Blog Dakar trace la voie pour l’AFSF 2025 : là où la finance verte rencontre les agro-entrepreneures

Dakar sets course for AFS 2025: Where green finance meets agropreneurs

À Dakar, un bootcamp a réuni des femmes entrepreneur·e·s, des spécialistes de la finance verte et de l’agriculture intelligente face au climat afin d’accélérer la mise en œuvre de modèles d’affaires sobres en carbone, sensibles au genre et bancables.

Organisé par l'Alliance de Bioversity International et CIAT à travers AICCRA, ImpactSF et le Women's Investment Club (WIC), l'atelier a mélangé des études de cas, des outils pratiques (tels que le Business Model Canvas "vert" et des plans d'affaires durables), et la préparation de pitchs - le tout avec le Africa Food Systems Forum, qui aura lieu à Dakar du 31 août au 5 septembre 2025.

Un "bootcamp" aligné sur l'AFSF : transformer l'élan national en une filière prête à l'investissement

Trois jours pour passer de l'intention à l'exécution avec 25 participants. Tel était l'esprit du bootcamp WIC-AICCRA : une mise en place en douceur - comprendre les enjeux (climat, déforestation, conformité), traduire la vision en un Business Model Canvas "vert", puis affiner le discours avant un rendez-vous stratégique : le Forum africain sur les systèmes alimentaires à Dakar. Il ne s'agissait pas seulement d'une question de calendrier, mais d'une stratégie d'alignement. Le Sénégal accueillant la communauté agroalimentaire africaine, l'objectif est clair : présenter des projets prêts à être investis, menés par des femmes entrepreneurs capables de démontrer, chiffres à l'appui, comment leurs produits réduisent l'empreinte écologique, créent des emplois décents et ouvrent de nouveaux marchés. Au niveau national, cela s'inscrit dans la Vision 2050 du Sénégal et dans la transition vers l'économie verte impulsée par les politiques publiques - des points de référence déjà compris et intégrés dans l'évaluation des risques financiers.

Le fil conducteur du bootcamp : parler le langage des investisseurs sans renoncer à l'ambition de l'impact. Les ateliers ont encouragé les entrepreneurs à relier leurs choix technologiques (énergie, eau, méthodes de production et de transformation, emballage) et organisationnels (gouvernance, traçabilité, conditions de travail) aux engagements du Sénégal en matière de climat et d'adaptation. La CDN du pays prévoit une réduction inconditionnelle de 7 % et conditionnelle de 29 % des émissions d'ici à 2030, par rapport au scénario de référence. Le plan national d'adaptation (PNA) du Sénégal fixe des priorités sectorielles jusqu'en 2050 pour réduire la vulnérabilité et intégrer l'adaptation dans les politiques publiques, dans des domaines tels que la gestion de l'eau, la gestion des risques climatiques et les innovations tenant compte des sexospécificités. Ces ancrages politiques donnent aux entrepreneurs des objectifs nationaux tangibles sur lesquels s'aligner. Parallèlement, l'écosystème CGIAR/ImpactSF permet aux banques et aux gestionnaires de fonds d'intégrer les critères E&S dès le stade de la diligence raisonnable, en associant des instruments financiers (garanties, lignes de crédit vertes, financements mixtes) aux filières de PME. AFSF devient ainsi le point de rencontre entre des projets prêts et des capitaux patients.

"Dakar sera un élan : il s'agira de présenter des PME ayant un impact clair, des preuves vérifiables et un plan précis d'utilisation des fonds", suggère Yovita Ivanova, traduisant l'ambition d'une délégation désireuse de tirer parti de la visibilité du sommet.

Déforestation, conformité et valeur ajoutée : Naviguer dans des réglementations plus strictes sans perdre le cap

Sur les marchés, les règles changent. Le règlement de l'UE sur les produits exempts de déforestation (EUDR) exige une traçabilité fine jusqu'aux parcelles, une grande diligence et des systèmes MRV robustes pour les principaux produits de base (cacao, café, caoutchouc, huile de palme, bois, soja, etc.). Après des mois de débats, l'UE a accordé une transition d'un an : conformité au 30 décembre 2025 pour les moyennes et grandes entreprises, et au 30 juin 2026 pour les micro et petites entreprises - sans assouplir les exigences de base. En bref : plus de temps, mais pas d'échappatoire. Les lignes directrices publiées en 2025 définissent déjà des obligations pratiques et des procédures de déclaration.

À Dakar, cela a été présenté comme une opportunité de compétitivité. Des études de cas ont montré comment construire des offres "zéro déforestation" traçables, négocier des contrats d'achat responsables et transformer la conformité en un avantage : accès au marché, primes de qualité et réduction des risques. L'autre front, tout aussi stratégique, se situe en aval : ajouter et capturer davantage de valeur locale. Trop de produits sont encore exportés à l'état brut ; la mise à niveau (normalisation, design, emballage), les outils numériques (plateformes B2B, transparence de la chaîne d'approvisionnement) et la diversification vers des niches à base de plantes ou "meilleures pour la santé" sont apparus comme des leviers rapides. Mais des défis subsistent : coûts logistiques, prix de la certification pour les petites unités, manque de normes. Des solutions existent - mutualisation des certifications par le biais de coopératives, mise en place de groupes de surveillance communautaires, ou pilotage d'outils de blockchain pour tracer l'empreinte carbone de la ferme à la fourchette.

"La conformité n'est plus un fardeau - c'est notre pont vers le marché", dit Ndeye Yacine Diagne (AGRIMAGE), qui considère l'EUDR comme un moteur de la professionnalisation des chaînes de valeur.

À quelques jours de l'AFSF, ces projets de " conformité par conception " cochent aussi les cases des bailleurs de fonds et des investisseurs d'impact : ils combinent transition écologique, création d'emplois et résilience - précisément les signaux recherchés dans un contexte où le Sénégal affirme sa trajectoire d'économie verte de la Vision 2050.

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Du "business model canvas" au "green canvas" sensible au genre : Comment l'équité stimule la productivité et l'innovation

Ici, le BMC est devenu un cadre pour de réels arbitrages. Lors des ateliers, chaque équipe a revisité ses neuf blocs : proposition de valeur (nutrition, circularité, faible empreinte), segments/canaux (client·e·s sensibles à la durabilité, circuits numériques), ressources/activités (efficacité hydrique et énergétique, agroforesterie, énergies renouvelables, gestion des déchets), partenaires (coopératives, centres techniques, fintechs, acheteurs responsables) et structures de coûts/recettes (CAPEX/OPEX verts, économies de ressources, primes de qualité, contrats à long terme, impact monétisé). L’objectif : passer de la rhétorique à des actions concrètes — emballage, traçabilité, certifications groupées — tout en quantifiant les implications en matière de coûts, de risques et de revenus.

Plus important encore, le genre n’a pas été considéré comme un « bonus », mais comme un moteur de performance. Les chiffres sont parlants : moins de 10 % du crédit agricole atteint les agricultrices, moins de 3 % du capital-risque va aux start-ups fondées par des femmes, et les écarts de productivité se situent autour de 20 à 30 %. À l’inverse, combler ces écarts peut augmenter la production jusqu’à 30 % si les femmes ont accès aux mêmes ressources productives — un potentiel documenté par la FAO et mis en avant durant le bootcamp. Le cadre Reach–Benefit–Empower–Transform (RBET/ABAT) a guidé le passage d’une inclusion symbolique à un changement structurel : droits fonciers, pouvoir de décision, contrôle des revenus et démantèlement des normes discriminatoires.

« La sensibilité au genre n’est pas une case à cocher ; c’est un levier de productivité et d’innovation. Quand les femmes accèdent aux mêmes ressources, la production augmente — et la résilience des territoires aussi », a souligné Ena Derenoncourt, facilitatrice CSA/genre.

« On pense souvent être trop petit·e·s pour avoir un impact, mais chaque choix — nos intrants, nos emballages, nos marchés — influence la chaîne de valeur. Ce bootcamp m’a donné un cadre pour transformer ces choix en avantage concurrentiel », confie Ndeye Yacine Diagne (AGRIMAGE).

Ce lien entre équité et performance s’est traduit par des indicateurs suivis : participation, productivité, revenus, rôles de leadership, hectares sous bonnes pratiques, émissions de CO₂ évitées. Une preuve que l’impact et la bancabilité peuvent rimer.

La finance d'impact et l'art de la présentation : parler banque, parler impact, parler preuve

Etape finale : l'accès au capital. Le camp d'entraînement a clarifié une confusion courante : L'ESG et l'investissement d'impact ne sont pas identiques. L'ESG concerne la gestion des risques environnementaux et sociaux dans les entreprises ; l'investissement d'impact recherche délibérément des effets positifs mesurables en plus des rendements financiers. En Afrique de l'Ouest, la dynamique est réelle : véhicules à impact, lignes de crédit vertes, financement mixte. Le CGIAR Hub for Sustainable Finance (ImpactSF) soutient cette montée en puissance avec des outils de due diligence, des instruments financiers et des pipelines de PME. Mais chaque entreprise doit se préparer : trois ans d'états financiers, des organigrammes, des politiques E&S, des données géoréférencées le cas échéant, des listes de clients/produits et une salle de données à jour. Chez AFS, ce sont ces preuves qui comptent.

"Un bon pitch est une promesse crédible : un problème réel, une solution maîtrisée, une preuve de traction, et une demande d'investissement liée à des objectifs d'impact," explique Ouma Sani, formateur en pitch.
"La sensibilisation ne suffit pas - nous avons besoin de mesures concrètes et mesurables. Nous commencerons par réduire les plastiques et par normaliser les emballages durables prêts à l'exportation", ajoute Ndeye Bety Pene (BBMG Services).

À quelques jours du Sommet (31 août-5 septembre), la fenêtre est ouverte : transformez les présentations en fiches d'information. Ceci est d'autant plus pertinent que les priorités nationales (Vision Sénégal 2050, NDC, NAP) et les cadres internationaux (EUDR) convergent. Les entreprises qui sont prêtes - solides sur les comptes, les opérations, la gouvernance et les indicateurs d'impact - ont toutes les cartes en main pour séduire les investisseurs qui, à Dakar, seront à la recherche de projets où résilience rime avec rentabilité.

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