Blog Pourquoi la durabilité est l'avenir des marchés céréaliers africains
Lors du Sommet africain du commerce des céréales d’octobre, des dirigeant.e.s ont appelé à investir dans les PME afin de mettre à l’échelle l’agriculture régénérative et de renforcer les marchés céréaliers fragiles de l’Afrique au service de la sécurité alimentaire.
"Nous devons investir dans les PME qui développent des pratiques régénératrices. Elles sont le lien entre les agriculteurs et les consommateurs, et l'avenir du commerce des céréales en Afrique". Arnaud Petit, directeur exécutif, Conseil international des céréales.
Cet appel à l'action puissant a donné le ton du 11e Sommet africain du commerce des céréales à Zanzibar. Sous le thème 'Marchés céréaliers résilients : Libérer le potentiel de sécurité alimentaire de l'Afrique", des dirigeants de tout le continent se sont réunis pour relever un défi majeur : comment transformer le secteur céréalier africain face aux chocs climatiques, à la volatilité des marchés et à l'augmentation de l'insécurité alimentaire.
Le message était clair : la voie de la résilience passe par la durabilité, et les petites et moyennes entreprises (PME) sont les principaux moteurs de cette transformation.
L’événement a été honoré par la présence de l’ingénieure Zena Ahmed Said, Secrétaire générale et Secrétaire du Conseil révolutionnaire du Gouvernement de Zanzibar. Plus de 500 délégué.e.s y ont pris part, parmi lesquel.le.s des décideur.euse.s politiques, des dirigeant.e.s du secteur privé, des chercheur.e.s et des partenaires de développement, engagé.e.s tout au long de la chaîne de valeur des céréales en Afrique et au-delà.
Les PME constituent l’épine dorsale des systèmes alimentaires africains, représentant 85 % des chaînes de valeur agroalimentaires du continent et contribuant jusqu’à 60 % de l’emploi. Elles jouent un rôle crucial dans l’agrégation et la distribution des céréales entre les marchés ruraux et urbains, l’approvisionnement des petit.e.s producteur.rice.s en intrants et en services, la stimulation de l’innovation dans la transformation, l’emballage et la logistique, ainsi que la facilitation du commerce transfrontalier et de l’intégration régionale. Cependant, ces PME font face à des défis persistants, notamment un accès limité au financement et aux technologies intelligentes face au climat, des environnements politiques instables, ainsi qu’une forte vulnérabilité aux chocs climatiques et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement.
Par ailleurs, plus de 70 % de la production agricole provient de petites exploitations, généralement inférieures à 2 hectares. Ces exploitations sont majoritairement pluviales, ce qui les rend particulièrement vulnérables à la variabilité climatique. L’agriculture y est fortement intensive en main-d’œuvre, avec une mécanisation limitée, et les rendements restent en deçà des moyennes mondiales en raison du changement climatique, de la dégradation de la santé des sols et de pratiques agronomiques inadéquates.
Les évaluations montrent que 65 % des sols africains sont dégradés et que 77 % sont affectés par l’érosion des sols, les pertes annuelles de terres arables étant estimées à environ 4 milliards de dollars américains.
Presque tous les pays présentent des bilans nutritifs des sols négatifs en raison de l’érosion, du lessivage, des récoltes continues et de la faible application d’engrais minéraux et organiques. L’utilisation moyenne d’engrais en Afrique est de 21 kg/ha, contre une moyenne mondiale de 156 kg/ha. Le carbone organique des sols est inférieur à 1,5 % et diminue rapidement du fait des récoltes et d’autres pertes. Les terres cultivées présentent la biodiversité la plus faible par rapport aux sols non perturbés ou peu perturbés. Environ 30 % des sols d’Afrique subsaharienne ont un pH inférieur à 5,5, principalement dans les zones subhumides, et plus de 80 millions d’hectares de sols ont un pH supérieur à 8,5, généralement dans les zones arides et semi-arides.
Il est urgent de développer des systèmes de production céréalière résilients, capables d’anticiper et de planifier les aléas, de les absorber, de s’en remettre et de s’y adapter. L’adoption de l’agriculture régénérative constitue une étape clé pour renforcer la résilience des chaînes de valeur et garantir la durabilité à long terme.
« Des marchés céréaliers résilients, portés par l’agriculture régénérative, offrent une voie vers une sécurité alimentaire et des échanges durables », a observé le Dr Boaz Waswa, chercheur en santé des sols à l’Alliance Bioversity International et au CIAT.
Discussion en panel sur la construction de systèmes de production céréalière résilients.
Pourquoi le développement durable est-il important pour les entreprises ?
Dans le monde d'aujourd'hui qui évolue rapidement, la durabilité est essentielle au succès de toute entreprise. Pour les PME céréalières, l'adoption d'une agriculture régénératrice et d'une logistique intelligente face au climat réduit la vulnérabilité aux chocs et renforce la résilience. Les pratiques durables aident les entreprises à atténuer les risques climatiques tels que les sécheresses, les inondations et la dégradation des sols, tout en garantissant la stabilité de la chaîne d'approvisionnement grâce à un approvisionnement en agriculture régénératrice. Elles permettent également de se conformer à des réglementations en constante évolution et d'éviter les sanctions. Les consommateurs et les acheteurs exigent de plus en plus des produits traçables, éthiques, à faible émission de carbone et respectueux de l'environnement, ainsi que des certifications telles que l'agriculture biologique, le commerce équitable et l'intelligence climatique. L'adoption de la durabilité aide les entreprises à répondre à ces demandes et leur ouvre les portes des marchés haut de gamme, de la finance carbone et du commerce mondial. Les PME céréalières qui utilisent des pratiques agricoles régénératives font souvent état de rendements plus élevés et de coûts plus faibles au fil des chaînes de production. Les entreprises qui adoptent la durabilité ont également la possibilité de créer de nouvelles sources de revenus, telles que les crédits carbone, la circularité et les paiements environnementaux. Celles qui ont un profil solide en matière d'approvisionnement et de transformation durables ont tendance à attirer davantage de financements et d'investissements.
L’appel en faveur de marchés céréaliers résilients et durables s’inscrit dans l’objectif du programme Growing Together, dirigé par l’Initiative pour le commerce durable (IDH) et financé par NORAD. Ce programme vise à transformer les marchés alimentaires locaux, à améliorer la sécurité alimentaire et les économies locales, et à accroître les revenus des petit.e.s producteur.rice.s. En tant que partenaire du programme, l’Alliance Bioversity International et le CIAT accompagnent des PME en Tanzanie et en Éthiopie afin d’intégrer la résilience climatique et l’agriculture régénérative dans leurs systèmes de production. Cet appui se concrétise à travers des analyses des risques climatiques le long des chaînes de valeur, le renforcement des capacités des acteur.rice.s des chaînes de valeur, ainsi que l’accompagnement des PME dans la conception d’interventions d’agriculture régénérative fondées sur les données, appliquées aux chaînes de valeur des produits et aux opérations commerciales.
En adoptant l’agriculture régénérative et en mobilisant les innovations liées au commerce, les entrepreneur.e.s céréaliers africain.e.s peuvent ouvrir la voie vers un avenir alimentaire plus sûr, plus durable et plus inclusif.
Appel à l'action
- Les entreprises céréalières doivent donner la priorité à la durabilité dans le cadre de leurs stratégies de production.
- Il est nécessaire d'intégrer la traçabilité, ce qui implique de travailler avec l'ensemble de la chaîne de valeur et de l'influencer : production, transformation et commercialisation
- Il est nécessaire d'augmenter les financements et les investissements pour permettre aux entreprises de s'engager sur la voie de la durabilité