2025 Annual Report De nouvelles coalitions stimulent la mise en œuvre des politiques relatives aux systèmes alimentaires
Le consensus scientifique mondial ne se traduit pas automatiquement en politiques publiques : il ne restaure pas à lui seul les terres dégradées, ne transforme pas les mécanismes d’approvisionnement des programmes d’alimentation scolaire et ne mobilise pas les financements climatiques. Cette transition, qui consiste à passer des données probantes à l’action, nécessite de relier les bon.ne.s acteur.rice.s autour de mandats et d’intérêts communs. Dans un contexte où le paysage mondial du développement évolue, l’Alliance a mis au point une approche plus ciblée des coalitions, reconnaissant que le plaidoyer ne peut être mené seul et que sa mise en œuvre dépend des partenaires.
Le multilatéralisme est en difficulté : parvenir à un consensus sur des questions complexes devient de plus en plus difficile dans un monde fragmenté. Cependant, le fait de se rassembler au sein de coalitions plus restreintes et ciblées permet aux pays de démontrer ce qui est possible et de créer une dynamique positive. Nous explorons ici les points d’appui où l’Alliance mobilise les connaissances et les données probantes afin d’aider les gouvernements à accélérer la transformation des systèmes alimentaires et de gestion des terres.
EAT-Lancet : un terrain d’entente pour mobiliser les communautés
Six ans après la publication du premier rapport EAT-Lancet qui décrivait un « régime alimentaire pour la santé planétaire », une nouvelle edition de la Commission EAT-Lancet a approfondi sa vision de systèmes alimentaires équitables, sains et durables, en mettant davantage l’accent sur les contextes locaux et nationaux. La question essentielle demeure : comment transformer ces recommandations en actions ?
Les chercheur.e.s de l’Alliance et du CGIAR ont joué un rôle de premier plan dans l’effort mondial de modélisation visant à identifier des priorités transformatrices, notamment l’adoption de régimes alimentaires plus sains et l’amélioration des systèmes de production, deux objectifs qui reposent fortement sur l’agrobiodiversité.
Mais l’essentiel est que toutes les données probantes du monde n’auraient aucun impact sans le rassemblement d’un ensemble d’acteur.rice.s souvent fragmenté.e.s autour d’un objectif commun : la finance et le commerce agroalimentaires ; les chef.fe.s cuisinier.ère.s, les restaurants et les services alimentaires ; les villes ; les consommateur.rice.s ; les agriculteur.rice.s et les pêcheur.euse.s ; les professionnel.le.s de santé ; les peuples autochtones ; les décideur.e.s politiques nationaux.ales ; et la communauté scientifique.
Ces groupes constituent dix communautés d’action qui mettent en relation des acteur.rice.s de terrain du monde entier et traduisent les données probantes issues d’EAT-Lancet en pratiques adaptées à des contextes et préoccupations spécifiques. Ils sont coordonnés par des partenaires partageant des mandats et des expertises communs, notamment certain.e.s de nos collaborateur.rice.s régulier.ère.s tels que la Coalition pour l’agroécologie, la Banque mondiale et le SDG2 Advocacy Hub, mais également par des organisations issues d’autres secteurs, allant du Culinary Institute of America à la Physicians Association for Nutrition.
L’Alliance coanime plus particulièrement la communauté des décideur.e.s politiques nationaux.ales aux côtés du CGIAR et du Mouvement pour le renforcement de la nutrition (Scaling Up Nutrition Movement). Le groupe Science est également coordonné par Nexus Action (anciennement connu sous le nom de Montpellier Process), une communauté dédiée au renforcement de l’utilisation des connaissances scientifiques dans l’élaboration des politiques publiques, au sein de laquelle le personnel de l’Alliance, en particulier celui du bureau de Montpellier, joue un rôle essentiel.
Nouvelles initiatives à Belém
Nous avons observé une dynamique similaire lors de la COP30 des Nations Unies sur le climat à Belém, où le principe directeur du « Global Mutirão » s’est traduit par l’émergence d’une nouvelle génération de coalitions visant à atteindre les engagements climatiques. Là aussi, l’Alliance a joué un rôle central dans le lancement et le soutien de trois grandes initiatives réunissant gouvernements, institutions de recherche, organisations d’agriculteur.rice.s et partenaires financiers autour de cadres d’action concrets permettant de combler le fossé entre les données scientifiques et leur mise en œuvre sur le terrain :
1. RAIZ (« Resilient Agriculture Investment for net-Zero land degradation ») répond à l’un des défis les plus urgents de l’agriculture — plus de 1,6 milliard d’hectares de terres agricoles dégradées dans le monde — en mobilisant diverses sources de financement pour soutenir la restauration des paysages. L’initiative cartographie les terres dégradées, identifie des solutions susceptibles d’être financées et met en relation les pays avec des partenaires techniques et financiers afin de concevoir des projets de restauration adaptés aux besoins locaux.
« Nous devons dépasser la juxtaposition d’initiatives isolées pour engager un véritable changement systémique. Grâce à RAIZ, FOLU et ses partenaires réunissent investisseurs, agriculteur.rice.s et gouvernements autour de mécanismes d’investissement conjoints conçus à l’échelle nationale, alignant les incitations publiques sur les capitaux privés afin de restaurer les terres agricoles dégradées à grande échelle. » — Morgan Gillespy, Directeur exécutif de la Food and Land Use Coalition, dans le communiqué annonçant le lancement de RAIZ.
« Les données montrent que chaque dollar investi dans la restauration des terres peut générer jusqu’à 30 dollars de bénéfices économiques. Pourtant, l’insuffisance de l’évaluation des risques et du suivi des impacts a limité les flux de capitaux. RAIZ peut changer cette situation en traduisant les connaissances scientifiques sur la restauration des paysages en orientations concrètes pour la structuration de mécanismes d’investissement, en intégrant des indicateurs fondés sur des données probantes tout au long du cycle de vie des fonds et en promouvant des systèmes rigoureux de suivi permettant de mesurer les résultats en matière de climat, de biodiversité et de moyens de subsistance. » — Sandra Milach, Scientifique en chef du CGIAR.
2. TERRA (« Together for the Expansion of Resilient and Restorative Agroecology and Agroforestry ») a été lancée par le gouvernement brésilien et la FAO afin de promouvoir le développement de l’agroécologie et des systèmes agroforestiers. Après avoir déjà formé plus de 20 000 agriculteur.rice.s, l’initiative vise à améliorer les moyens de subsistance de 8 millions de personnes et à rendre plus durables 15 millions d’hectares de terres. TERRA s’appuie sur cinq leviers d’accélération — le renforcement des organisations paysannes, le développement des capacités, le financement mixte, les semences et intrants biologiques, ainsi que l’accès aux marchés — et fournit aux pays les outils, les mécanismes de financement et les cadres MRV (mesure, notification et vérification) nécessaires pour mobiliser à grande échelle les investissements en faveur du climat et de la biodiversité.
3. La Coalition mondiale pour la récolte du carbone (Global Carbon Harvest Coalition) s’attaque aux lacunes en matière de données probantes et aux défis de suivi qui ont empêché les pratiques agricoles d’élimination du carbone d’accéder aux marchés réglementés du carbone, en mettant l’accent sur les mécanismes de financement à grande échelle. L’Alliance coordonne un large éventail d’acteur.rice.s, met en commun les données issues d’essais de terrain menés dans plusieurs pays et harmonise les systèmes de mesure afin de créer un cadre commun permettant de suivre et d’étendre les efforts d’élimination du carbone.
Enfin, lors de la COP30, l’Alliance des champions de la transformation des systèmes alimentaires, hébergée par le CGIAR et soutenue par du personnel de l’Alliance ainsi que de la Food and Land Use Coalition, a fait état de progrès significatifs dans la mobilisation de financements au cours des deux dernières années : le plan agroécologique du Brésil doté de 1,7 milliard de dollars américains, le programme Feed Salone de la Sierra Leone financé à hauteur de 1 milliard de dollars américains et les 430 millions de dollars américains mobilisés par le Rwanda pour l’agriculture de conservation. Aux pays membres que sont le Brésil, la Norvège, la Sierra Leone, le Cambodge et le Rwanda se sont ajoutés trois nouveaux membres : la Colombie, le Vietnam et l’Italie, qui entretiennent tous une solide histoire de collaboration avec l’Alliance.
« À la COP30, un message s’est imposé avec force : il s’agit désormais de mise en œuvre ; de déployer à grande échelle des solutions éprouvées, de mobiliser les financements et de les apporter aux communautés qui en ont un besoin urgent. » — Maya Rajasekharan, Directrice générale pour les Amériques à l’Alliance.
En savoir plus sur ce qui a été accompli lors de la COP30 :
Les engagements dans l'assiette : Les repas scolaires au Brésil
La logique des coalitions s’applique également à une échelle beaucoup plus proche du quotidien de nombreux Brésilien.ne.s que les négociations de la COP ou même les rapports EAT-Lancet (auxquels le Brésil a largement contribué). L’Alliance a travaillé aux côtés de l’IFPRI et de partenaires brésilien.ne.s afin d’éclairer les politiques d’approvisionnement public du Programme national d’alimentation scolaire (PNAE). En imposant que 30 % des aliments proviennent de l’agriculture locale, ce programme a intégré l’agrobiodiversité locale, notamment des fruits et légumes nutritifs, dans les repas des élèves, tout en améliorant simultanément l’accès des petit.e.s exploitant.e.s agricoles aux marchés. Présenté lors de la COP30, ce résultat démontre comment nos travaux scientifiques éclairent les politiques publiques au niveau national de manière à toucher directement la population : une modification des règles d’approvisionnement se traduit par une amélioration de la nutrition pour des millions d’écolier.ère.s, tout en soutenant les petit.e.s exploitant.e.s agricoles qui cultivent les cultures locales admissibles au programme.
Alors, qu’avons-nous appris des communautés EAT-Lancet, des coalitions de la COP30, de l’Alliance des champions et du programme d’alimentation scolaire du Brésil ? La science influence les politiques lorsqu’elle est intégrée aux bonnes coalitions, reliée aux bons partenaires, connectée aux bons leviers d’action et qu’elle reste au cœur du processus jusqu’à ce que les données probantes se transforment en actions concrètes.
En savoir plus sur l'impact de nos 2025 dans le domaine de la politique et du plaidoyer
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