From the Field Comment les agriculteur.rice.s kényan.e.s façonnent un avenir résilient
Présentée dans l’émission télévisée kényane populaire Shamba Shape Up, voici l’histoire d’un groupe d’agriculteur.rice.s du comté de Kisumu, à Nyando, qui transforment des exploitations fragmentées en pôles dynamiques d’innovation — tout en préservant les semences de demain.
Une terre autrefois oubliée
Pendant des décennies, les plaines de Nyando racontaient une histoire de difficultés. Les sols étaient épuisés, les pluies imprévisibles, et les terres restaient en friche ou réservées au pâturage depuis plus de trente ans. Les agriculteur.rice.s tentaient de cultiver du maïs, mais les pluies provoquaient des inondations qui engorgeaient la couche arable, tandis qu’en saison sèche, la terre se fissurait sous le soleil. Les familles ont fini par abandonner leurs terres, compromettant ainsi leurs moyens de subsistance.
Mais aujourd’hui, quelque chose de remarquable est en train de se produire.
Le pouvoir du rassemblement
Vue satellite de l’exploitation agricole regroupée d’Agoro, au Kenya. Source : Google Earth
Sur l’une des exploitations agricoles regroupées, Agoro East, quatre-vingt-trois agriculteur.rice.s ont uni leurs forces pour concrétiser une idée audacieuse : l’agriculture agrégée. Au lieu de travailler isolément sur de petites parcelles peu productives, ils et elles ont mis en commun leurs terres (52 acres au total) et leurs savoirs pour créer une seule exploitation prospère.
Avec l’appui de l’Alliance de Bioversity International et du CIAT, la communauté a transformé ces terres dégradées en un centre d’excellence de l’agriculture positive pour la nature. La ferme illustre l’agroécologie en action, où diversité et circularité sont les moteurs de la résilience.
Le petit mil, le sorgho, les haricots, les cultures racinaires et les légumes y poussent côte à côte. Des étangs piscicoles scintillent sous le soleil, tandis que le bétail pâture sur des fourrages qui servent également d’engrais organiques. Même les insectes ont leur rôle : une unité de mouches soldats noires produit des larves destinées à l’alimentation des volailles et des poissons, tandis que leur compost enrichit les sols. Rien n’est perdu : chaque déchet devient une ressource dans une économie circulaire qui s’auto-entretient.
Exemple du modèle d'économie circulaire de la ferme agrégée.
Source : Capture d'écran Shamba Shape Up.
Les agriculteur.rice.s se sont organisé.e.s en coopératives pour gérer collectivement et commercialiser leurs productions. La coopérative regroupe 108 producteur.rice.s, dont certain.e.s ne sont pas membres formel.le.s des exploitations agrégées, mais bénéficient tout de même de leurs infrastructures. Grâce à cette structure, ils et elles regroupent leurs récoltes pour une mise en marché collective, accèdent à des facilités de crédit et bénéficient de services de vulgarisation agricole.
Les graines de l'espoir : Conserver la biodiversité pour les générations futures
Cette transformation repose sur une vérité simple :tout commence par une graine. Et à Nyando, la résilience commence par la préservation de la diversité. C'est là qu'intervient la Kabudi Agoro Community Seedbank : une banque de semences communautaire détenue et dirigée par une femme, un lieu où la tradition rencontre l'innovation et où l'avenir de la sécurité alimentaire est préservé, une graine à la fois.
"Avant la banque de semences, j'allais loin, même sur les rives des fleuves, juste pour trouver la bonne variété de maïs", se souvient Njeri Ouma, agricultrice de Nyando."Aujourd'hui, j'obtiens tout ici.
La banque de semences fonctionne comme une institution financière, mais au lieu d'argent, elle stocke la vie. Les agriculteurs empruntent des semences et les restituent avec intérêt : un kilo de haricots emprunté, deux kilos restitués. Cela permet d'assurer la durabilité et de maintenir en vie les variétés indigènes.
Il y a huit ans, la sécheresse, les parasites et le manque d'accès à des semences de qualité ont rendu les agriculteurs vulnérables. Les variétés à longue saison n'étaient plus adaptées au climat changeant. La communauté, avec le soutien de ses partenaires, s'est donc approvisionnée en semences auprès des banques de gènes nationales du Kenya, de l'Ouganda et de la Tanzanie. Grâce à desessais participatifs, les agriculteurs ont sélectionné les variétés les mieux adaptées à leurs sols et à leur climat.
Aujourd'hui, la banque de semences renferme un trésor :
- 69 variétés de haricots
- 18 variétés de sorgho
- 8 variétés de maïs
- 15 légumes à feuilles africains
- 7 variétés de millet à doigts
- 5 variétés d'arachides
- et graines d'arbres
Les agriculteur.rice.s sont les gestionnaires et gardien.ne.s de leurs propres banques communautaires de semences. Source : Shamba Shape Up.
Les agriculteurs costariciens protègent les variétés dans leurs propres champs, créant ainsi un système de sauvegarde vivant. Pour plus de sécurité, les duplicata sont stockés dans la banque de gènes nationale - l'Institut de recherche sur les ressources génétiques de l'Organisation de recherche et d'élevage agricole du Kenya (GeRRI-KALRO).
La banque de semences ne se limite pas au stockage : il s'agit de conservation par l'utilisation. Les graines sont transformées en produits à valeur ajoutée : des farines composées pour les bébés et les adultes, et des légumes séchés qui prolongent la nutrition au-delà de la saison des récoltes. Les méthodes de conservation traditionnelles, comme le mélange de graines avec de la cendre ou de la poudre de chili, sont associées à des techniques modernes telles que les humidimètres et les billes de zéolite, afin de préserver la viabilité des graines pendant des années.
"Si vous ne l'utilisez pas, vous ne pouvez pas le conserver."Dr. Gloria Otieno, Alliance Scientist
Et ce principe façonne un avenir où les agriculteurs ne se contentent pas de survivre : ils prospèrent, avec des semences adaptées, diversifiées et profondément enracinées dans leur héritage.
Un modèle pour l'avenir
Cette approche intégrée, combinant l’agriculture agrégée et les banques communautaires de semences, dépasse le cadre d’une réussite locale. Elle constitue un modèle pour la sécurité alimentaire, la résilience climatique et les moyens de subsistance durables à travers l’Afrique. De plus, ces exploitations regroupées sont appelées à devenir un centre d’excellence régional pour les pratiques d’agriculture positive pour la nature et d’agroécologie.
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Les fermes agrégées et les banques de semences communautaires sont mises en œuvre au Kenya par l'Initiative du CGIAR sur les solutions positives pour la nature, et l'Alliance de Bioversity International et du CIAT, avec le soutien de l'Organisation de recherche sur l'agriculture et l'élevage du Kenya (KARLO), l'Institut international de gestion de l'eau (IWMI) et le Centre international de recherche agricole dans les zones sèches (ICARDA).
L'équipe
Yosef Gebrehawaryat Kidane
Senior Scientist - Biodiversity for food and agriculture
Gloria Otieno
Scientist II
José Luis Urrea-Benítez
Communications SpecialistPour en savoir plus