Blog Construire un argumentaire pour le financement climatique : enseignements du programme de renforcement des capacités AGNES Afrique
En février 2026, AGNES Afrique a formé 30 praticien.ne.s à travers le continent afin de renforcer leur capacité à élaborer des propositions solides de financement climatique, en améliorant leurs compétences en justification climatique et en répondant au faible accès aux financements lié à des capacités techniques limitées.
L'Afrique est au cœur de la crise climatique. Les sécheresses, les inondations, la montée des eaux et la modification des régimes pluviométriques ont déjà modifié les moyens de subsistance, les systèmes alimentaires et les infrastructures sur l'ensemble du continent. Pourtant, bien qu'elle soit confrontée à certains des risques climatiques les plus graves et les plus complexes au monde, l'Afrique ne reçoit qu'une fraction du financement mondial de la lutte contre le changement climatique dont elle a besoin de toute urgence pour y faire face.
3-4% : Part du financement climatique mondial qui atteint l'Afrique malgré le fait que le continent soit parmi les plus vulnérables au monde en matière de climat.
Changer cette situation exige plus que de la volonté politique et des promesses de financement. Cela nécessite que les institutions africaines développent les capacités techniques nécessaires pour concevoir des propositions climatiques solides, fondées sur des preuves, capables de rivaliser pour accéder aux ressources disponibles via des mécanismes tels que le Fonds vert pour le climat (GCF) et le Fonds d’adaptation.
C’est précisément ce que l’Unité 3 du programme de renforcement des capacités AGNES Afrique sur le financement climatique et les modèles d’affaires innovants visait à accomplir. Animée en février 2026, cette session a réuni 30 participant.e.s venant de toute l’Afrique, représentant les gouvernements, le secteur privé, la société civile et le milieu académique, afin de renforcer l’une des compétences les plus fondamentales et souvent négligées du financement climatique : l’élaboration d’une justification climatique solide.
Pourquoi la logique climatique est-elle importante ?
Avant qu’un projet puisse accéder au financement climatique, il doit d’abord répondre à une question apparemment simple : pourquoi ce projet a-t-il besoin d’un financement climatique, et pas seulement d’un financement du développement ?
La réponse réside dans la justification climatique, la section d’une proposition qui définit le problème climatique, démontre la vulnérabilité à l’aide de données crédibles et établit un lien direct entre l’intervention proposée, les risques climatiques et les priorités nationales.
Une justification faible ou vague est l’une des raisons les plus fréquentes pour lesquelles les propositions climatiques sont rejetées ou insuffisamment financées. À l’inverse, une justification solide, fondée sur des preuves, peut faire toute la différence entre un projet qui attire des financements et un projet qui n’en attire pas.
L’Unité 3 a été conçue pour fournir aux participant.e.s les connaissances et les outils pratiques nécessaires afin d’élaborer cette justification avec confiance.
Ce que les participant.e.s ont appris
La session a porté sur quatre éléments interconnectés qui, ensemble, forment l'épine dorsale d'une logique climatique bancable:
- Identifier les problèmes climatiques et les vulnérabilités, comprendre quels risques climatiques affectent un contexte donné, et qui et quoi est le plus à risque.
- Utiliser les données climatiques et les preuves de l'Atlas d'adaptation pour justifier les interventions, en allant au-delà de l'anecdote et de l'intuition pour fonder les propositions sur les tendances observées, les projections et les données spatiales.
- Développer une logique climatique convaincante alignée sur les priorités nationales et les politiques climatiques en veillant à ce que les propositions parlent le langage des CDN, des PAN et des stratégies sectorielles.
- Lier les impacts climatiques à la conception du projet et à la théorie du changement et relier le problème climatique à la solution proposée d'une manière logique, transparente et crédible.
Une caractéristique clé de la session a été l’engagement pratique avec l’Adaptation Atlas, un outil qui permet aux utilisateur.rice.s de visualiser les risques climatiques, d’explorer les données de vulnérabilité et de générer des synthèses spécifiques aux pays. Les participant.e.s ont exploré comment intégrer cet outil dans leurs processus d’élaboration de propositions. Parmi celles et ceux qui l’ont évalué, 56 % l’ont trouvé facile à utiliser, et les retours ont particulièrement mis en avant la valeur des cartes de risques visuelles et des données à l’échelle nationale.
« J’ai trouvé les cartes visuelles et les données à l’échelle des pays très utiles. Il était facile de comprendre les risques climatiques et les vulnérabilités dans différentes régions, et la manière dont les informations sont organisées les rend pratiques pour établir des liens entre les enjeux climatiques et des projets concrets. »
Les suggestions d’amélioration incluaient l’intégration de données plus localisées, au niveau des districts, l’ajout d’études de cas concrètes montrant comment l’outil a contribué à des propositions financées, ainsi qu’un renforcement des liens avec les bases de données environnementales nationales.
Mesurer l'impact : La confiance avant et après
Pour comprendre l'effet de la session, on a demandé aux participant.e.s d'évaluer leur confiance dans l'élaboration d'un raisonnement sur le climat avant et après la formation. Les résultats ont été frappants.
Les participant.e.s ont entamé la session avec un niveau de confiance faible à modéré (pas du tout confiant.e.s, légèrement confiant.e.s ou modérément confiant.e.s) dans l’élaboration d’une justification climatique.
Les participant.e.s ont quitté la session en se sentant confiants ou très confiants - un changement significatif réalisé en une seule unité de formation ciblée.
Les participant.e.s ont activement amélioré leur niveau de confiance au cours de la session, aucun d'entre eux n'ayant terminé la session avec la mention "pas du tout confiant".
Ces chiffres reflètent plus qu'un résultat d'évaluation satisfaisant. Ils indiquent quelque chose de plus important : le fossé qui sépare les praticiens africains du climat de ce qu'ils doivent être pour accéder au financement climatique peut être comblé par une formation, des outils et un soutien adéquats.
Une cohorte diversifiée, un défi commun
Les 16 participant.e.s qui ont complété l'évaluation de l'unité représentaient un échantillon représentatif du paysage de la finance climatique :
ONG et organisations de la société civile
Gouvernement et secteur public
Secteur privé
Recherche et université
44 % des participant.e.s s’identifiaient comme jeunes (moins de 35 ans), reflétant l’engagement du programme à former la prochaine génération de leaders africain.e.s du climat. Les participant.e.s provenaient de plusieurs pays et de divers secteurs, couvrant la rédaction de propositions, la conception de programmes, l’élaboration de politiques et la recherche académique.
Malgré la diversité de leurs profils, les participant.e.s partageaient un défi commun : transformer les données climatiques en propositions crédibles, convaincantes et compétitives dans le paysage international du financement climatique. L’Unité 3 a directement répondu à ce défi.
De la formation à l’action : ce que les participant.e.s prévoient de faire ensuite
Peut-être que la preuve d’impact la plus marquante ne réside pas dans les niveaux de confiance, mais dans les témoignages des participant.e.s sur la manière dont ils et elles prévoient d’appliquer les connaissances acquises. Leurs réponses reflètent l’ampleur et l’ambition du groupe :
« Je vais orienter mes collègues au bureau sur le contenu du cours et sur la manière d’utiliser l’Atlas pour accéder aux informations et aux données climatiques afin d’éclairer l’élaboration de justifications climatiques efficaces. »
« J’espère élaborer une proposition solide d’adaptation au changement climatique pour le secteur de l’économie bleue dans l’État où je vis au Nigéria. »
« En tant que point focal changement climatique au ministère de l’Agriculture, j’utiliserai les couches spatiales de risques pour identifier les zones critiques affectant les systèmes pluviaux et soutenir une priorisation fondée sur des données probantes des mesures d’adaptation dans les stratégies sectorielles. »
« Je prévois d’utiliser le cadre de l’Adaptation Atlas, en mobilisant ses zones et ses stratégies comme un outil de diagnostic pour évaluer des projets en cours ou à venir, afin de garantir que les interventions répondent à la résilience climatique à différentes échelles. »
Au sein du groupe, les applications envisagées les plus fréquentes concernaient la rédaction de propositions pour les grands fonds climatiques (38 %) et la conception de programmes (38 %), suivies par l’élaboration de politiques (19 %) et l’enseignement ainsi que la recherche académique (6 %). Ce sont précisément les domaines où une justification climatique renforcée peut avoir le plus d’impact, en permettant à davantage d’institutions africaines d’accéder aux financements adaptés à leurs contextes et aux besoins de leurs communautés.
Une vue d'ensemble : L'importance de ce travail
La part de 3 à 4 % de l’Afrique dans le financement climatique mondial n’est pas simplement un déficit de financement ; c’est une barrière systémique ancrée dans un accès inégal aux connaissances techniques, aux capacités institutionnelles et aux réseaux qui permettent de participer aux mécanismes mondiaux de financement climatique.
Les programmes de renforcement des capacités comme celui-ci, conçus pour doter les praticien.ne.s africain.e.s des compétences nécessaires à l’élaboration de propositions climatiques rigoureuses et fondées sur des preuves, constituent une réponse essentielle à cette barrière. Lorsqu’un point focal gouvernemental au ministère de l’Agriculture utilise des données spatiales de risques pour élaborer des stratégies sectorielles climato-intelligentes, c’est une preuve de préparation au financement climatique. Lorsqu’un.e jeune chercheur.e au Nigéria développe une proposition prête pour le Fonds vert pour le climat dans le domaine de l’adaptation de l’économie bleue, c’est l’Afrique qui façonne son propre avenir climatique. Lorsqu’un.e agent.e d’ONG intègre les données d’un atlas climatique dans le renforcement des capacités au niveau des districts, c’est un changement systémique, démultiplié.
L’Unité 3 du programme AGNES Afrique constitue une étape dans un parcours plus large. Mais les progrès en matière de confiance, les compétences pratiques acquises et les engagements concrets qui en ont émergé rappellent que l’écart entre la part actuelle de l’Afrique dans le financement climatique et celle à laquelle elle peut prétendre peut être comblé, une proposition bien conçue à la fois.
A propos du programme
Le programme AGNES Afrique sur le financement climatique et les modèles d’affaires innovants est une initiative régionale de renforcement des capacités visant à autonomiser les leaders africain.e.s, les décideur.e.s, les chercheur.e.s et les praticien.ne.s afin d’accéder au financement climatique et de le mobiliser. L’Unité 3 s’est concentrée sur l’élaboration d’une justification climatique solide, un élément clé pour concevoir des projets finançables qui répondent aux risques climatiques tout en générant des résultats durables en matière de développement.
Le programme est soutenu par le CGIAR Climate Action Science Program, qui vise à promouvoir la science, l’innovation et la collaboration afin de transformer les systèmes alimentaires, fonciers et hydriques vers un avenir résilient face au climat, neutre en carbone et équitable.
L'équipe
Majambo Gamoyo
Postdoctoral Fellow
Peter Steward
Climate Adaptation Data Synthesis and Spatial Analysis Scientist