From the Field Planter pour apprendre : Quand les élèves deviennent les gardiens des forêts de demain

Planting to learn - When pupils become guardians of tomorrow’s forests

À Nkoemvone, un village verdoyant du sud du Cameroun, la cloche de l’école primaire publique sonne désormais aussi pour les jeunes arbres. Grâce au projet My Farm Trees, 31 essences d’arbres natifs — du précieux bubinga au sapelli convoité — grandissent sous l’œil attentif des élèves, organisé·e·s en petites brigades d’arrosage. Entre deux leçons de géographie, ces jardinier·ère·s en herbe mesurent la croissance des plants, découvrent la valeur culturelle des essences forestières et transforment leur cour de récréation en laboratoire climatique. Ici, chaque racine ancrée dans le sol rappelle que l’apprentissage, c’est aussi protéger l’avenir.

Faire pousser des arbres. Faire grandir des avenirs.

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Restaurer les paysages avec les agriculteur.rice.s.

Le monde s’engage à restaurer les paysages forestiers - mais les agriculteur.rice.s et les communautés locales doivent être au cœur de ces efforts. MyFarmTrees fournit aux petit.e.s exploitant.e.s les connaissances scientifiques, les outils et les ressources nécessaires pour planter les bonnes espèces d’arbres indigènes, ainsi que la technologie blockchain permettant de prouver que chaque arbre a effectivement poussé.

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Un programme qui reconnecte les élèves à la biodiversité

Au Cameroun, où des milliers d'hectares de forêts tropicales disparaissent chaque année à cause de la déforestation, la plateforme plateforme My Farm Trees et son système de semences d'arbres indigènes - dirigé par l'Alliance de Bioversity International et CIAT, et financé en partie par le gouvernement britannique (DEFRA - Department for Environment Food and Rural Affairs) par l'intermédiaire de l'initiative Darwin et du Fonds pour l'environnement mondial (FEM) — visent à restaurer les paysages dégradés, créer une traçabilité numérique des semences et assurer le suivi de chaque arbre planté. Parmi les six catégories de bénéficiaires du projet (collecteur·rice·s de semences, pépiniéristes, agriculteur·rice·s, gardien·ne·s de forêts sacrées, autorités locales et écoles), les établissements scolaires jouent un rôle stratégique : ils forment les habitudes écologiques des générations futures et offrent des espaces sécurisés où les jeunes arbres peuvent atteindre leur maturité.

L’initiative s’est rapidement étendue au-delà de son objectif initial — « une école par zone » — pour intégrer 111 écoles dans les régions de l’Ouest, du Centre et du Sud, avec plusieurs dizaines d’autres dans l’Extrême-Nord, où la brièveté de la saison des pluies complique l’engagement des élèves. Au total, 53 espèces natives — du bubinga (Lovoa trichilioides) au sapelli (Entandrophragma cylindricum) en passant par le moabi (Baillonella toxisperma) — ont été plantées dans les écoles. Sur chaque site, l’équipe du Dr Marius Ekué a mis l’accent sur une sélection participative : les élèves du CE2 au CM2 ont été consulté·e·s en groupes non mixtes pour exprimer leurs préférences en matière d’essences utiles ou emblématiques. Les parents ont également été associés par le biais de questionnaires à remplir à la maison, listant les espèces déjà présentes dans les parcelles familiales et celles à réintroduire pour préserver le patrimoine génétique menacé. Cette approche ascendante favorise l’appropriation locale : planter devient un acte communautaire, et non une injonction descendante.

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EP Nkoemvone school : 31 jeunes arbres, des centaines de rêves

Nichée dans le village forestier de Nkoemvone, dans la région du Sud du Cameroun, l’École publique primaire EP Nkoemvone incarne le pouvoir transformateur de MyFarmTrees. « Dans une zone pleine d’arbres, il faut replanter — c’est le paradoxe de la déforestation », explique M. Mékoulou Ntyam Elvis, directeur adjoint et point focal du club UNESCO. Bubinga, sapelli et moabi côtoient orangers et mandariniers, mêlant espèces économiques et essences natives de grande valeur.

Sur le terrain, le paradoxe est manifeste : bien que les communautés soient entourées de forêts, elles doivent « reconquérir » les arbres pour éviter la disparition des espèces commerciales sous la pression des marchés. La cour de l’école — protégée en tant que propriété de l’État — devient un refuge pour la biodiversité menacée de la région. Les élèves apprennent à reconnaître un jeune bubinga ; demain, ils sauront comment protéger ses jeunes pousses dans les champs familiaux ou éviter de l’abattre pour un gain immédiat.

L’entretien suit le rythme des saisons : la plantation a été calée sur les pluies d’avril à juin, idéales pour l’enracinement. Quand la saison sèche reviendra, l’« équipe d’arrosage » dirigée par les élèves prendra le relais, transformant l’irrigation en rituel autant qu’en compétition amicale. L’objectif : faire en sorte que les 31 jeunes arbres survivent, grandissent, et finissent par ombrager la cour tout en servant de leçons vivantes en géographie, en sciences ou en économie forestière.

Apprendre en arrosant : Pédagogie verte et esprit d'équipe

À Nkoemvone comme dans d’autres écoles participantes, les arbres sont désormais intégrés au programme scolaire officiel. Des activités comme le développement personnel ou la pratique agricole — autrefois limitées au désherbage des champs des enseignant·e·s — sont devenues des séances pratiques de creusement, de plantation et de mesure de la profondeur des racines. Une heure de cours de sciences est désormais divisée : 30 minutes de théorie, suivies de 30 minutes d’apprentissage pratique sous un manguier ou à côté d’un jeune sapelli. Cette méthode d’apprentissage actif renforce la mémorisation : un·e élève qui creuse un trou de 40 cm retiendra bien mieux la densité de plantation qu’un·e autre qui ne l’a lue que dans un manuel.

Pour le Dr Ekué, la clé réside dans la co-construction : « Nous ne dictons ni n’imposons — nous discutons », souligne-t-il. Les enfants choisissent « leur » arbre, remplissent des fiches de suivi et notent l’apparition des premières feuilles. Les familles, à leur tour, commencent à percevoir la valeur économique des espèces natives et les liens entre biodiversité et résilience climatique. Une dynamique circulaire se met en place : les élèves deviennent ambassadeur·rice·s de l’environnement à la maison, tandis que les parents partagent leurs savoirs agricoles à l’école, créant ainsi une communauté unie autour des jeunes arbres.

La plateforme numérique My Farm Trees permet la géolocalisation et le suivi de la survie de chaque arbre. Ces données alimentent l’amélioration de la sélection en pépinière et l’adéquation espèce-sol. Cette traçabilité — rare dans les projets de reboisement scolaire — constitue un ensemble de données précieux pour les chercheur·e·s et les autorités locales, tout en renforçant la transparence envers les bailleurs.

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Planter pour demain : défis, protections et réplicabilité

L’expérience de Nkoemvone met en lumière plusieurs défis majeurs. Le premier est d’ordre économique : des espèces très prisées comme le bubinga et le sapelli peuvent susciter l’intérêt de l’exploitation illégale une fois arrivées à maturité. Pourtant, leur implantation sur des terrains publics appartenant à l’État — « Une école, c’est l’État », rappelle M. Mékoulou — constitue un puissant facteur dissuasif.

Le deuxième défi concerne la rareté et le coût des semences d’arbres natifs, une priorité pour le Dr Ekué. « Produire des arbres natifs est excessivement coûteux », souligne-t-il, appelant à un investissement accru dans les pépinières locales pour préserver la diversité des espèces, actuellement limitée par la faible disponibilité des semences. Pour pallier ces pénuries, le projet a formé 335 pépiniéristes à l’échelle nationale et mis en place un réseau de 2 500 collecteur·rice·s de semences qui signalent en temps réel les périodes de fructification, facilitant ainsi la collecte au bon moment.

Sur le plan de l’inclusion, le projet vise la parité entre les genres, atteignant actuellement environ 30 % de bénéficiaires femmes. L’accès limité des femmes à la terre demeure un obstacle. Pour y remédier, l’équipe a établi des partenariats avec des municipalités disposées à attribuer des parcelles à des groupements féminins, leur permettant ainsi de planter et de gérer des arbres à leur propre bénéfice.

Le modèle scolaire semble prometteur en matière de réplicabilité. La combinaison d’un espace sécurisé, d’un engagement éducatif et d’un suivi numérique constitue un laboratoire à ciel ouvert que d’autres écoles peuvent adopter. Le soin à long terme reste le dernier défi : un puits saisonnier à proximité et un petit budget d’entretien sont jugés suffisants pour assurer la pérennité des plantations. Pour My Farm Trees, chaque cour d’école transformée en îlot forestier est un maillon essentiel d’un réseau de « corridors verts » visant à restaurer la mosaïque écologique du Cameroun. Et pour les 31 jeunes plants de Nkoemvone, l’aventure ne fait que commencer : dans vingt ans, leurs frondaisons abriteront les chants d’une nouvelle génération d’élèves — héritier·ère·s d’une biodiversité que leurs aîné·e·s auront choisi de protéger.