Blog Renforcement des services kenyans de conseil climatique numérique pour le « dernier kilomètre »
56 formateurs principaux issus de 14 comtés du Bloc économique de la région des lacs se sont réunis à Kisii afin de renforcer les services de conseil en matière de climat numérique dans le cadre du projet TUNZA de la FAO et du Fonds vert pour le climat (GCF), lançant ainsi un processus en cascade qui permettra à environ 1 200 agents de vulgarisation d'acquérir des compétences en matière de conseil climatique.
La formation des formateurs sur les services intégrés de conseil climatique numérique (DCAS) a réuni des responsables nationaux et régionaux, des experts du climat et des agents de vulgarisation au Centre de formation agricole de Kisii, témoignant ainsi d’un engagement commun à renforcer les services climatiques au service de la résilience agricole. L'atelier a été officiellement inauguré par Elijah Okemwa, membre du comité exécutif du comté de Kisii chargé de l'agriculture, de l'élevage, de la pêche, du développement coopératif et de l'irrigation. Il était accompagné d’Agnes Kemunto, responsable en chef du même département ; de Bernard Chanzu, directeur de l’Institut de formation et de recherche météorologiques (IMTR) ; Benjamin Onyacha du Bloc économique de la région des lacs (LREB) ; ainsi que d’autres hauts responsables gouvernementaux, témoignant ainsi du large partenariat institutionnel qui sous-tend cette initiative.
Leur présence signifiait bien plus qu’un simple soutien à un atelier de formation. Elle reflétait une prise de conscience croissante du fait que, bien que le Kenya ait réalisé d’importants investissements pour produire des informations météorologiques et climatiques, la véritable mesure du succès réside dans la garantie que ces informations parviennent aux agriculteurs sous une forme qu’ils peuvent comprendre et utiliser pour prendre de meilleures décisions.
Des prévisions saisonnières sont établies avant chaque saison des semis, les prévisions à sept jours sont régulièrement mises à jour et les produits climatiques spécifiques à chaque département ne cessent de s’améliorer. Pourtant, pour de nombreux agriculteurs, le défi n’a jamais résidé dans la disponibilité des prévisions, mais plutôt dans la capacité à comprendre ce que ces prévisions impliquent pour les décisions qu’ils doivent prendre au sein de leur exploitation.
Un éleveur laitier doit-il récolter son fourrage avant l’arrivée de fortes pluies ? Est-ce la bonne semaine pour épandre de l’engrais sur le maïs ? Un éleveur de volaille doit-il se préparer à une hausse des températures ? Quel est le moment le plus sûr pour pulvériser les cultures, récolter les produits ou planter de nouveaux semis ?
Pour répondre à ces questions, il faut plus que de simples informations météorologiques. Il faut pouvoir compter sur des personnes de confiance capables d’interpréter les données climatiques, de les traduire en conseils pratiques et de les communiquer de manière à ce que les agriculteurs puissent les comprendre et agir en conséquence.
Telle est la vision qui sous-tend la formation des formateurs sur les services intégrés de conseil climatique numérique (DCAS), mise en œuvre dans le cadre du Fonds de la FAO Fonds vert pour le climat (FVC) projet TUNZA. L’atelier a réuni 56 formateurs principaux issus des 14 comtés du Bloc économique de la région des lacs (LREB), parmi lesquels des directeurs départementaux de l’agriculture, des directeurs départementaux des services météorologiques et des agents de vulgarisation agricole départementaux. Loin d’être une fin en soi, cette formation a marqué la première étape d’une approche de renforcement des capacités en cascade. Désormais dotés de compétences pratiques en matière d’analyse des risques climatiques, de services climatiques, d’interprétation des prévisions, d’élaboration de conseils, de diffusion numérique, de conseils spécifiques aux chaînes de valeur, d’animation et de planification de la mise en œuvre au niveau des comtés, les formateurs principaux vont retourner dans leurs comtés respectifs pour former environ 1 200 agents de vulgarisation agricole de première ligne. Grâce à cette approche en cascade, l’initiative renforcera la capacité des systèmes de vulgarisation à traduire la science du climat en conseils localisés et exploitables qui aident les agriculteurs à prendre des décisions éclairées et à renforcer leur résilience face au changement climatique.
Plutôt que de considérer les informations climatiques comme un produit isolé, la formation a incité les participants à réfléchir à l’ensemble du parcours, de la production des prévisions à l’action des agriculteurs. Chaque session a réaffirmé un principe simple mais puissant : une prévision ne crée de la valeur que lorsqu’elle modifie une décision.
Elijah Okemwa, membre du comité exécutif du comté de Kisii chargé de l'agriculture, inaugure officiellement la formation des formateurs du DCAS, qui permettra de transmettre les compétences en matière de conseil climatique à environ 1 200 agents de vulgarisation agricole dans l'ensemble du Bloc économique de la région des lacs.
Les ateliers de travail en groupe ont permis aux participants d'acquérir une expérience pratique dans l'interprétation des informations climatiques et l'élaboration d'avis climatiques numériques axés sur les agriculteurs.
Les participants ont commencé par examiner les réalités climatiques auxquelles est confronté l’ouest du Kenya. Dans l’ensemble du Bloc économique de la région des lacs, la hausse des températures, la modification des régimes pluviométriques, les périodes de sécheresse prolongées et les épisodes pluvieux plus intenses affectent déjà l’agriculture. Cependant, ces impacts varient d’un comté à l’autre, voire entre des communautés voisines. Les participants ont réfléchi à la manière dont la topographie locale, la proximité du lac Victoria et la diversité des conditions agroécologiques créent des microclimats distincts, rendant les avis localisés indispensables plutôt que facultatifs.
L’attention s’est ensuite portée sur la compréhension de l’écosystème des services climatiques au Kenya. À travers des exercices interactifs, les participants ont répertorié les institutions impliquées dans la production, la traduction, la diffusion et l’utilisation des informations climatiques. Ils ont examiné comment des organisations telles que l’Autorité des services météorologiques du Kenya (KMSA), les administrations des comtés, les chercheurs agricoles, les services de vulgarisation et les groupes d’agriculteurs contribuent chacune à la fourniture de services climatiques. Il est important de noter que les discussions ont souligné que l’efficacité des services climatiques dépend non seulement de prévisions précises, mais aussi d’une coordination solide entre les institutions et d’un retour d’information continu de la part des agriculteurs.
L’une des sessions les plus concrètes de l’atelier a porté sur l’interprétation des informations climatiques. Les participants ont travaillé directement avec les produits de prévision de la KMSA, apprenant à expliquer la probabilité et l’incertitude dans un langage compréhensible par les agriculteurs. Ils ont exploré comment les prévisions saisonnières soutiennent les décisions stratégiques, tandis que les prévisions à court terme guident les opérations agricoles au quotidien. Plutôt que de présenter les prévisions comme des certitudes, la formation a mis l’accent sur l’aide apportée aux agriculteurs pour comprendre les risques et se préparer à plusieurs scénarios possibles grâce à des options pratiques et à faible risque de regret.
L'apprentissage a pris une dimension encore plus pratique lorsque les participants ont transformé de véritables prévisions météorologiques en avis spécifiques à chaque filière. Travaillant en groupes, ils ont formulé des recommandations pour les cultures et l'élevage, ont examiné mutuellement leurs travaux et ont affiné leurs messages afin de s'assurer qu'ils soient concrets, adaptés au contexte local et réalisables. Cet exercice a permis de réaffirmer que des avis efficaces ne se résument pas à de simples résumés météorologiques. Ils doivent répondre aux questions que se posent quotidiennement les agriculteurs : « Que signifie cette prévision pour moi ? Que dois-je faire différemment ? Quand dois-je agir ? »
Conscients que l’information n’est utile que lorsqu’elle parvient aux personnes concernées, les participants à l’atelier ont également exploré divers canaux de communication pour diffuser ces avis. Ils ont conçu des messages adaptés aux SMS, à WhatsApp, aux radios communautaires et aux écoles pratiques d’agriculteurs, tout en tenant compte de l’inclusion numérique. Les discussions ont souligné que les plateformes numériques devaient compléter, et non remplacer, les échanges en face à face, en particulier pour les femmes, les agriculteurs âgés et les communautés disposant d’une connectivité limitée. La combinaison des canaux de communication numériques et traditionnels garantit que les informations climatiques restent accessibles, fiables et exploitables.
L’atelier a également réaffirmé que les avis climatiques devaient refléter les réalités des systèmes agricoles locaux. Au cours de sessions animées par des spécialistes des cultures et de l’élevage, les participants ont examiné comment les informations climatiques peuvent étayer les décisions dans six chaînes de valeur prioritaires : les produits laitiers, la volaille, le café, le thé, les arbres fruitiers et les légumes-feuilles africains. Les avis ont été formulés non seulement en fonction de la production, mais aussi de la récolte, de la transformation, du stockage et de la commercialisation, en reconnaissant que les risques climatiques affectent l’ensemble de la chaîne de valeur agricole.
Il était tout aussi important de préparer les participants à devenir eux-mêmes formateurs. En s'appuyant sur des approches de formation pour adultes issues des méthodologies des « écoles pratiques d'agriculteurs », les participants se sont exercés à des techniques d'animation lors de sessions de micro-enseignement, ont reçu des retours constructifs de leurs pairs et ont pris confiance en eux pour dispenser le programme de formation dans leurs propres départements. L'accent n'a pas été mis uniquement sur le transfert de connaissances techniques, mais aussi sur la création d'environnements d'apprentissage où les agriculteurs participent activement, posent des questions et appliquent les informations climatiques à leur propre contexte.
Les participants partagent les résultats de leurs discussions de groupe, favorisant ainsi l'apprentissage entre pairs et renforçant les approches pratiques pour la mise en œuvre de services de conseil numérique en matière de climat.
Les dernières sessions ont porté sur la suite du processus. Les équipes des comtés ont élaboré des projets de plans de déploiement couvrant la logistique, les budgets, les calendriers de formation et les mécanismes d’assurance qualité pour la formation en cascade. Ces plans constituent la feuille de route permettant d’étendre la formation au-delà de Kisii et dans les communautés de l’ensemble du Bloc économique de la région du lac, garantissant ainsi que les connaissances acquises lors de l’atelier se traduisent par un soutien concret pour les agents de vulgarisation de première ligne et, en fin de compte, pour les agriculteurs qu’ils accompagnent.
Cet atelier n’a jamais été conçu comme une fin en soi. Il a marqué le début d’un effort plus large visant à renforcer le système de conseil climatique du Kenya en développant les capacités de ceux qui sont les plus proches des agriculteurs. Lorsque les participants retourneront dans leurs comtés pour former les agents de vulgarisation, ils emporteront avec eux bien plus que des connaissances techniques. Ils apporteront une approche pratique permettant de transformer la science du climat en conseils opportuns, adaptés au contexte local et concrets, qui aideront les communautés agricoles à se préparer à l’incertitude, à réduire les risques climatiques et à renforcer leur résilience.
L'équipe
Aniruddha Ghosh
Senior Scientist
Desire Kagabo
Project Leader
Majambo Gamoyo
Postdoctoral Fellow
