From the Field Renforcer les systèmes alimentaires résilients face au climat grâce à l’apprentissage mutuel et à l’innovation : visite de parties prenantes dans des fermes agrégées et des banques communautaires de semences dans le comté de Kisumu, au Kenya
En juin 2025, une visite de terrain multipartite a été menée pour évaluer et renforcer le rôle des fermes agrégées et des banques de semences communautaires dans la promotion de l'agriculture résiliente au climat dans le comté de Kisumu, au Kenya. La visite, organisée dans le cadre du projet Biodiversité pour des écosystèmes résilients dans les paysages agricoles (B-REAL), a été menée par l'Alliance de Bioversity International et du CIAT en collaboration avec le gouvernement du comté de Kisumu et des représentants de l'Institut Coady, au Canada. La délégation a visité les fermes agrégées d'Agoro East et de Jimo East ainsi que les banques de semences des communautés de Nyando et de Kabudi Agoro.
Cet engagement a servi de plateforme d’apprentissage mutuel pour évaluer des modèles locaux d’adaptation au climat, de conservation de la biodiversité et de moyens de subsistance durables, tout en explorant des mécanismes permettant de les étendre grâce à un soutien institutionnel et politique.
Faire progresser l'action climatique infranationale grâce à des partenariats institutionnels
Le gouvernement du comté de Kisumu, représenté par Mme Judith Oluoch, membre du Comité exécutif du comté (CECM) pour l’Eau, l’Environnement, les Ressources naturelles et le Changement climatique, a souligné l’engagement du comté à promouvoir des approches inclusives et innovantes pour une agriculture résiliente face au climat. Un accent particulier a été mis sur le rôle des femmes dans l’adaptation au climat et la sécurité alimentaire des ménages, renforçant ainsi les priorités politiques sensibles au genre.
La CECM a reconnu l’importance des innovations agricoles communautaires facilitées par l’Alliance, en soulignant leur potentiel à servir de pôles de démonstration pour l’échange de connaissances et la reproduction des initiatives à travers le comté de Kisumu et les régions voisines.
L’initiative a favorisé une collaboration intersectorielle, mobilisant plusieurs départements du comté, notamment l’Agriculture, la Pêche, le Développement de l’Élevage et l’Irrigation ; les Terres, la Planification physique, le Logement et le Développement urbain ; l’Eau, l’Environnement, les Ressources naturelles et le Changement climatique ; le Commerce et le Développement des coopératives ; l’Éducation, la Formation technique et les Services d’innovation ; ainsi que le Genre, la Jeunesse et les Services sociaux — reflétant une approche holistique et pluridépartementale du développement des systèmes alimentaires durables.
Intégrer les perspectives mondiales dans les écosystèmes d'innovation locaux
Les délégué·e·s du Coady Institute ont apporté des éclairages sur les modèles mondiaux de résilience dirigés par les communautés, en soulignant l’importance d’adaptations spécifiques au contexte et des échanges d’apprentissage Sud-Sud. Les représentant·e·s ont relevé une forte convergence entre les initiatives locales menées à Kisumu et les meilleures pratiques internationales en matière d’agriculture résiliente face au climat, en particulier celles qui mettent l’accent sur l’autonomie des agriculteur·rice·s, la recherche participative et les modèles coopératifs et d’entreprises sociales.
La visite a mis en évidence l’importance de l’échange mutuel de connaissances, où l’expertise mondiale s’enrichit de l’innovation locale, favorisant ainsi des réseaux d’apprentissage équitables et adaptatifs.
Les fermes et les banques de semences en tant que centres de connaissances et d'innovation
Les fermes agrégées et les banques communautaires de semences ont été reconnues non seulement comme des unités de production, mais aussi comme des pôles essentiels pour la formation des agriculteur·rice·s, la conservation de l’agrobiodiversité et l’apprentissage expérientiel. Les participant·e·s ont proposé de renforcer les partenariats avec les établissements d’enseignement et de formation techniques et professionnels (TVET) afin de formaliser ces parcours d’apprentissage, en ciblant particulièrement les jeunes et les femmes.
L’initiative s’appuie sur le modèle de co-création défendu par le projet B-REAL et précédemment mis en œuvre dans le cadre de l’initiative « Solutions positives pour la nature » du CGIAR. Cette approche place au centre le leadership des agriculteur·rice·s, la prise de décision participative et la gestion intégrée des écosystèmes.
Partenariats stratégiques pour la sécurité alimentaire, la paix et la résilience
La Dre Gloria Otieno, spécialiste des ressources génétiques et des politiques de sécurité alimentaire à l’Alliance, a réaffirmé l’importance stratégique d’aligner les actions communautaires sur les objectifs régionaux et mondiaux de transformation des systèmes alimentaires. Elle a souligné que l’initiative ne répond pas seulement à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, mais qu’elle touche également aux dimensions plus larges de la cohésion sociale et de la consolidation de la paix face aux pressions climatiques.
Les dirigeant·e·s communautaires ont exprimé leur optimisme quant aux retombées économiques et écologiques à long terme de l’initiative. Selon Philip Atieno, président de la ferme agrégée d’Agoro East, le projet contribue à un changement transformateur et offre des opportunités de mise à l’échelle grâce à l’investissement collaboratif et aux partenariats de connaissances.
Engagement coordonné de plusieurs parties prenantes
La visite a souligné l’importance d’un engagement coordonné de multiples parties prenantes dans le développement de systèmes agroalimentaires résilients face au climat, inclusifs et durables. En s’appuyant sur les fermes agrégées et les banques communautaires de semences comme plateformes d’innovation et de renforcement des capacités, le projet B-REAL illustre une approche holistique de la transformation rurale, fondée sur la biodiversité, l’équité et les savoirs adaptés localement.
Les membres de la communauté ont exprimé leur optimisme quant au fait que l’initiative transformerait non seulement leurs terres, mais aussi leur situation économique. « Nous assistons progressivement à la transformation de cet endroit et nous envisageons avec patience l’avenir où nous atteindrons l’autonomisation économique grâce à cette initiative », a déclaré Philip Atieno, président de la ferme agrégée d’Agoro East.
Il a lancé un appel à davantage de partenaires, affirmant que les communautés étaient non seulement ouvertes aux partenariats, mais aussi à l’échange de connaissances pour une agriculture et des systèmes alimentaires transformateurs.
Pap Kadundo s'engage pour une agriculture respectueuse de la nature à Kisumu
Début juillet, une délégation du gouvernement du comté de Kisumu, conduite par la CECM en charge de l’Eau, de l’Environnement, du Changement climatique et des Ressources naturelles, a rejoint des scientifiques de l’Alliance, dirigés par la Dre Gloria et accompagnés de M. Willis Atie, pour une visite des installations de Pap Kadundo, dans le sous-comté de Seme. Initialement créé comme centre de biotechnologie et d’innovation, le site est actuellement géré par l’Awach River Central Water Resource Users Association, qui regroupe 69 membres engagés dans la production de plants d’arbres pour la réhabilitation des berges et la protection du bassin versant. L’objectif de la visite était d’explorer les moyens de transformer ce site en un centre d’innovations « nature-positive », incluant la mise en place d’une banque communautaire de semences et diverses activités agro-commerciales.
Le gouvernement du comté a exprimé son intérêt pour une collaboration avec l’Alliance afin de réaffecter les infrastructures existantes du site en une nouvelle banque communautaire de semences. D’autres projets prévoient une évaluation participative des variétés de cultures indigènes et la promotion de l’agroforesterie à travers des pépinières communautaires, en ciblant particulièrement les femmes et les jeunes. Les dirigeant·e·s communautaires ont été invité·e·s à accroître la participation des femmes à la gestion des banques de semences et des pépinières, tout en veillant à ce que le site reste propre et dynamique.
Les principaux axes du projet incluent l’identification de zones appropriées pour la mise en œuvre de techniques « nature-positive » et l’élaboration de stratégies pour combler les lacunes observées lors de la visite. Des préparatifs sont en cours pour aligner les activités sur la saison des pluies attendue d’octobre à décembre (OND), notamment en promouvant des cultures tolérantes à la sécheresse et à forte valeur ajoutée comme le sorgho et le mil. Des plans sont également prévus pour la préparation des terres, la rénovation des structures existantes, le renforcement des clôtures et la protection des berges, afin d’améliorer la durabilité et la résilience de l’écosystème local.