Blog Selon des économistes, l'examen des récits permet de sortir de l'impasse politique et de stimuler le développement agricole en Afrique.
L'impasse sur les approches dominantes et opposées - politique dirigée par l'État ou par le marché - pour promouvoir le développement agricole en Afrique pourrait être résolue en analysant les récits unilatéraux qui façonnent cette dichotomie
La pandémie de COVID-19 présente une opportunité de transformer les systèmes alimentaires et d'atteindre un développement durable. Cependant, le vif débat politique sur l'approche politique qui favorisera le développement agricole en Afrique continue de freiner les progrès.
Les débats incluent : Les petites exploitations agricoles ont-elles un potentiel de développement ou leur soutien favorise-t-il un « populisme romantique » ? Les programmes de subvention des intrants sont-ils une stratégie efficace pour augmenter la productivité agricole ? Quel rôle le gouvernement devrait-il jouer ?
Dans de nouvelles recherches publiées dans World Development, les économistes soutiennent que la dichotomie entre les approches dirigées par l'État ou par le marché pour stimuler la production alimentaire conduit à une impasse politique qui entrave les solutions alternatives.
Politique de relance de l'agriculture pilotée par l'État ou par le marché ?
Les approches orientées par l'État tendent à favoriser les incitations, telles que les programmes de subvention des engrais pour augmenter la productivité agricole. Les approches menées par le marché privilégient des approches compétitives dirigées par le secteur privé.
En utilisant la formulation des politiques au Sénégal comme étude de cas, les auteur.e.s affirment que l'analyse empirique des incitations économiques comme les programmes de subvention pour les engrais, et les critiques de telles incitations, doivent être complétées par une analyse des récits qui dévoilent les idées politiques des décideur.se.s.
Les deux côtés doivent être plus ouverts aux solutions alternatives, non seulement basées sur les preuves déjà existantes, mais aussi à travers l'analyse des ‘histoires’ unilatérales qui révèlent pourquoi certaines politiques sont favorisées, disent les auteur.e.s.
« Pour vraiment apporter un changement, nous avons besoin de nouveaux cadres et de méthodes supplémentaires », a déclaré Jonathan Mockshell, économiste agricole à l'Alliance.
Ouvrir la voie à l'avenir
« Nous ne devrions pas seulement regarder les chiffres. Nous devons comprendre les récits sous-jacents derrière les chiffres, pour étudier comment l'utilisation du langage influence la formulation des politiques. Lorsque les décideur.se.s parlent, iels utilisent des récits persuasifs pour transmettre des positions politiques. Manquer ces récits dans le processus politique et la conception des programmes, c'est comme manquer de l'or dans le sol. »
« Face à la faible productivité agricole persistante en Afrique, aux fissures dans nos systèmes alimentaires, aux invasions de criquets et à la pandémie mondiale de COVID-19, il ne s'agit pas vraiment de savoir qui a tort ou raison », a déclaré Mockshell.
« Il s'agit de trouver un meilleur récit pour ce qui fonctionne où. Le temps pour atteindre les Objectifs de Développement Durable (ODD) est trop court pour cette dichotomie continue. Nous devons maintenant combler les deux récits pour atteindre un développement agricole durable. »
Des solutions adaptées au marché
Regina Birner, professeure à l'Université de Hohenheim, a déclaré : « Les acteur.rice.s en faveur du soutien agricole dirigé par l'État ont certes 'une meilleure histoire' en ce qui concerne la structure de leur récit. Cela ne signifie cependant pas que leur histoire est meilleure dans un sens normatif.
« Ou que leurs politiques prescrites sont effectivement mieux adaptées pour atteindre leurs objectifs visés que les politiques suggérées par les auteur.e.s qui favorisent le soutien agricole dirigé par le marché. Les acteur.rice.s qui favorisent le soutien dirigé par l'État ont un récit dominant influencé par ce qu'iels pensent être nécessaire pour transformer le secteur agricole. »
« Le contre-récit est que les subventions aux intrants ne fonctionnent pas et évinceraient l'investissement du secteur privé. Des récits alternatifs offrent une voie à suivre. Un exemple existant, bien que peu développé, est celui des 'subventions intelligentes au marché'. Elles sont définies comme des subventions temporaires conçues pour promouvoir plutôt que pour saper le développement des marchés d'engrais, par exemple, en utilisant des bons pour engrais.
Une combinaison de telles initiatives dirigées par l'État, combinée à des approches financées par des donateurs ou dirigées par le marché et à des programmes de subventions aux intrants, peut fonctionner, si un apprentissage politique fondé sur des preuves entre les deux camps permet de mieux aligner la politique avec la réalité, disent les auteur.e.s.
Voir aussi
Accéder à l'article l'article complet publié dans World Development.