From the Field Accélérer l'agroécologie à partir de la base grâce à la formation ABCD à Kiserian
En mars 2026, des petit.e.s exploitant.e.s agricoles de Kiserian, au Kenya, ont participé à une formation ABCD de quatre jours dans le cadre du programme Paysages Multifonctionnels du CGIAR afin de renforcer l’agroécologie en passant d’une approche fondée sur les déficits à un développement communautaire axé sur les ressources et porté par les communautés.
À Kiserian, dans le comté de Kajiado, des acteur.rice.s des systèmes alimentaires se sont réuni.e.s pour une formation intensive de quatre jours autour du thème : l'accélération de l'agroécologie grâce à l'approche du développement communautaire basé sur les actifs (ABCD) : Accélérer l'agroécologie grâce à l'approche du développement communautaire basé sur les actifs (ABCD), une activité ancrée dans le programme scientifique Paysages multifonctionnels (MFL) du GCRAI. Accueilli au Community Sustainable Agriculture and Healthy Environment Program (CSHEP), à Kiserian, l'atelier, qui s'est déroulé du 3 au 6 mars 2026, a réuni principalement des petits exploitants agricoles pratiquant l'agroécologie et cherchant à approfondir la compréhension de ses aspects économiques, sociaux et écologiques pour une meilleure fondation.
Au cœur du projet se trouve la reconnaissance d’un écart critique dans de nombreuses transitions agroécologiques. Bien que les fondements écologiques de la diversification, de la régénération des sols et de la réduction des intrants externes soient largement reconnus, les agriculteur.rice.s restent confronté.e.s à des contraintes structurelles. Celles-ci incluent une faible maîtrise financière, des systèmes de commercialisation fragmentés et un faible pouvoir de négociation.
La formation a répondu à cette réalité en introduisant l’approche ABCD, une méthode qui reconnaît les forces, les dons, les talents et les ressources des individus et des communautés, et qui aide les communautés à les mobiliser et à les valoriser pour un développement durable. L’approche ABCD met l’accent sur les ressources et les capacités plutôt que sur les besoins et les insuffisances. L’énergie est ainsi orientée vers les opportunités existantes au niveau communautaire, tout en restant attentive à la manière dont l’environnement politique peut être transformé afin de renforcer davantage la capacité des communautés à conduire leur propre développement.
La première journée de l’atelier a donné le ton conceptuel. Les participant.e.s ont commencé par remettre en question les récits fondés sur les déficits, qui définissent souvent les communautés rurales à travers une logique de rareté.
À travers des sessions telles que « Abandonner les déficits » et « Le verre à moitié plein / à moitié vide », les agriculteur.rice.s ont été encouragé.e.s à reconnaître leurs capacités, leurs ressources et leurs forces au sein de leurs propres ménages et communautés, tout en développant une pensée positive dans tous les aspects de la vie.
Au cours de cette session, les participant.e.s ont inscrit leurs difficultés et leurs déficits sur des papiers. En guise de symbole pour s’en libérer, ils.elles ont rassemblé ces feuilles et les ont brûlées collectivement.
Après cet exercice, un.e participant.e a déclaré :
« J’ai l’impression que mon esprit est apaisé. J’avais beaucoup de perceptions négatives qui pesaient sur moi. Je suis heureux.se d’avoir laissé ces problèmes derrière moi. »
Les participants à l'atelier brûlent leurs déficits écrits. Crédit photo : Kevin Onyango, Alliance de Bioversity International et CIAT
Une session d’entretiens appréciatifs et de narration a ensuite été organisée, offrant à chaque participant.e l’occasion de partager une histoire de réussite tirée de son expérience personnelle. Cet exercice a mis en lumière des parcours marqués par la résilience, l’innovation et l’entraide communautaire.
Parmi les témoignages les plus marquants figurait celui d’une participante qui, dans son effort quotidien pour nourrir sa famille, s’était rendue au marché local du bétail afin d’acheter une chèvre. Bien qu’elle ait initialement prévu d’en acheter une seule, elle en a finalement acheté trois, les prix étant plus bas qu’elle ne l’avait imaginé.
Grâce au soutien de sa famille et aux encouragements de ses voisin.e.s, elle a transformé cette activité de subsistance en une entreprise rentable d’élevage caprin. En seulement quatre ans, elle possède désormais un élevage de 35 chèvres et fournit des chèvres vivantes destinées à l’abattage au sein de la communauté. Elle a ajouté que cette activité avait profondément transformé la situation économique de son ménage et a encouragé les autres participant.e.s à poursuivre leurs passions.
Après la session de narration, les participant.e.s ont pris part à un exercice de cartographie des compétences utilisant l’outil ABCD « Heads, Hands and Hearts » ainsi que des inventaires collectifs de capacités. L’objectif était de rendre visibles les capitaux humains et sociaux qui restent souvent sous-évalués dans les modèles formels de développement agricole au sein de la communauté.
L’agriculture, le compostage, le tissage, la cuisine et la danse, entre autres, ont été identifiés comme des compétences pratiques. À l’inverse, la gestion agricole, la gestion financière, le marketing, la recherche et l’analyse de données ont été citées comme des compétences intellectuelles. En outre, la compassion, la passion, l’empathie, l’éducation des enfants et le patriotisme ont été reconnus comme des compétences émotionnelles.
Cette redéfinition fondée sur les forces ne relève pas d’un optimisme abstrait. Elle constitue un repositionnement stratégique des agriculteur.rice.s en tant que détenteur.rice.s de connaissances et acteur.rice.s économiques.En identifiant les ressources humaines, sociales, physiques et naturelles, les participant.e.s posent les bases d’une planification plus cohérente et d’une action collective renforcée.
Les participants à l'atelier discutent et cartographient les compétences/capacités intellectuelles, physiques et émotionnelles sous la direction des formateurs. Crédit photo : Kevin Onyango, Alliance de Bioversity International et CIAT
Lors de la deuxième journée, l’atelier s’est concentré sur l’analyse des systèmes sociaux, institutionnels et écologiques du paysage de Kiserian. À travers des exercices de cartographie des associations et des institutions, les agriculteur.rice.s ont analysé les réseaux qui structurent leurs environnements de production et de commercialisation agroécologiques. Ils ont identifié à la fois les liens favorables et les contraintes existant avec les coopératives, les autorités locales, les acheteur.euse.s, ainsi que les acteur.rice.s religieux.ses et de la société civile.
Une participante présente une liste d'associations et d'institutions dans la communauté.
Victoria Apondi, l'une des animatrices de l'atelier ABCD, explique les concepts. Crédit photo : Kevin Onyango, Alliance de Bioversity International et CIAT
La cartographie des infrastructures et des ressources naturelles a ensuite permis de replacer les pratiques agroécologiques dans leur contexte paysager. Une marche de transect est venue compléter ces discussions, en ancrant l’analyse dans les réalités vécues et l’observation de l’environnement.
Ce processus de cartographie à plusieurs niveaux favorise une pensée systémique. L’agroécologie y est présentée non pas simplement comme un ensemble de pratiques agricoles, mais comme une approche intégrée des systèmes alimentaires nécessitant un alignement entre les acteur.rice.s, les ressources et les institutions.
Les troisième et quatrième journées ont introduit l’un des volets les plus transformateurs de la formation : l’analyse du « seau percé » (Leaky Bucket analysis). Aux niveaux communautaire, ménager et des chaînes de produits, les participant.e.s ont analysé les flux économiques entrants et sortants. Ils.elles ont étudié où la valeur est créée, où elle s’échappe et comment les multiplicateurs économiques locaux pourraient être renforcés. En examinant les dynamiques agricoles et non agricoles, les participant.e.s ont pris conscience des fuites économiques souvent invisibles qui compromettent la rentabilité et l’accumulation de valeur.
Cet exercice a permis de faire passer l’agroécologie des principes théoriques à une logique de performance concrète. Il a fourni des éléments pour une prise de décision éclairée et encouragé une transition vers une approche agroentrepreneuriale sans compromettre l’intégrité écologique. Un plan d’action communautaire traduisant ces enseignements en engagements concrets a ensuite été élaboré de manière participative.
L’atelier ABCD organisé à Kiserian a permis d’initier avec succès une transformation profonde des perspectives locales de développement, en faisant évoluer les participant.e.s d’une approche fondée sur les déficits vers une approche centrée sur les ressources et la durabilité à travers l’agroécologie.
Grâce à l’introduction d’outils et de concepts pratiques, les participant.e.s ont acquis une meilleure compréhension des flux économiques communautaires et ménagers, leur permettant de visualiser et de concevoir des interventions stratégiques pour retenir et accroître la valeur économique locale.
L’un des moments forts de l’atelier a été l’enthousiasme suscité par l’utilisation du récit et du partage d’expériences comme outils favorisant l’unité, le soutien mutuel et l’apprentissage continu entre pairs au sein de la communauté de Kiserian.
Cette volonté collective et ces efforts collaboratifs ont abouti à l’élaboration d’un plan d’action communautaire, témoignant d’un engagement vers l’autonomie. Les membres de la communauté disposent désormais des outils nécessaires pour conduire leur propre trajectoire de développement en s’appuyant sur les forces déjà présentes à Kiserian.
Continuer à explorer