Research Articles Le coût de l'érosion des sols en Afrique subsaharienne : Pourquoi il faut agir maintenant
L’ampleur des pertes causées par l’érosion des sols en Afrique subsaharienne est alarmante. Chaque année, les agriculteur·rice·s perdent environ 50 kilogrammes de nutriments essentiels — azote, phosphore et potassium — par hectare de terre cultivée. Ces nutriments sont indispensables à la croissance des plantes et à la production alimentaire. Si l’on additionne ces pertes à l’échelle de toute la région, cela représente plus de 9 millions de tonnes de nutriments perdus chaque année. Leur remplacement par des engrais coûterait plus de 4 milliards de dollars américains par an. Or, pour la plupart des agriculteur·rice·s et de nombreux gouvernements de la région, ce coût est tout simplement trop élevé. Même lorsque des engrais sont utilisés, ils entraînent souvent des coûts cachés : leur production, leur transport et leur application dans les champs émettent de grandes quantités de gaz à effet de serre. Les émissions liées à l’utilisation d’engrais pour compenser l’érosion sont estimées entre 28 et 59 millions de tonnes de CO₂ par an, contribuant ainsi au changement climatique et aggravant les dommages environnementaux.
Au-delà du fardeau économique, l’érosion a des répercussions considérables sur la stabilité des rendements, la sécurité alimentaire et la nutrition humaine. Les sols touchés peuvent présenter des rendements inférieurs de 9 à 34 % pour certaines cultures comme le teff et le blé. Les nutriments perdus par les sols disparaissent aussi de notre alimentation, aggravant la malnutrition et contribuant à la « faim cachée » qui affecte plus de 2 milliards de personnes dans le monde. De plus, l’érosion peut réduire la capacité du sol à retenir l’eau jusqu’à 93 %, augmentant le risque de sécheresse et d’échec des récoltes.
Mais il ne s'agit pas seulement d'une question agricole - c'est une question économique, environnementale et humanitaire. Si rien n'est fait, l'érosion des sols rendra impossible la réalisation des objectifs de sécurité alimentaire de l'Afrique, sapera l'action en faveur du climat et aggravera la pauvreté rurale.
Heureusement, des solutions existent et elles fonctionnent. L'agriculture de conservation, la gestion intégrée de la fertilité des sols, l'agroforesterie et les structures peu coûteuses de contrôle de l'érosion, telles que les terrasses et les diguettes, peuvent réduire les pertes de nutriments, améliorer les rendements et restaurer les terres dégradées. Lorsqu'elles sont adoptées dans les bonnes combinaisons et soutenues par les bonnes politiques, ces pratiques offrent un réel retour sur investissement. En Éthiopie, par exemple, les mesures de conservation des sols ont permis d'obtenir des rapports coûts-avantages allant jusqu'à 1,51, ce qui prouve que les solutions basées sur la nature peuvent être à la fois efficaces et économiques.
Pour apporter un changement significatif, nous devons aller au-delà des exploitations agricoles et adopter une approche systémique à l'échelle du paysage. Cela implique d'aligner les efforts sur les propres objectifs de l'Afrique, tels que la Déclaration de Nairobi sur les engrais et la santé des sols et l'Agenda 2063 de l'Union africaine. Il est temps que les gouvernements, les donateurs et les partenaires du développement investissent avec audace dans la santé des sols africains, car un sol sain n'est pas seulement le fondement de l'agriculture ; c'est le fondement de la vie, des moyens de subsistance et d'un avenir durable pour le continent.
L'équipe
Job Kihara
Principal Scientist, Soil and Water Management
Boaz S. Waswa
Scientist
Michael Kinyua
Postdoctoral Fellow
Peter Bolo
Postdoctoral FellowContinuer à explorer
The Alliance at the Africa Fertilizer and Soil Health Summit 2024