From the Field Des objectifs ambitieux du marché du carbone aux avantages pour les petits exploitants agricoles en Éthiopie
Le 4 mai 2026, l’Alliance entre Bioversity International et le CIAT a réuni des parties prenantes à Addis-Abeba, en Éthiopie, afin d’étudier comment le cadre émergent du marché du carbone dans ce pays peut permettre de transformer le financement climatique en avantages concrets pour les petits agriculteurs.
Organiser la discussion
Dans le cadre de son soutien à la recherche en faveur de CompensACTION, une initiative internationale multipartite lancée par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) afin de promouvoir des mécanismes de financement innovants qui récompensent les pratiques agricoles durables et la gestion des terres contribuant aux services écosystémiques, l’Alliance de Bioversity International et du CIAT a organisé un atelier à Addis-Abeba le 4 mai 2026. Cet atelier a soutenu la mise en œuvre de CompensACTION en Éthiopie par l’intermédiaire du Fonds international de développement agricole (FIDA) et a examiné comment le cadre émergent du marché du carbone en Éthiopie pourrait se traduire par des opportunités pour l’agriculture des petits exploitants. Il s’est appuyé sur un rapport récent du CGIAR examinant comment les marchés volontaires du carbone et l’article 6 peuvent contribuer à étendre les paiements agricoles pour les services écosystémiques.
L'atelier a réuni 26 participants, dont environ un tiers de femmes, issus des ministères éthiopiens de l'Agriculture et de la Planification et du Développement, FIDA, Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH, Vita Impact, ainsi que des organisations partenaires. Les discussions ont établi un lien entre les ambitions de l’Éthiopie en matière de marché du carbone et les exigences pratiques liées à la mise en œuvre des activités, à la mobilisation de financements, à la mesure des résultats climatiques et à l’apport d’avantages concrets aux agriculteurs.
L'opportunité identifiée
Contribution déterminée au niveau national de l'Éthiopie (NDC) 3.0 et la stratégie nationale relative au marché du carbone 2025–2035 fournissent un cadre pour mobiliser les financements liés au carbone afin de soutenir les priorités du pays en matière de climat et de développement, y compris son engagement futur au titre de l’article 6 de l’Accord de Paris. En matière d’agriculture et d’utilisation des terres, les domaines prioritaires comprennent l’agroforesterie, l’agriculture régénérative et adaptée au climat, la gestion durable des terres et la restauration des paysages. La NDC 3.0 identifie des potentiels d’atténuation d’ici 2035 de 9,5 MtCO₂e provenant de l’élevage, 1,4 MtCO₂e provenant des sols gérés et 128,7 MtCO₂e provenant de l’utilisation des terres et de la foresterie, tout en visant la mise en œuvre de pratiques intelligentes face au climat sur 37 millions d’hectares de terres cultivées pluviales.
S’appuyant sur le programme phare du FIDA « Programme d’adaptation renforcée pour l’agriculture paysanne » (ASAP+), CompensACTION explore les opportunités de financement du carbone via le marché volontaire du carbone (VCM) pour l’agroforesterie et les fourneaux améliorés. Les projets pilotes s’appuient sur les systèmes de distribution existants et les réseaux de petits exploitants pour évaluer si les paiements liés aux services écosystémiques et au carbone peuvent compléter d’autres sources de financement. Dans le cadre formel des résultats du projet, 8 150 foyers sont ciblés au titre du résultat n° 1 pour l’adoption de technologies et de pratiques durables sur le plan environnemental et résilientes face au changement climatique. Des activités d’agroforesterie sont prévues sur 44 sites ciblés, offrant ainsi l’occasion de tester des approches en matière de financement du carbone, de participation des petits exploitants et de mise à l’échelle future.
L’opportunité va au-delà des crédits carbone. Elle réside dans la combinaison de sources de financement complémentaires afin de déployer à grande échelle des pratiques efficaces et de soutenir les revenus, la productivité, la résilience et l’accès à l’énergie des ménages de petits exploitants.
Principaux obstacles à la mise en œuvre et à la généralisation des projets de réduction des émissions de carbone menés par les petits exploitants agricoles
Les participants à l'atelier ont souligné que le potentiel du marché du carbone ne suffit pas à lui seul à garantir la viabilité des programmes ni les avantages pour les petits exploitants. Les projets agricoles et liés à l’énergie domestique impliquent des coûts initiaux élevés, des acteurs dispersés, des résultats modestes en matière d’atténuation et des exigences de suivi complexes. Les coûts liés au développement, à l’agrégation, au suivi, au rapport et à la vérification (MRV), ainsi qu’à la certification, peuvent être élevés par rapport aux recettes issues du carbone.
L’un des principaux défis réside dans le décalage temporel entre les investissements et les recettes liées aux résultats. L’agroforesterie nécessite un financement précoce pour l’organisation, la mise en place et le suivi, tandis que les programmes de fourneaux de cuisson exigent des investissements dans le déploiement technologique et l’engagement des utilisateurs. Les recettes liées au carbone ne sont générées qu’après vérification des résultats d’atténuation, alors que leur calendrier et leur valeur restent incertains. Un financement initial et complémentaire est donc nécessaire.
La viabilité financière doit être démontrée plutôt que supposée. Elle dépend du potentiel et de l’ampleur de l’atténuation, des coûts de mise en œuvre et de MRV, des exigences de certification, des prix du carbone, du calendrier et des risques liés aux recettes, ainsi que des avantages dont bénéficient les ménages. Le MRV doit trouver un équilibre entre l’intégrité environnementale, la faisabilité pratique et l’accessibilité financière. Les recettes du carbone devraient renforcer — et non se substituer à — les avantages de ces activités en termes de productivité, de résilience, d’accès à l’énergie et de moyens de subsistance. Des mesures de sauvegarde, un partage transparent des bénéfices et un engagement des agriculteurs fondé sur la confiance sont essentiels à une participation équitable des femmes et d’autres groupes potentiellement marginalisés.
Les activités de VCM ne sont pas automatiquement éligibles au titre de l’article 6. Toute transition ou extension future nécessiterait une autorisation gouvernementale, une mise en conformité avec la contribution nationale déterminée (NDC) de l’Éthiopie et son cadre de marché du carbone, une comptabilisation appropriée, ainsi que le respect du mécanisme ou de l’accord bilatéral pertinent.
Comment CompensACTION, en Éthiopie, comble les lacunes et favorise la mise à l'échelle des initiatives
CompensACTION s'appuie sur ses activités d'agroforesterie et de promotion de fourneaux améliorés pour étudier ces défis dans le contexte des petits exploitants éthiopiens. Ce travail est dirigé par le FIDA, l'Alliance assurant la recherche d'accompagnement, tandis qu'Acorn et Vita Impact apportent leur expertise en matière de mise en œuvre. Dans un premier temps, l’évaluation examinera le potentiel d’atténuation, l’éligibilité méthodologique, l’échelle, les coûts de mise en œuvre et de certification, les recettes ainsi que les avantages pour les ménages. Le point de vue des petits exploitants sera pris en compte par le biais de consultations sur la faisabilité, les incitations, le partage des bénéfices et les obstacles à la participation.
Dans un deuxième temps, elle évaluera les options de MRV adaptées aux activités des petits exploitants, en s’appuyant sur l’expérience d’Acorn et de Vita Impact. L’évaluation comparera les approches MRV, les exigences en matière de données, les dispositions institutionnelles et les coûts afin d’identifier des options abordables qui préservent l’intégrité environnementale.
Troisièmement, cette étude évaluera comment les recettes issues du carbone pourraient être combinées avec les paiements pour services écosystémiques (PSE), les investissements publics, les subventions et les financements concessionnels ou mixtes, en tenant compte du fait que différentes sources de financement pourraient s’avérer nécessaires à différentes étapes.
Enfin, les conclusions et les points de vue des parties prenantes étayeront les échanges du FIDA avec les institutions gouvernementales afin de déterminer si des activités viables pourraient s’aligner sur la contribution nationale déterminée (CDN) de l’Éthiopie et son cadre relatif au marché du carbone, et soutenir un engagement futur au titre de l’article 6, sous réserve des priorités, des décisions et des autorisations. Lorsqu’un potentiel suffisant sera démontré, ces conclusions pourraient servir de base à des dossiers d’investissement et à la collaboration avec des partenaires de développement, des investisseurs, des prestataires de services liés au marché du carbone et des acheteurs de crédits.
Dialogue multipartite en vue d'une mise en œuvre, d'un apprentissage et d'une action conjoints
L'atelier a permis d'instaurer un dialogue en vue d'une collaboration continue entre le gouvernement éthiopien, le FIDA, la GIZ, l'Alliance et d'autres partenaires, afin de relier les activités de CompensACTION au cadre en pleine évolution du marché du carbone en Éthiopie et aux priorités nationales. Sur la base des discussions menées à Addis-Abeba, trois actions prioritaires ont été identifiées :
- Évaluer dans quelle mesure les crédits carbone pourraient renforcer le soutien aux petits exploitants grâce aux activités de CompensACTION en matière d’agroforesterie et de fourneaux améliorés.
- Utiliser ces conclusions pour éclairer la réflexion du gouvernement sur l’article 6, sous réserve des priorités, décisions et autorisations nationales.
- Mobiliser des financements et un soutien technique pour des activités viables en élaborant des dossiers d’investissement et en impliquant les partenaires concernés des secteurs public, du développement, du marché et de la finance.
Les enseignements tirés peuvent également éclairer les efforts de CompensACTION dans d’autres pays et contribuer à un apprentissage plus large sur la manière de relier les programmes en faveur des petits exploitants aux marchés volontaires du carbone à haute intégrité et aux opportunités potentielles liées à l’article 6.
Remerciements
Cette note a été rédigée par Ciniro Costa Junior, Kyle Dittmer, Martina Melchiori, et Yodit Balcha (Alliance), Paraskevi Peglidou (FIDA) et le secrétariat de CompensACTION (Simone Gotthardt, Arne Brandschwede, Julia Bosshard, Elisa Romanato, Maike Moellers). L’atelier a bénéficié du soutien de l’Alliance, du Secrétariat de CompensACTION, de Jack Rossiter, de Paraskevi Peglidou, d’Elias Tedla Shiferaw, de Kadei Kadre et de Metadel Fentahun Asmare du FIDA, ainsi que de Louisa Pahlenkemper et d’Alexis Brakhan de la GIZ ; Alexis Massot et Anna Citterio d’EcoSecurities. Les auteurs tiennent à remercier chaleureusement les représentants du gouvernement éthiopien Benti Firdissa, Mecheal Hordofa, Nuredin Asaro et Yeshiwork Assefa pour leurs contributions, ainsi que tous les autres participants qui ont enrichi les discussions de l’atelier. L’atelier et la présente note d’information ont pu voir le jour grâce au financement du BMZ.
L'équipe de l'Alliance
Ciniro Costa Junior
Scientist
Kyle Dittmer
Researcher
Martina Melchiori
Senior Impact Officer, CGIAR Hub for Sustainable Finance (Impact SF)
Yodit Balcha
Climate Change Adaptation| Research Officer IIPour en savoir plus
