Blog nvestir à 45 °C : l’Alliance trace la voie climato-intelligente de Djibouti

Investing at 45°C: The Alliance charts Djibouti’s climate-smart path

L’avenir de l’agriculture en zones arides pourrait-il émerger sur les rives de la mer Rouge ? Du 10 au 12 juin 2025, l’Alliance de Bioversity International et du CIAT a participé au tout premier Forum national agrobusiness de Djibouti, réunissant des décideur.e.s, des chercheur.e.s, des bailleur.e.s et le secteur privé. Dans un pays confronté à des conditions climatiques extrêmes mais résolument tourné vers l’innovation, l’Alliance a mis en avant son expertise en matière de planification des investissements agricoles intelligents face au climat. Trois jours d’échanges ont jeté les bases d’une feuille de route ambitieuse où la science guide la souveraineté alimentaire et la croissance inclusive.

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Un forum né de l’urgence climatique et de la volonté politique

Djibouti importe près de 90 % de ses denrées alimentaires. Sur un territoire qui ne reçoit que 150 mm de précipitations par an et subit régulièrement des chaleurs de 45 °C, cette dépendance constitue un risque à la fois économique et sécuritaire. Conscient de la vulnérabilité de son système alimentaire, le gouvernement a lancé l’initiative « Djibouti Agro-Business 2030 » pour attirer des investissements, des technologies et des expert.e.s afin de transformer son désert en laboratoire d’agriculture durable. Coorganisé par les ministères de l’Économie et de l’Agriculture, avec le soutien de la Banque africaine de développement (BAD) et du FIDA, le Forum visait à lever les obstacles logistiques, réglementaires et financiers, et à préparer un plan budgétisé en vue de la table ronde des bailleur.e.s prévue en fin d’année.

Cette ambition s’inscrit dans une dynamique continentale : la BAD prévoit un marché agroalimentaire de 1 000 milliards de dollars US en Afrique d’ici 2030 — si les investissements intelligents face au climat se multiplient. Djibouti entend saisir cette opportunité, en misant sur ses ports stratégiques et en se concentrant sur des secteurs à forte valeur ajoutée tels que l’aquaculture côtière, les dattes, l’élevage caprin et l’horticulture sous serre, tous orientés vers l’efficacité hydrique et l’innovation. Dans ce contexte, l’expertise du CGIAR est essentielle — pour appuyer les décideur.euse.s dans l’identification d’investissements résilients.

L’Alliance au micro : l’AIC comme boussole d’investissement

Dr. Mathieu Ouedraogo, scientifique principal au sein de l’Alliance, a pris la parole :

« L’Agriculture Intelligente face au Climat (AIC) n’est pas seulement un concept académique – c’est une boussole d’investissement. Elle sécurise les chaînes de valeur, mobilise les financements climatiques et transforme chaque goutte d’eau en productivité », a-t-il souligné, en rappelant que 45 % des pays africains ont déjà intégré l’AIC dans leurs contributions déterminées au niveau national.

Il a présenté le cadre de planification des investissements en AIC (CSAIP), qui repose sur : (i) la cartographie des risques climatiques par chaîne de valeur ; (ii) l’élaboration d’une longue liste de solutions – variétés résilientes, irrigation de précision, agriculture numérique ; et (iii) la priorisation des projets selon leur rentabilité économique, sociale et environnementale.

 

« Notre méthode traduit les données climatiques en langage financier : taux de rentabilité interne, emplois verts créés, tonnes de CO₂ évitées », a-t-il expliqué. Pour Djibouti, l’Alliance propose d’appliquer ce filtre aux quatre chaînes de valeur prioritaires du Forum. « En zones arides, chaque franc doit compter double – pour la production et pour l’adaptation. Le CSAIP permet d’identifier les projets qui répondent à ces deux exigences », a-t-il conclu.

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Quatre chaînes de valeur à l’honneur : défis communs, solutions interconnectées

Des ateliers techniques ont permis de faire correspondre l’ambition à la réalité. Quatre domaines prioritaires ont émergé, chacun avec des défis et des opportunités spécifiques :

  • Aquaculture : les participant.e.s ont souligné le potentiel inexploité des eaux côtières exceptionnellement propres de Djibouti, notamment face à la demande régionale croissante en poisson frais. Toutefois, de grandes lacunes logistiques persistent : manque d’infrastructures, absence de chaîne du froid et de laboratoire de certification sanitaire.

Dr Ouedraogo a évoqué des pistes d’innovation : « L’aquaculture en cage à recirculation, dont la viabilité a été prouvée au Kenya, pourrait réussir ici si elle est associée à l’énergie solaire et à des mécanismes de crédits carbone. »

  • Dattiers : l’ICBA a souligné que le climat de Djibouti ressemble à celui de la péninsule arabique — idéal pour cultiver des variétés de dattiers tolérantes au sel. Les producteur.rice.s locaux.ales ont insisté sur la nécessité d’un accès sécurisé à l’eau. En réponse, le CSAIP propose d’évaluer l’irrigation goutte-à-goutte alimentée par énergie solaire, couplée à des unités de dessalement modulaires adaptées aux conditions locales.
  • Élevage caprin : essentiel aux moyens de subsistance ruraux, l’élevage caprin est confronté à des défis liés à la chaleur : les températures extrêmes augmentent la mortalité des troupeaux. Le CSAIP propose la sélection de traits de tolérance à la chaleur et la valorisation maximale des sous-produits — comme le fromage et le cuir — pour améliorer les revenus des éleveur.euse.s.
  • Serres et hydroponie : ce sujet a suscité un vif intérêt.

« Dans un pays à faible superficie cultivable, chaque mètre carré doit produire plus, mieux, avec moins d’eau », a déclaré Dr Ouedraogo.

Il a mis en avant des fermes hydroponiques kényanes utilisant jusqu’à 90 % moins d’eau que les systèmes en plein champ. La feuille de route recommande de lancer une fenêtre dédiée à l’incubation Agtech et un fonds de garantie pour soutenir les entrepreneur.e.s jeunes et les femmes – deux leviers essentiels pour une adoption durable.

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Vers une stratégie nationale et un financement durable

Combiner des fonds de garantie public-privé et des lignes de crédit vertes ; et enfin, mettre en place des incubateurs Agtech ainsi que des programmes de formation inclusifs pour doter les jeunes et les femmes des compétences nécessaires. Ces priorités alimenteront la stratégie nationale que le comité interministériel (Économie, Agriculture, Ressources en eau), appuyé par des partenaires techniques tels que le CGIAR, devrait finaliser d’ici septembre 2025, en amont de la table ronde bailleur.euse.s-investisseur.euse.s de fin d’année.

Chaque partenaire a déjà défini son appui : la Banque africaine de développement explore un financement via sa fenêtre « Avantage Adaptation », le FIDA prépare un mécanisme dédié aux petit.e.s producteur.rice.s, et la Banque mondiale prévoit d’aligner son projet « Développement des chaînes de valeur agroalimentaires » avec la feuille de route à venir. Tous se sont engagé.e.s à utiliser une matrice commune d’indicateurs afin d’éviter les chevauchements et les lacunes.

Dans la mise en œuvre de ces initiatives, l’Alliance pourrait jouer un rôle moteur en proposant des solutions numériques et climato-intelligentes adaptées aux quatre chaînes de valeur prioritaires. À ce titre, elle pilote actuellement un projet pilote d’extension numérique dans le cadre du programme « Renforcer la résilience pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans la Corne de l’Afrique » (BREFONS). Par ailleurs, l’Alliance a élaboré une stratégie numérique pour Djibouti, qui pourrait être mise en œuvre dans le cadre de ces initiatives.