Blog Avec Mama Mané, l’agriculture devient un moteur de nutrition, de revenus et de leadership des femmes
À Djimassar, dans la région de Sédhiou au Sénégal, le potager de Mama Mané est devenu bien plus qu’un simple espace de culture. Entre les rangées de carottes, de radis et de gombos, cette agricultrice transforme peu à peu sa parcelle en un lieu d’apprentissage, de nutrition et d’émancipation des femmes. Son histoire illustre comment le projet AVENIR, financé par Affaires mondiales Canada et mis en œuvre par Mennonite Economic Development Associates (MEDA) en collaboration avec l’Alliance de Bioversity International et du CIAT, contribue à traduire des solutions fondées sur la recherche en changements concrets dans les champs des agriculteurs et dans les assiettes des communautés rurales du sud du Sénégal.
Quand la pluie décide de tout : les années où le jardin s'est tu
À Djimassar, la journée commence souvent par un regard vers le ciel. Dans cette partie de la région de Sédhiou, l’agriculture dépend encore largement des précipitations. Lorsque les pluies arrivent tardivement ou s’arrêtent trop tôt, les conséquences se font immédiatement sentir dans les champs.
Mama Mané connaît ce rythme par cœur. Pendant de nombreuses années, elle ne cultivait que pendant la saison des pluies. Une fois les pluies terminées, le sol s’asséchait et la parcelle restait à l’abandon pendant plusieurs mois.
Elle se souvient encore de ces périodes où l’activité agricole s’arrêtait brusquement.
« Après la saison des pluies, le potager tombait dans le silence. Nous attendions la saison suivante pour recommencer », se souvient-elle.
Au cours de ces mois-là, les légumes disparaissaient peu à peu des repas familiaux. Les gens devaient se rendre au marché pour en acheter, souvent à des prix plus élevés.
Cette situation est courante dans les régions de Sédhiou et de Tambacounda. Lorsque les saisons deviennent imprévisibles, les récoltes diminuent et la diversité alimentaire s’amenuise. Les familles doivent adapter leurs repas en fonction de ce qui reste disponible.
Pour les femmes rurales, cette pression est particulièrement forte. Elles sont responsables d’une grande partie de la production alimentaire et de la préparation des repas, mais elles ont souvent moins accès à l’eau, aux intrants agricoles ou à la formation technique.
Mama Mané se souvient qu’à cette époque, chaque saison ressemblait à un pari.
« Nous travaillons très dur, mais si la pluie ne vient pas, tout peut disparaître », explique-t-elle.
C’est dans ce contexte que le projet AVENIR a commencé à intervenir à Djimassar, avec l’ambition de tester des solutions agricoles adaptées aux réalités climatiques et sociales des communautés locales.
Crédit photo : Fatimata Kone
Apprendre à cultiver autrement : quand la recherche s'applique aux champs
Crédit photo : Fatimata Kone
Sur la parcelle de Mama Mané, le sol a désormais un aspect différent. Il est plus foncé, plus meuble, et les rangées de légumes sont parfaitement alignées.
Cette transformation s’est opérée progressivement grâce aux pratiques mises en place dans le cadre du projet AVENIR.
Mama Mané a appris à enrichir le sol à l’aide de compost et de fumier, à le protéger par le paillage et à mieux gérer l’eau disponible. Ces pratiques aident le sol à retenir l’humidité plus longtemps et améliorent la productivité.
Ces techniques font partie des solutions fondées sur la recherche promues par l’Alliance entre Bioversity International et le CIAT, et adaptées avec les agriculteurs directement sur le terrain.
Petit à petit, la parcelle de Mama Mané est devenue un véritable site de démonstration.
Les villageois viennent désormais observer les cultures, poser des questions et comparer leurs propres pratiques.
« Les gens viennent voir comment nous travaillons maintenant. Ils veulent comprendre ce qui a changé », explique-t-elle.
Le potager a également gagné en diversité. Mama Mané ne cultive plus une seule culture à la fois.
Aujourd’hui, carottes, radis, gombos, aubergines et oignons poussent côte à côte sur la même parcelle.
Cette diversification améliore non seulement la production, mais renforce également la qualité nutritionnelle de l’alimentation familiale.
« Maintenant, quand je cuisine, il y a toujours quelque chose du potager dans la casserole », dit-elle avec satisfaction.
Des carottes lavées à l'aube et une première source de revenus pour les femmes
Un matin, dans le jardin de Mama Mané, l’activité commence tôt.
Les femmes du groupe se rassemblent près d’un point d’eau, munies de grands bols. Elles y plongent des carottes et des radis fraîchement récoltés. Les légumes roulent doucement dans l’eau tandis que les femmes discutent et rient en préparant leurs paniers pour le marché.
Mama Mané observe la scène avec fierté.
« Regardez comme elles sont belles. Quand on les lave, on dirait qu’elles viennent d’un jardin de la ville », dit-elle en soulevant une poignée de carottes.
Ces récoltes ont également commencé à générer des revenus.
En une seule saison, Mama Mané a vendu une partie de sa production et a gagné environ :
- 40 000 FCFA (environ 67 USD) grâce aux carottes
- 18 000 FCFA (environ 30 USD) grâce aux aubergines
- 30 000 FCFA (environ 50 USD) grâce aux gombos
- 40 000 FCFA (environ 67 USD) grâce aux choux et aux oignons
Au total, près de 128 000 FCFA (environ 213 USD) provenant de son potager en seulement un mois.
Cet argent permet de couvrir certaines dépenses du foyer, notamment les frais de scolarité, tout en contribuant aux activités d’épargne du groupe de femmes.
Pour Mama Mané, ce revenu représente bien plus qu’un simple gain financier.
« Avant, nous dépendions beaucoup du marché. Maintenant, le potager nous rapporte aussi de l’argent », explique-t-elle.
Au-delà du revenu, cependant, c’est la reconnaissance qui a le plus changé les choses.
Sa parcelle attire désormais des agriculteurs du village qui viennent observer et apprendre.
Crédit photo : Fatimata Kone
Une histoire qui inspire tout un village
Au fil des saisons, le jardin de Mama Mané est devenu un lieu de rencontre au sein du village.
Les agriculteurs viennent y observer les cultures, échanger sur les techniques et comparer leurs propres expériences.
Ce site de démonstration reflète l’approche du projet AVENIR, qui allie agriculture intelligente face au climat, amélioration de la nutrition et autonomisation économique.
Pour Mama Mané, cette dynamique collective est une source majeure de motivation.
« Quand les gens viennent ici pour apprendre, je me rends compte que ce que nous faisons peut aider tout le village », dit-elle.
Elle parle également avec enthousiasme des perspectives d’avenir.
Elle parle également avec enthousiasme des perspectives d’avenir.
Lors d’une récente discussion avec les autorités locales, le chef du village a même évoqué la possibilité d’étendre les terres mises à la disposition des femmes pour l’agriculture.
« Le chef du village a déclaré que s’il y avait une deuxième phase du projet, il accepterait de céder un espace plus grand afin que les femmes puissent cultiver davantage », explique Mama Mané.
Cette perspective illustre le potentiel d’une initiative qui dépasse désormais largement le cadre d’une simple parcelle agricole.
À Djimassar, ce potager est devenu un symbole. Un lieu où la recherche rencontre la pratique, où les femmes renforcent leur autonomie, et où l’agriculture redevient une source d’espoir.
Et lorsque Mama Mané arrose ses plates-bandes à la fin de la journée, elle sait que ce qu’elle cultive ici va bien au-delà de la récolte. Elle cultive également l’avenir de son village.