Blog Une aube pour des ménages résilients au Sénégal : L'histoire du jardin maraîcher du GIE Malouthiandi
Dans le sud du Sénégal, dans le département de Goudomp, le périmètre maraîcher du GIE Malouthiandi à Anice est devenu un symbole concret de la résilience des femmes. Cette transformation s’inscrit dans le cadre du projet AVENIR, financé par Affaires mondiales Canada et mis en œuvre par MEDA en collaboration avec l'Alliance de Bioversity International et CIAT. La réhabilitation de la clôture, la mise en place d’une haie vive mellifère et la reconnexion des bassins d’irrigation ont permis de renforcer la sécurité du site et la gestion de l’eau. Dans un pays où l’agriculture représente environ 17 pour cent du PIB et où les femmes constituent près de 40 pour cent de la main-d'œuvre agricole en Afrique subsaharienne, le travail quotidien des femmes d’Anice montre que des infrastructures adaptées associées à un accompagnement technique structuré peuvent transformer durablement la sécurité alimentaire des ménages et l’autonomie économique.
Les femmes représentent 40 % de la main-d'œuvre agricole en Afrique subsaharienne. À Anice, cette réalité est visible dès l'aube
Les femmes représentent environ 40 pour cent de la main-d'œuvre agricole en Afrique subsaharienne. À Anice, cette statistique a un visage. Aux premières lueurs du jour, les membres du GIE Malouthiandi se rassemblent au jardin. Ils distribuent de l'eau, inspectent les plates-bandes et discutent des décisions de plantation. Chaque mouvement fait partie d'un rythme collectif façonné par la nécessité et l'expérience. La variabilité du climat s'est intensifiée dans plusieurs régions du Sénégal. Cela se traduit par des périodes de sécheresse plus longues, des précipitations imprévisibles et des rendements fragiles. Dans ce contexte, la discipline devient une stratégie d'adaptation. Les femmes observent attentivement le sol, ajustent les calendriers de plantation et partagent les connaissances acquises au fil des saisons d'essais et d'apprentissage.
"Nous sommes là tous les jours. Si nous ne venons pas, rien ne pousse", dit Khadijatou Sadio.
Le jardin n’est pas seulement un site de production. C’est aussi un espace de gouvernance féminine. Les décisions y sont prises de manière collective. Les responsabilités tournent entre les membres. L’entretien est organisé en commun. Leur travail va bien au-delà des activités de plantation et de récolte. Il structure un système économique local fondé sur la coopération.
Dans une région où les ressources sont limitées, cette organisation crée de la stabilité. Le jardin devient un rempart face aux incertitudes climatiques et économiques. À Anice, le leadership des femmes s’exprime à travers des actions constantes, régulières et concrètes.
L'agriculture représente 17 % du PIB du Sénégal. À Anice, tout commence par le repas familial
L’agriculture contribue à environ 17 % du PIB du Sénégal. À Anice, cette donnée macroéconomique se traduit d’abord par de la nourriture dans les assiettes. Les légumes produits par les femmes du GIE sont principalement destinés à leurs ménages. Tomates, oignons, piments, légumes-feuilles. Cette diversité renforce l’alimentation quotidienne.
Les rapports nationaux sur la sécurité alimentaire indiquent que certaines zones rurales connaissent une vulnérabilité saisonnière pendant la saison sèche. Durant ces périodes, le jardin devient un véritable filet de sécurité.
« Avant de penser à vendre, nous pensons à nourrir nos enfants »,
explique Khadijatou.
« Quand mes enfants mangent des légumes frais, je me sens en paix. »
Une fois les besoins du ménage couverts, les ventes commencent. Les revenus restent modestes, mais réguliers. Ils permettent de payer les frais de scolarité, de couvrir les dépenses de santé ou de faire face aux imprévus.
« Même un petit revenu change les choses. Je peux contribuer aux dépenses de la famille », affirme-t-elle.
La participation économique renforce le pouvoir de décision des femmes au sein des ménages. À l’échelle d’une famille rurale, ce changement est important. Le jardin soutient à la fois la nutrition et la résilience financière.
À Anice, le travail quotidien des femmes devient une double garantie : la sécurité alimentaire et la contribution économique.
L’accès à l’eau et la qualité des sols déterminent les rendements. À Anice, les femmes en ont fait une priorité technique
Les recherches sur les périmètres maraîchers en Casamance montrent que la disponibilité de l’eau et la fertilité des sols influencent directement la productivité. Avant la réhabilitation, l’irrigation était irrégulière. Les bassins étaient mal connectés. Une clôture fragilisée exposait les cultures aux dégradations. Ces faiblesses structurelles entraînaient des pertes de récoltes et des efforts souvent réduits à néant.
La réhabilitation de la clôture a permis de réduire les pertes. La haie vive mellifère a renforcé la protection du site tout en favorisant la biodiversité et les pollinisateurs. La reconnexion des bassins a amélioré la distribution de l’eau et la planification de l’irrigation.
« Lorsque l’eau est bien organisée, nous travaillons avec moins d’inquiétude », souligne Khadijatou.
Les femmes ont également renforcé les pratiques de fertilité des sols. Le compostage, le paillage et la gestion rationnelle de l’eau sont devenus des habitudes collectives.
« Nous avons appris que si nous prenons soin du sol, il prendra soin de nous. »
Ces pratiques améliorent la rétention de l’humidité et réduisent la dépendance aux intrants externes coûteux. Elles renforcent aussi la résilience pendant les longues périodes de sécheresse.
Le jardin est devenu un espace d’apprentissage continu. Les femmes y développent des compétences techniques qui renforcent leur autonomie. À Anice, la gestion de l’eau et la protection des sols sont indissociables du travail des femmes.
Réduire les inégalités de genre dans l’accès aux ressources pourrait augmenter considérablement la productivité agricole. À Anice, ce potentiel est déjà visible
Réduire les inégalités de genre dans l’accès aux ressources productives pourrait augmenter considérablement la productivité agricole. À Anice, ce potentiel devient visible lorsque les infrastructures fonctionnent correctement. La production se stabilise. Les pertes diminuent. Les revenus deviennent plus prévisibles. Comme l’explique Ndeye Diatta, membre du GIE Malouthiandi, l’un des impacts les plus visibles a été l’amélioration de la diversité alimentaire des ménages, accompagnée d’un revenu mensuel supplémentaire d’environ 40 000 FCFA (environ 71 USD) généré grâce à la vente d’oignons et de piments verts.
Les femmes du GIE Malouthiandi ont construit un modèle collectif solide. Elles entretiennent ensemble les infrastructures, répartissent les responsabilités et prennent les décisions de manière concertée.
« Nous ne demandons pas que quelqu’un fasse le travail à notre place. Nous demandons des outils durables », affirme Khadijatou.
La résilience collective se mesure à la continuité des récoltes et à la stabilité des repas. Elle repose sur l’organisation, la coopération et l’engagement quotidien.
À Goudomp, le périmètre maraîcher d’Anice illustre une réalité claire. Lorsque les femmes rurales disposent d’infrastructures sécurisées et d’un accompagnement technique adapté, elles deviennent des moteurs du développement local durable. À Anice, elles cultivent des légumes. Mais surtout, elles cultivent leur autonomie.