From the Field Djibouti lance un projet pilote et des ateliers de co-conception pour offrir des services de conseil numérique aux producteurs
Un projet pilote financé par la Banque africaine de développement pour soutenir l'agriculture numérique à Djibouti, mis en œuvre par le ministère de l'Agriculture en collaboration avec l'Alliance de Bioversity International et du CIAT, prend forme à travers son lancement et sa conception participative à travers les régions.
L'innovation numérique au service de la lutte contre le changement climatique
Dans toute la Corne de l’Afrique, l’aggravation des sécheresses, l’irrégularité des précipitations et la dégradation des sols mettent à rude épreuve les capacités de production alimentaire. À Djibouti, pays caractérisé par une disponibilité limitée de terres arables et une pénurie chronique d’eau, l’innovation numérique est mobilisée pour renforcer la résilience agricole et moderniser les systèmes ruraux.
Le 5 octobre 2025, le ministère de l’Agriculture, de l’Eau, de la Pêche, de l’Élevage et des Ressources halieutiques (MAEPE-RH) a lancé un projet pilote d’appui technique dans le cadre de l’initiative BBREFONS (Programme de renforcement de la résilience à l'insécurité alimentaire et nutritionnelle), financé par la Banque africaine de développement (BAD). Mis en œuvre en partenariat avec l’Alliance Bioversity International et le CIAT, le programme introduit des services de conseil numérique pratiques et co-conçus afin de soutenir les producteur.rice.s des régions d’Ali Sabieh et de Tadjourah.
Ce lancement marque la première expérimentation nationale de Djibouti en matière de vulgarisation agricole numérique, plaçant les agriculteur.rice.s, les éleveur.euse.s et les agropasteur.e.s au cœur du processus de conception, et non à l’extrémité d’une simple chaîne de diffusion de l’information.
Une vision commune pour une agriculture résiliente : Des parties prenantes de tout Djibouti se sont réunies pour lancer le premier pilote de conseil numérique co-conçu du pays, reliant l'innovation, l'inclusion et le leadership local.
Une réponse stratégique aux priorités nationales
"Notre pays est confronté à un stress hydrique structurel et à une disponibilité limitée de terres irrigables. Les coûts logistiques et la dépendance à l'égard des importations de denrées alimentaires pèsent lourdement sur nos chaînes de valeur. Il est donc impératif d'agir pour rendre notre agriculture plus résiliente, plus productive et plus inclusive", a expliqué le ministre Awaleh.
Cette vision s'aligne sur la Vision Djibouti 2035, qui identifie la transformation numérique et l'agriculture durable comme des moteurs clés de la croissance inclusive. Elle soutient également la mise en œuvre du Plan national d'investissement agricole et de sécurité alimentaire et nutritionnelle (PNIASAN) et de la Stratégie de croissance accélérée et de promotion de l'emploi (SCAPE), qui mettent tous deux l'accent sur des systèmes de production intelligents face au climat et économes en eau et sur l'emploi rural pour les jeunes et les femmes.
Grâce à une amélioration de la prise de décision – notamment sur le moment de semer, d’irriguer, d’appliquer les intrants ou de protéger les cultures et le bétail – l’initiative contribue à rendre l’agriculture plus rentable et plus durable à Djibouti.
En investissant dans la vulgarisation numérique, le projet pilote BREFONS-Djibouti fait progresser directement ces priorités politiques : améliorer la productivité grâce à une meilleure information, réduire l’exposition aux risques et favoriser l’inclusion des femmes et des jeunes au sein d’une économie agricole modernisée.
De la politique à la pratique : le lancement du projet pilote
Organisé à Djibouti-ville, l’atelier de lancement a réuni plus de 30 participant.e.s issu.e.s du ministère de l’Agriculture, du ministère de l’Économie numérique et de l’Innovation, de l’Agence nationale de la météorologie (ANM) et du ministère de l’Environnement et du Développement durable. L’événement a également rassemblé le Centre d’études et de recherche de Djibouti (CERD), l’Université de Djibouti, des pôles locaux d’agritech, des coopératives d’agriculteur.rice.s ainsi que l’Union nationale des femmes de Djibouti (UNFD).
La journée a été marquée par des démonstrations des outils de conseil proposés, notamment des systèmes de réponse vocale interactive (RVI), des conseils par SMS et de courtes vidéos éducatives, accompagnées de sessions participatives visant à identifier les freins et les leviers à l’adoption du numérique.
Le ministre Awaleh a rappelé aux participant.e.s que la technologie est un moyen et non une fin en soi. « Il ne s’agit pas de technologie pour la technologie. Les outils numériques doivent servir l’intérêt général, être des instruments pour guider les décisions des agriculteur.rice.s, optimiser les ressources en eau, sécuriser les récoltes, réduire les pertes et améliorer durablement les revenus », a-t-il précisé.
Il a remercié la Banque africaine de développement pour son appui financier ainsi que l’Alliance Bioversity International et le CIAT pour leur expertise technique, saluant le personnel du ministère et les producteur.rice.s ruraux.ales comme « les véritables acteur.rice.s de cette transformation agricole ».
Au nom de l’Alliance, le chercheur principal Issa Ouedraogo a souligné l’engagement de long terme de l’organisation :
« L’Alliance s’engage à mobiliser son expertise internationale en synergie avec les acteur.rice.s nationaux.ales et locaux.ales afin que Djibouti puisse devenir une référence régionale en matière d’agriculture numérique et de gestion intelligente du climat. »
Il a insisté sur le fait que l’initiative est ancrée dans les stratégies nationales de Djibouti et cohérente avec les valeurs de l’Alliance en matière d’innovation, d’inclusion et d’appropriation locale :
« Le succès de cette initiative dépendra de notre capacité collective à conjuguer innovation, inclusion et appropriation locale », a souligné Ouedraogo.
Issa Ouedraogo, scientifique principal à l'Alliance de Bioversity International & CIAT, a prononcé des remarques préliminaires soulignant l'importance du partenariat dans la réalisation de services de vulgarisation agricole numériques inclusifs pour Djibouti.
Concevoir ensemble : la co-création à Ali Sabieh et Tadjourah
Immédiatement après le lancement, deux ateliers régionaux de co-conception ont été organisés les 6 et 7 octobre 2025. Chacun a rassemblé environ 25 participants, des agriculteurs, des agents de vulgarisation, des associations de femmes, des dirigeants communautaires, des agents météorologiques, des partenaires du secteur privé et des ONG locales, afin de développer le contenu et les modèles de prestation des nouveaux services de conseil numériques. Le processus participatif s'est concentré sur trois résultats :
- Validation des besoins en information et des canaux de communication: Les participants ont examiné les résultats de l'enquête de référence du projet pilote et classé leurs besoins prioritaires en information, allant des prévisions saisonnières et de la santé du bétail à l'humidité du sol et aux prix du marché. Ils ont comparé les préférences en matière de communication (IVR, SMS, radio, WhatsApp et projections communautaires), en veillant à ce que les solutions reflètent les schémas d'utilisation réels plutôt que des hypothèses.
- Co-développement de scripts et de story-boards: Chaque région a produit des ébauches d'au moins dix messages IVR et de courts sujets vidéo en français simple, avec des notes de traduction pour l'afar, le somali et l'arabe. Les clips courts (60-180 secondes) mettront en scène des agriculteurs et des techniciens locaux expliquant des mesures pratiques pour une agriculture intelligente face au climat.
- Accord sur les principes de gouvernance et d'inclusion : Les participants ont établi des critères pour la validation du contenu, l'assurance qualité et la protection des données, ainsi que des lignes directrices pour maintenir une participation d'au moins 40 % de femmes et de jeunes à chaque étape de la mise en œuvre.
Pourquoi l'inclusion des femmes est-elle importante ?
Les femmes jouent un rôle crucial dans les systèmes agropastoraux de Djibouti, depuis la gestion du petit bétail et des jardins jusqu'à la transformation, la commercialisation et la garantie de la nutrition des ménages. Pourtant, les femmes sont souvent confrontées à des obstacles systémiques pour accéder à l'information, aux services de vulgarisation et aux outils numériques en raison de la langue, de l'alphabétisation ou des normes sociales.
En garantissant intentionnellement un minimum de 40 % de participation féminine, le projet favorise non seulement l'équité mais renforce également l'efficacité : lorsque les femmes ont accès à des informations consultatives, il est prouvé que la productivité et le bien-être des ménages augmentent et que les communautés sont mieux à même d'absorber les chocs climatiques et de s'y adapter.
"Dans toute l'Afrique, nous avons constaté que les systèmes de conseil numériques fonctionnent mieux lorsqu'ils reflètent la diversité des producteurs, en particulier les femmes et les jeunes", explique le Dr Mathieu Ouedraogo, chercheur principal à l'Alliance de Bioversity International et du CIAT. "À Djibouti, nous nous appuyons sur l'expérience de l'Alliance en Afrique et ailleurs pour veiller à ce que les femmes et les jeunes aient une voix égale dans l'élaboration des outils numériques qui guident les décisions sur le terrain."
S'assurer que les voix des femmes font partie de la co-création de contenu signifie que les conseils reflètent les besoins réels du foyer, et pas seulement ceux des producteurs masculins.
Comment le projet pilote s'inscrit-il dans la vision de l'Alliance en matière d'inclusion numérique ?
L’Alliance reconnaît que la transformation numérique doit réduire, et non creuser, les écarts entre les communautés connectées et non connectées. À travers son axe de recherche sur l’inclusion numérique, l’Alliance promeut des solutions qui sont non seulement technologiquement robustes, mais aussi accessibles, centrées sur les utilisateur.rice.s, sensibles au genre et équitables, afin de garantir que l’agriculture numérique profite à tou.te.s, en particulier aux agriculteur.rice.s les plus vulnérables.
Le projet pilote à Djibouti incarne cette vision de quatre manières concrètes :
- Contenus inclusifs et multilingues : les messages de conseil sont conçus en plusieurs langues locales – afar, somali, arabe et français simplifié – et diffusés principalement par la voix plutôt que par l’écrit, afin de surmonter les obstacles liés à l’analphabétisme.
- Participation sensible au genre et aux jeunes : avec un objectif d’au moins 40 % de femmes parmi les bénéficiaires direct.e.s, le projet intègre les femmes et les jeunes dans la conception, les tests et la diffusion des messages, en veillant à ce que les contenus et les canaux de communication reflètent leurs réalités et leurs préférences.
- Systèmes ouverts et interopérables : l’architecture numérique reposera sur des normes ouvertes permettant l’interfaçage avec les systèmes de données nationaux et les infrastructures de télécommunication, posant ainsi les bases d’une extension sans contraintes propriétaires.
- Renforcement des capacités et appropriation locale : en travaillant étroitement avec les institutions nationales et locales pour concevoir et mettre en œuvre le projet pilote, l’initiative renforce les capacités institutionnelles de Djibouti à produire, gérer et adapter des contenus numériques, créant ainsi les conditions d’une appropriation et d’une durabilité à long terme.
De cette manière, le projet pilote illustre le principe fondamental de l’Alliance selon lequel les outils numériques sont les plus efficaces lorsqu’ils sont co-conçus, inclusifs et durablement portés au niveau local.
Une vision commune de la transformation : construire un cadre pour l'intensification de l'action
La vision à long terme consiste à intégrer les services de conseil numérique au sein de l’architecture institutionnelle du MAEPE-RH, en les reliant à des programmes en cours tels que le Projet d’entrepreneuriat des jeunes pour l’adaptation au climat (PEJACC) et en les articulant avec les stratégies nationales en matière de TIC et de données agricoles.
Pour le ministère de l’Agriculture, ce projet pilote représente une opportunité de traduire les politiques en actions concrètes, en démontrant comment la technologie et les partenariats peuvent générer des améliorations mesurables en matière de productivité, de sécurité alimentaire et de moyens de subsistance ruraux.
« Le numérique doit être un outil public au service de l’intérêt général », a souligné le ministre Awaleh, « un instrument pour orienter les choix des producteur.rice.s, optimiser l’utilisation de l’eau, sécuriser les récoltes, réduire les pertes et améliorer durablement les revenus ».
Pour l’Alliance Bioversity International et le CIAT, cette initiative constitue une expression concrète de ses valeurs institutionnelles : co-création, inclusion et accès équitable à l’innovation numérique. Comme l’a indiqué Issa Ouedraogo, « Djibouti peut devenir une référence régionale en matière d’agriculture numérique et de gestion intelligente du climat ».
Ces deux perspectives convergent vers un objectif commun : faire en sorte que la transformation numérique de l’agriculture soit centrée sur l’humain, ancrée dans les réalités locales et conçue pour autonomiser celles et ceux qui produisent l’alimentation du pays.
Perspectives d'avenir
Djibouti est en train de franchir une étape décisive vers une agriculture à la fois plus intelligente et plus résiliente.
Des parties prenantes issues des gouvernements, de la recherche et des organisations de producteur.rice.s participent au lancement participatif du projet pilote d’agriculture numérique de Djibouti, posant les bases d’ateliers de co-conception qui placent les agriculteur.rice.s, et en particulier les femmes et les jeunes, au cœur de l’innovation.
Photos : © Alliance de Bioversity International et du CIAT / DjibLive
L'équipe
Amanda Sue Grossi
Research Team Leader for Climate Action and Resilient Food Systems
Issa Ouedraogo
Senior Scientist, Country Representative for Senegal
Mathieu Ouedraogo
Senior Scientist
Carolina Sarzana
Specialist
Mvuyibwami Patrick
Senior Research Associatecontinuer à explorer