From the Field « Les Experts du Cameroun » : quand une pépinière associative déploie ses ailes grâce à My Farm Trees

How a community nursery took flight with MyFarmTrees

Dans la petite ville de Nanga-Eboko, située dans le département de la Haute-Sanaga, au cœur de la région du Centre du Cameroun, une association de 42 membres, « Les Experts du Cameroun », est passée d’un modeste vivier forestier à une pépinière de référence régionale. Propulsée par le projet numérique My Farm Trees, l’initiative illustre l’impact concret que peuvent avoir la formation technique, la traçabilité numérique et l’esprit coopératif sur la restauration des paysages et l’économie locale.

Faire pousser des arbres. Faire grandir des avenirs.

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Restaurer les paysages avec les agriculteur.rice.s.

Le monde s’engage à restaurer les paysages forestiers - mais les agriculteur.rice.s et les communautés locales doivent être au cœur de ces efforts.  MyFarmTrees fournit aux petit.e.s exploitant.e.s les connaissances scientifiques, les outils et les ressources nécessaires pour planter les bonnes espèces d’arbres indigènes, ainsi que la technologie blockchain permettant de prouver que chaque arbre a effectivement poussé.

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2016-2023 : Du collectif de base à la pépinière modèle

Lorsque M. Oumar, ingénieur des eaux, forêts et faune, et ses collègues ont fondé l’association « Les Experts du Cameroun » en 2016, leur objectif initial était de protéger et de valoriser les espèces d’arbres forestiers locaux — tels que le bubinga, l’iroko, et le doussié blanc ou rouge — menacées par une exploitation non réglementée. Installé.e.s à Nanga-Eboko, leur pépinière produit également des arbres fruitiers (manguier, avocatier, agrumes) ainsi que quelques plantes ornementales très recherchées. Et le financement ? Il provient principalement des contributions internes et des ventes saisonnières de plants : entre 3 000 et 4 000 unités par an — juste de quoi couvrir les coûts des campagnes de reboisement classiques.

Tout change en 2023 lorsqu’une réunion municipale rassemble pépiniéristes et collecteur·rice·s de graines autour de My Farm Trees. Oumar, présent « d’abord comme collecteur », invite les formateurs à « jeter un coup d’œil » à sa pépinière. Les registres de collecte, les étiquettes minutieuses et la diversité d’espèces séduisent immédiatement l’équipe du projet : l’association sera désormais un partenaire officiel du projet, que ce soit pour la collecte de semences ou pour la production des plants tous documentés par les applications MyFarmTrees.

La sélection offre trois avantages majeurs : accès à des formations gratuites (collecte et conservation des semences d’arbres natives, formation à la levée de dormance et la multiplication végétative), débouchés garantis pour les plants, et intégration dans une chaîne numérique de traçabilité qui crédibilise le travail des « Experts » auprès des bailleurs et des clients. Cette reconnaissance externe galvanise les membres : les réunions de bureau valident un plan d’expansion, les registres papier sont harmonisés avec les exigences de My Farm Trees, et les femmes – déjà actives dans la gouvernance – obtiennent des responsabilités accrues dans l’organisation des tournées de collecte.

En quelques mois, la structure communautaire se professionnalise. Le commissaire aux comptes Oumar garde son rôle de garant financier, mais devient aussi « Chargé de Projet » pour piloter les commandes de My Farm Trees. Les membres, motivé·e·s par la visibilité nouvelle, multiplient les journées de sensibilisation dans les villages voisins, posant les bases d’une pépinière modèle capable de répondre aux ambitions nationales de restauration.

My Farm Trees : des formations ciblées à l’envol productif

L’entrée dans l’écosystème MyFarmTrees (MFT) se traduit d’abord par un transfert de compétences. À Nanga-Eboko, Oumar apprend à mélanger les lots de semences de la même espèce, mais à leur attribuer des codes QR différents ; à Yaoundé, il perfectionne la multiplication végétative – « Nous avons réussi à faire des marcottes de pruniers, ce qui donne de bonnes productions » – et découvre les protocoles de levée de dormance sur des espèces à germination capricieuse. Les collecteur(rice)s reçoivent un calendrier précis des périodes de collecte des semences : fini les graines improductives ou avariées.

Parallèlement, l’association adopte les applications MyFarmTree Collector et MyFarmTrees Nursery. Sur le terrain, les équipes scannent les codes QR et géolocalisent les arbres mères ; de retour à la pépinière, elles synchronisent les données dès que la connexion le permet, contournant les coupures d’électricité en remplissant des fiches papiers. Cette hybridation assure la fiabilité des enregistrements et inscrit chaque sac de semences dans la base de données de la plateforme, élément clé pour la transparence envers l’Alliance Bioversity-CIAT.

Les effets sont rapides : la production bondit de 4 000 à plus de 20 000 plants en une seule saison. « L’année dernière seulement, nous avons produit plus de 20 000 plants », se réjouit Oumar. La gamme s’enrichit : cassia du siam (Cassia siamea), safoutier (Dacryodes edulis), jeunes avocatiers (Persea americana) issus de marcottes et même Allanblackia (Allanblackia floribunda) , longtemps évitée faute de techniques de germination adaptées. Grâce à la demande soutenue de MyFarmTrees, la pépinière tourne désormais toute l’année, ce qui stabilise l’emploi de plusieurs jeunes-pépiniéristes.

La gouvernance suit : chaque micro-projet (nouveaux germoirs, ombrières, bassin d’irrigation) passe par un vote du bureau exécutif, puis les fonds sont libérés. Les registres de collecte et de germination sont archivés rigoureusement, facilitant les audits de MyFarmTrees. Les Experts du Cameroun deviennent ainsi un maillon essentiel de la chaîne d’approvisionnement en plants certifiés, prouvant qu’une association rurale peut rivaliser avec les pépinières commerciales lorsque savoir-faire et débouchés se conjuguent.

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Plus qu’une pépinière : moteur économique et solidarité locale

Le boom productif se reflète dans les comptes : plus de trois millions de francs CFA de bénéfice sur la dernière saison, selon Oumar. Une part de ce revenu finance l’agrandissement de la pépinière : tables de semis supplémentaires, pompe solaire pour sécuriser l’arrosage en saison sèche, ombrières pour protéger les jeunes plants. Une autre part permet la diversification économique : l’association teste un point-restauration, vend boissons locales et petits déjeuners aux voyageurs de la route nationale, et investit quatre hectares en cacao, plantain et bananier, tous cultivés en agroforesterie sous ombrage d’essences forestières.

La dimension sociale n’est pas en reste. Les statuts prévoient un fonds de solidarité : en cas d’événement familial (mariage, maladie, deuil), l’association apporte un soutien financier issu des bénéfices. Les huit femmes membres occupent des postes clés – trésorière, vice-présidente, cheffe de projet – symbole d’une gouvernance ouverte. Cette redistribution renforce le sentiment d’appartenance et la cohésion autour de la pépinière.

L’impact se fait également sentir hors du cercle des 42 membres. Les plants fournis alimentent la restauration de forêts sacrées dans l’Ouest du Cameroun ; les cassias et plumiers servent de haies vives dans les exploitations voisines, améliorant la fertilité des sols et la biodiversité. Chaque plant enregistré dans l’application devient traçable, offrant aux bailleurs la preuve qu’il grandit réellement sur le terrain.

En valorisant le duo arbre + culture vivrière, Les Experts démontrent que la restauration paysagère peut être rentable, réduire la vulnérabilité climatique et générer des emplois. Oumar note déjà une différence sur ses parcelles : « Là où il y a les arbres, cacaoyers et plantains supportent mieux la chaleur ». Une observation partagée par les voisin(e)s, qui viennent désormais chercher conseils et jeunes plants, créant un cercle vertueux de diffusion des bonnes pratiques.

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L’arbre, source d’oxygène : le plaidoyer d’Oumar pour l’expansion de MyFarmTrees

« Les arbres sont une source d’oxygène, un laboratoire biologique », répète souvent Oumar lors des campagnes de sensibilisation. Pour lui, trois facteurs expliquent le succès de MyFarmTrees :

  • Pertinence climatique : associer les cultures à des arbres qui enrichissent le sol permet de réduire les effets de la sécheresse et d’améliorer les rendements.
  • Incitations économiques : des acheteur.euse.s garanti.e.s et des paiements liés à la survie des plants convainquent les jeunes que la restauration peut devenir une profession viable.
  • Formation continue et outils numériques intuitifs : une fois appris, scanner un code QR ou générer un lot devient un réflexe — professionnalisant ainsi tout le secteur.

Des défis subsistent. Les coupures de courant et l’instabilité du réseau mobile sont fréquentes. L’équipe s’adapte en utilisant des batteries de secours et des formulaires papier adaptés au terrain. L’accès sécurisé au foncier est aussi un enjeu ; l’association collabore avec les autorités traditionnelles pour sécuriser les parcelles reboisées.

Oumar plaide pour un déploiement plus large : « Le projet ne doit pas se limiter à quelques zones stratégiques ; les 360 arrondissements du Cameroun ont besoin de ces outils ».

Son message aux jeunes pépiniéristes est clair : « Ne vous découragez pas. Les arbres que nous associons dans nos champs nous protègent ». Il voit déjà l’avenir : extension des espèces produites, création de pépinières satellites gérées par des groupements féminins, et pourquoi pas, accès aux marchés volontaires du carbone pour récompenser les services écosystémiques fournis.

La success-story des Experts du Cameroun n’est pas seulement celle d’une pépinière devenue florissante ; c’est la preuve que la technologie, la science participative et l’organisation communautaire peuvent transformer des actrices et acteurs locaux en champions de la restauration. À Nanga-Eboko, chaque code QR scanné, chaque plant livré et chaque graine sauvegardée devient un maillon d’une chaîne d’espoir vers un paysage plus résilient – et un modèle inspirant pour d’autres régions africaines en quête de solutions concrètes face au changement climatique.