroun, la plateforme MyFarmTrees réunit des agriculteurs, des collecteurs de semences, des pépiniéristes, des autorités traditionnelles, des municipalités, des ministères et des partenaires internationaux pour faire de la restauration des paysages un moteur de résilience locale.

Faire pousser des arbres. Faire grandir des avenirs.

Grow Trees. Grow Futures. Restore landscapes with farmers - Logo

Restaurer les paysages avec les agriculteur.rice.s.

Le monde s’engage à restaurer les paysages forestiers - mais les agriculteur.rice.s et les communautés locales doivent être au cœur de ces efforts. MyFarmTrees fournit aux petit.e.s exploitant.e.s les connaissances scientifiques, les outils et les ressources nécessaires pour planter les bonnes espèces d’arbres indigènes, ainsi que la technologie blockchain permettant de prouver que chaque arbre a effectivement poussé.

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Dirigée par l’Alliance de Bioversity International et CIAT, avec le soutien du FEM, de l’UICN et de l’Initiative Darwin, la plateforme est déjà active dans six des dix régions du Cameroun — Ouest, Centre, Sud, Est, Nord et Extrême-Nord — et accompagne plusieurs milliers de familles. Son ambition : combiner outils numériques et gouvernance décentralisée pour contribuer à l’objectif du Cameroun de restaurer 12 millions d’hectares d’ici 2030, tout en développant des filières semencières locales et en créant de nouvelles opportunités économiques.

12 millions d’hectares à restaurer : MyFarmTrees s’aligne sur les priorités climatiques du Cameroun

Le Cameroun s’est engagé à restaurer 12 millions d’hectares de paysages dégradés et à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 35 % d’ici 2030, dans le cadre de ses contributions déterminées au niveau national. MyFarmTrees soutient directement cette vision.

MyFarmTrees field activity

« Ce projet contribue fortement aux objectifs nationaux », affirme Angèle Ziékine Wadou, directrice adjointe de la biodiversité et de la biosécurité au MINEPDED, qui y voit un outil pour renforcer la résilience des communautés tout en réduisant les émissions.

Pour orienter cet effort, un comité de pilotage interministériel supervise le projet, approuve les plans de travail annuels, aligne les indicateurs sur l’inventaire forestier national et facilite l’intégration des données de terrain dans les rapports des CDN.

Sur le terrain, les délégations régionales délivrent les permis de collecte, assurent le suivi de la traçabilité numérique des semences et veillent au suivi post-plantation. À l’échelle internationale, les données issues de la plateforme alimentent The Restoration Initiative de l’UICN et le portail Restoration Barometer.

Récompenses de la communauté MyFarmTrees
« Tous les projets financés par le FEM sont pleinement alignés sur les politiques nationales », rappelle le Dr Haman Unusa, conseiller technique au MINEPDED et point focal opérationnel du FEM. « MyFarmTrees récompense directement les communautés pour leurs efforts. »

La plateforme agit également comme un laboratoire forestier moderne, exploitant des données en temps réel partagées avec les autorités et utilisées pour réviser les normes relatives au matériel végétal. MyFarmTrees ne réinvente pas le cadre existant ; elle accélère la mise en œuvre d’une stratégie déjà en place, en plaçant les communautés rurales au cœur du processus.

La décentralisation en action : les municipalités au cœur de la restauration locale

Depuis la loi de décentralisation de 2019, les municipalités camerounaises disposent de nouvelles prérogatives en matière de gestion des forêts communales. MyFarmTrees s’appuie sur cette avancée en travaillant main dans la main avec les autorités locales. « Nous avons formé plus de 2 100 collecteurs de semences dans plus de 40 municipalités », explique le Dr Marius Ekué, coordinateur scientifique du projet.

Cette collaboration repose sur trois piliers :

  • Gouvernance partagée, à travers des protocoles d’accord définissant les règles d’accès aux ressources et aux pépinières ;

  • Ingénierie financière, avec le cofinancement des pépinières communales par le FEICOM et la monétisation des plants sur les marchés du carbone ;

  • Transfert de compétences, via des unités forestières municipales offrant un appui technique et une médiation foncière.

Les résultats commencent à se faire sentir : certaines municipalités ont intégré la restauration écologique dans leurs plans d’aménagement du territoire, créant des corridors écologiques ; d’autres postulent au prix national de la « Commune la plus verte ». Les chefs traditionnels, souvent gardiens des forêts sacrées, sont également activement impliqués. Ce réseau local améliore l’accès aux ressources, réduit les coûts logistiques et garantit une meilleure distribution des plants. Il minimise les conflits d’usage des terres et renforce l’adhésion des communautés.

MyFarmTrees agit ainsi comme un catalyseur de la « décentralisation verte », intégrant la restauration des paysages dans la gestion municipale au quotidien.

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Une application, 2 100 collecteurs de semences, blockchain : la traçabilité des semences entre dans une nouvelle ère

Le manque de semences forestières traçables a longtemps freiné les efforts de restauration. MyFarmTrees y répond grâce à une plateforme numérique articulée autour de trois modules : SeedTrack (géolocalisation des arbres-mères et documentation des semences), NurseryLink (gestion des pépinières et des plants) et TreeTrace (suivi photographique des arbres plantés). Toutes les données sont sécurisées par blockchain et accessibles hors ligne via une application web légère.

« Nous avons en réalité créé une nouvelle chaîne de valeur : les villageois collectent les semences et les vendent, générant ainsi un revenu supplémentaire », explique le Dr Ekué. Une fois un lot validé par une pépinière, le collecteur est payé via Mobile Money.

La plateforme s’attaque à des problèmes persistants : indisponibilité de semences pour certaines espèces difficiles à conserver, faible diversité génétique des plants en pépinière, absence de traçabilité. Elle facilite également la communication entre acteurs : les pépiniéristes valident la qualité des semences, les agriculteurs reçoivent des alertes météo et des rappels d’arrosage, et les données agrégées alimentent la recherche.

Pour le ministère, cette numérisation est stratégique. « Elle nous permet de mobiliser davantage de financements et de garantir aux partenaires des informations plus fiables », souligne le Dr Unusa. En connectant l’ensemble des parties prenantes, la plateforme encourage les bonnes pratiques et renforce la transparence dans les flux de semences et de plants.

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Quand la restauration forestière crée des opportunités pour les producteurs

Dans de nombreux villages ciblés, les champs comptaient peu d’espèces arborées utiles. MyFarmTrees a introduit des espèces choisies localement — arbres fruitiers, plantes médicinales et produits forestiers non ligneux tels que Prunus africana. « L’approche est intégrée : les communautés choisissent les espèces, apprennent à les préserver et à les protéger », explique Mme Ziékine Wadou.

Ces arbres améliorent la fertilité des sols, créent des microclimats favorables à l’agriculture et génèrent des revenus. Le Dr Unusa souligne des améliorations tangibles des moyens de subsistance, notamment grâce à la vente de fruits et de PFNL.

Le projet touche aussi les jeunes générations : 110 écoles primaires ont reçu des plants choisis par les élèves et les parents, le nombre par école dépendant de l’espace disponible. À Nkoemvone, une petite école a introduit 31 espèces locales, entretenues par des brigades d’élèves. Pour le ministère, l’engagement des écoles est essentiel à la durabilité.

Des défis persistent, notamment dans les zones sahéliennes où l’arrosage est une contrainte majeure. « Le défi, c’est l’accès à l’eau et la mobilisation de fonds pour passer à l’échelle », insiste le Dr Unusa. Une seconde phase est prévue : extension à 30 autres municipalités, installation de séchoirs solaires et de presses communautaires à huile, et lancement d’un label « Semences certifiées MyFarmTrees ». Ce label, soutenu par l’Institut de recherche agricole pour le développement, pourrait renforcer la traçabilité des semences tout en améliorant la compétitivité des pépinières locales.

MyFarmTrees démontre qu’une restauration bien conçue peut allier développement local, adaptation au climat et durabilité. Le passage à l’échelle sera désormais déterminant.

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