Blog L’histoire d’Idrissa Aidara, ou comment le projet AVENIR a transformé un retour en réussite

Certains parcours de vie racontent bien plus qu'une histoire individuelle. Ils parlent d'un territoire, d'une génération et d'un choix courageux. À 43 ans, Idrissa Aidara, agriculteur à Dar Salam, dans le département de Goudomp au Sénégal, incarne une telle histoire. Migrant de retour après deux tentatives de migration irrégulière marquées par la violence et l'emprisonnement, il a choisi la terre comme point d'ancrage et l'agriculture intelligente face au climat comme voie pour reconstruire sa vie. Grâce au projet AVENIR, financé par Affaires mondiales Canada et mis en œuvre par MEDA en collaboration avec Alliance de Bioversity International et du CIAT, Idrissa a construit une ferme modèle, créé des emplois locaux et incité d'autres jeunes à croire en un avenir possible au Sénégal. Voici son histoire.

 

Revenir de loin : quand l’exil échoue mais que la dignité demeure

Quand Idrissa évoque son passé, sa voix se fait plus grave. Avant de devenir un agriculteur reconnu, président de coopérative et mentor pour d’autres jeunes, il a été migrant, à deux reprises. Deux tentatives de migration irrégulière, deux échecs, et surtout de lourdes épreuves physiques et émotionnelles.

« J’ai connu la prison, j’ai été blessé par balle. À un moment donné, j’ai vraiment cru que je ne reviendrais jamais vivant. »

Lorsqu’il est finalement rentré au Sénégal en 2015, il disposait de peu de ressources matérielles, mais portait une conviction profonde : il devait reconstruire sa vie, autrement.

De retour à Dar Salam, dans la région de Goudomp, Idrissa s’est retrouvé confronté à une réalité bien connue de nombreux migrant.e.s de retour au pays : des opportunités économiques structurées limitées, une forte pression sociale et parfois le regard sceptique de la communauté. Pourtant, il a refusé de céder au découragement.

« Après deux tentatives infructueuses, j’ai compris que la solution n’était pas ailleurs. Elle était ici, chez nous, à condition de bénéficier du bon accompagnement. »

Cette prise de conscience a marqué un tournant décisif. L’agriculture, longtemps perçue comme une activité de subsistance à faible valeur ajoutée, est devenue pour lui un espace d’opportunités.

Sur une parcelle de 1,5 hectare, Idrissa a commencé à expérimenter. Les débuts ont été modestes et difficiles. Les rendements étaient faibles, l’accès à l’eau incertain et la main-d’œuvre limitée. Mais il a persévéré. Son ambition n’était pas seulement de produire, mais de créer un modèle viable et reproductible, capable d’inspirer d’autres jeunes.

« Je ne voulais pas pratiquer l’agriculture uniquement pour survivre. Je voulais montrer qu’il est possible de réussir dignement grâce à l’agriculture. »

C’est à ce moment charnière de son parcours que le projet AVENIR est entré dans sa vie.

Crédit photo : Fatimata Kone

AVENIR : un tournant décisif et le rôle moteur de l’Alliance de Bioversity International et du CIAT

Crédit photo : Fatimata Kone

 

Le projet AVENIR ne se limite pas à la fourniture d’intrants ou d’équipements. Il propose une approche intégrée qui combine agriculture intelligente face au climat, entrepreneuriat rural et gouvernance locale des ressources. Pour Idrissa, cet accompagnement est arrivé au moment où il en avait le plus besoin.

« Le projet AVENIR est venu me soutenir dans la mise en place de mon exploitation à un moment crucial de mon parcours. »

La première étape a été humaine et collective. Avec l’appui du projet, une main-d’œuvre locale composée de 25 femmes du village a été mobilisée. Ensemble, elles ont mis en valeur une première parcelle de 2 500 mètres carrés. Cette initiative a permis de créer des emplois, de renforcer l’adhésion de la communauté et d’ancrer l’exploitation dans une dynamique collective.

Une intervention déterminante a été l’installation d’un forage équipé d’un système complet d’irrigation goutte-à-goutte. Cette infrastructure a profondément transformé la capacité de production de l’exploitation.

« Je continuerai à utiliser ce système même après la fin du projet. Il a changé ma façon de produire et de gérer l’eau. »

L’introduction de pratiques agroécologiques, telles que les cultures associées et la plantation d’arbres pour créer un microclimat favorable, a également renforcé la résilience de l’exploitation.

Derrière ces innovations, le rôle de l’Alliance de Bioversity International et du CIAT a été déterminant. En tant que partenaire scientifique du projet, l’Alliance a apporté des approches fondées sur la recherche et adaptées aux réalités locales. L’accompagnement technique dont Idrissa a bénéficié lui a permis de diversifier ses productions, d’améliorer ses rendements et de sécuriser ses revenus.

« Au départ, nous pensions uniquement au maraîchage. Mais grâce aux technicien.ne.s du projet AVENIR, nous avons compris l’importance de planter des arbres et de réfléchir à l’exploitation dans son ensemble. »

Cette vision systémique a porté ses fruits. Progressivement, l’exploitation d’Idrissa est devenue un modèle de réussite au niveau local, avant de le conduire à la tête d’une importante coopérative agricole à l’échelle nationale.

Une exploitation modèle, une fierté partagée et un trophée symbolique

Aujourd’hui, Idrissa parcourt son exploitation avec une fierté visible.

« Je suis fier de montrer ces installations. Cette exploitation sert désormais de site de formation pour d’autres jeunes. »

Des partenariats ont même été établis avec une université de Thiès, renforçant davantage la vocation pédagogique du site.

La production s’est diversifiée et professionnalisée. Oignons, poivrons et piments sont cultivés en association avec le maïs afin de créer un microclimat favorable. Avant même l’introduction de l’apiculture, l’exploitation générait déjà un bénéfice annuel de cinq millions de francs CFA.

Son parcours n’est pas passé inaperçu. Idrissa a reçu un trophée de « migrant de retour modèle », décerné par le ministère de la Jeunesse, de l’Entrepreneuriat et de l’Emploi.

« Ce trophée n’est pas seulement le mien. Il est là pour montrer aux jeunes que les opportunités existent ici. »

Sa réussite a également contribué à changer le regard porté sur l’agriculture au sein de sa communauté.

« Quand les gens me voient conduire mon véhicule 4x4 double cabine, ils comprennent que mon activité est rentable et commencent à s’intéresser à l’agriculture. »

Loin des stéréotypes dépassés, son expérience donne de l’agriculture une image moderne, ambitieuse et tournée vers l’avenir.

Crédit photo : Fatimata Kone

 

Semer l'espoir, former les jeunes et choisir de rester

Crédit photo : Fatimata Kone

 

Au-delà des chiffres et des infrastructures, l’histoire d’Idrissa Aidara est avant tout une histoire de transmission. Son exploitation est devenue un espace d’apprentissage, d’expérimentation et de démonstration.

« Si je raconte mon histoire, c’est pour éviter à d’autres de vivre ce que j’ai vécu sur les routes de l’exil. »

Grâce au projet AVENIR, il a acquis non seulement des compétences techniques, mais aussi une véritable posture de leader. En tant que président du GIE SOOBEYA et président d’une coopérative nationale, il contribue désormais à des dynamiques collectives qui façonnent l’avenir de l’agriculture sénégalaise.

« Je remercie sincèrement MEDA et l’Alliance, car ils m’ont énormément soutenu. Sans cet accompagnement, je ne serais pas là où j’en suis aujourd’hui. »

Cette reconnaissance met en lumière l’importance de partenariats durables entre les projets de développement, les institutions scientifiques et les communautés locales.

L’histoire d’Idrissa rappelle une vérité simple, mais souvent négligée : investir dans les territoires, c’est avant tout investir dans les personnes. En misant sur l’agriculture intelligente face au climat, l’entrepreneuriat rural et l’accompagnement des migrant.e.s de retour, le projet AVENIR démontre qu’un autre récit est possible. Un récit dans lequel l’avenir ne se cherche pas ailleurs, mais se construit patiemment sur sa propre terre.