Blog Robert Zougmore : Un pionnier de l'agriculture intelligente face au climat en Afrique

L'agriculture africaine se trouve à un carrefour, confrontée à des défis tels que le changement climatique, la faible adoption de l'innovation et des politiques agricoles inefficaces. Au cœur de ce mouvement pour aborder ces problèmes se trouve le Dr Robert Zougmoré - Chercheur Principal à l'Alliance de Bioversity International et du CIAT et Directeur de l'AICCRA (Accelerating Impacts of CGIAR Climate Research for Africa). Il se consacre à transformer le paysage agricole du continent face aux effets préjudiciables du changement climatique : "Il est essentiel que notre agriculture devienne plus productive tout en restant durable et résiliente," affirme-t-il, soulignant l'importance d'une perspective agroécologique pour l'avenir de l'Afrique.

Un voyage enraciné dans la terre

Originaire du Burkina Faso, le Dr Zougmoré a développé très tôt un vif intérêt pour l'agriculture. Bien que ses parents fussent des fonctionnaires, ils l'impliquaient dans les activités agricoles pendant les vacances, notamment dans la culture du riz. « C'est ainsi que j'ai développé un attachement à la terre et à l'agriculture elle-même », se souvient-il. Cette exposition précoce a façonné son parcours académique et professionnel.

Diplômé de l'Institut de Développement Rural en tant qu'ingénieur agronome, sa thèse sur les sciences du sol l'a propulsé dans une carrière axée sur l'amélioration des systèmes agricoles africains. « J'ai réalisé que l'agriculture joue un rôle crucial dans nos pays », souligne-t-il. Engagé à fournir des solutions concrètes aux défis auxquels les agriculteurs africains sont confrontés, il a consacré sa vie à la recherche et au développement agricoles.

Au-delà de la recherche académique, il vise à rendre l'agriculture plus attrayante et économiquement viable pour les jeunes générations. « L'agriculture africaine n'est pas encore économiquement viable pour que les agriculteurs puissent vivre de manière durable », déplore-t-il. « Pour résoudre cela, il serait judicieux de développer des modèles d'affaires innovants basés sur l'agriculture. »

AICCRA : la science au service de la résilience climatique

En tant que Directeur d' AICCRA, le Dr Zougmoré dirige la promotion d’innovations climato-intelligentes destinées à renforcer la résilience des agriculteur.rice.s africain.e.s face à un climat imprévisible : « AICCRA vise à accélérer l’impact des recherches climatiques du CGIAR en Afrique », explique-t-il. « Il s’appuie sur les innovations développées par le système CGIAR au cours des cinquante dernières années. »

AICCRA associe des informations climatiques à des pratiques agricoles climato-intelligentes basées sur la science : « Nous veillons à ce que les agriculteur.rice.s aient accès aux services d’information climatique pour qu’ils.elles puissent prendre des décisions éclairées par les recherches les plus récentes », note-t-il. Cependant, l’accès seul ne suffit pas : « Fournir des outils n’est que la première étape. Assurer leur utilisation efficace sur le terrain fait toute la différence », insiste-t-il. En se concentrant sur l’application pratique, AICCRA aide les agriculteur.rice.s à renforcer leur résilience face à des défis tels que les sécheresses, les inondations et l’apparition de nouveaux ravageurs.

En positionnant AICCRA dans une lignée plus large d’actions climatiques, le Dr Zougmoré s’appuie sur les programmes de recherche passés et exploite le vaste portefeuille d’actions climatiques du CGIAR : « Cette solide base scientifique nous permet de proposer des solutions pratiques et adaptées aux besoins des agriculteur.rice.s », affirme-t-il, soulignant l’engagement de AICCRA pour une transformation agricole durable. Plus qu’un programme de recherche, AICCRA est un catalyseur pour un avenir agricole résilient à travers l’Afrique.

L'importance des partenariats

Pour le Dr Zougmoré, le partenariat est central au succès de AICCRA : « Une seule main ne peut pas ramasser de la farine », dit-il, utilisant un proverbe culturel pour souligner la nécessité d'une collaboration entre tous les acteurs de la chaîne de soutien aux agriculteur.rice.s.

AICCRA collabore étroitement avec les Services Nationaux de Recherche Agricole, les ministères, le secteur privé, les organisations d'agriculteur.rice.s et les ONG. « Cette collaboration vise à relayer les innovations développées et à les rendre accessibles aux acteur.rice.s de terrain », explique-t-il. « Le partenariat est crucial si nous voulons véritablement atteindre les objectifs d'adoption attendus. »

Le renforcement des capacités est également fondamental. AICCRA propose des formations théoriques et pratiques sur des approches innovantes, des outils de prise de décision et des innovations climato-intelligentes : « Ces formations permettent aux partenaires de mieux comprendre et d'implémenter ces outils et innovations de manière efficace ».

Cette approche collaborative crée un effet multiplicateur, assurant que les innovations atteignent les bénéficiaires finaux : « En travaillant ensemble, nous pouvons maximiser l'impact de nos actions et soutenir plus efficacement les agriculteur.rice.s », affirme le Dr Zougmoré. « Le partenariat est fondamental si nous voulons véritablement transformer l'agriculture africaine. »

Vers une agriculture africaine durable et résiliente

Le Dr Zougmoré envisage un secteur agricole prospère, enraciné dans les riches traditions agroécologiques de l'Afrique. Réfléchissant aux défis de longue date, il observe : « L'agriculture africaine reste principalement une agriculture de subsistance qui peine à atteindre l'autosuffisance alimentaire. » Pourtant, il est ambitieux : « J'aimerais voir notre agriculture évoluer vers une agriculture productive, transformatrice et économiquement viable. »

Le Dr Zougmoré insiste sur l'apprentissage des pratiques mondiales sans les reproduire aveuglément : « Par agriculture autosuffisante, je ne veux pas dire une agriculture intensivement mécanisée avec un usage excessif d'engrais et de pesticides », clarifie-t-il. Au lieu de cela, il voit un potentiel unique dans les pratiques agricoles diversifiées de l'Afrique : « L'agriculture africaine est naturellement agroécologique et remarquablement diversifiée », note-t-il, plaidant pour des méthodes qui embrassent cette diversité plutôt que de la masquer avec des modèles industriels.

La préservation des pratiques traditionnelles est vitale pour l'avenir : « Il est crucial de maintenir les traditions de diversification des cultures et des systèmes agroécologiques pour faire face au changement climatique. C'est ainsi que je vois l'avenir de notre agriculture, et je crois que nous revenons progressivement à ces approches. »

Conscient que les efforts individuels ne suffisent pas, le Dr Zougmoré appelle à un renforcement du soutien politique national pour catalyser la transformation : « J'espère que les politiques nationales soutiendront cette dynamique et permettront à notre agriculture de rester durable et résiliente », conclut-il. « Il est temps que l'agriculture africaine atteigne son plein potentiel pour le bien-être de nos peuples. »

Élargir l'adoption et l'utilisation des innovations climatiques

Après une première phase réussie, l'AICCRA envisage l'avenir avec des objectifs stratégiques. « Nous avons récemment conclu la première phase de AICCRA en 2023 », explique le Dr Zougmoré. « Nous avons commencé un financement supplémentaire visant à garantir que les bénéficiaires utilisent réellement les innovations. »

L'une des priorités est d'étendre les réalisations de AICCRA à d'autres pays africains. « Bien que nous opérions actuellement dans six pays, l'objectif est d'étendre progressivement ces innovations par un effet d'entraînement », précise-t-il.

Le développement de partenariats public-privé est également clé. « Nous visons à renforcer les partenariats qui aideront le secteur privé à soutenir ces processus », indique-t-il. « L'implication du secteur privé assure la durabilité à long terme. »

Renforcer le genre et l'inclusion sociale est un autre pilier essentiel. « Nous voulons garantir que les femmes, les jeunes et les groupes marginalisés aient accès aux innovations pour améliorer leurs conditions de vie », insiste-t-il. « Cela est crucial pour une transformation agricole équitable. »

Enfin, AICCRA prévoit de collaborer avec des universités pour renforcer le capital humain. « Cela inclut le développement de modules de formation académique et de programmes universitaires », explique le Dr Zougmoré. « Ces initiatives sont essentielles pour former une nouvelle génération d'expert.e.s en climat et agriculture. »

Le Dr Robert Zougmoré incarne l'engagement et la passion nécessaires pour transformer l'agriculture africaine. À travers son leadership à AICCRA et sa vision pour une agriculture durable et résiliente, il ouvre la voie à un avenir où les agriculteur.rice.s africain.e.s ne se contentent pas de survivre mais prospèrent face aux défis climatiques. « Il est essentiel que notre agriculture reste durable et résiliente », réitère-t-il, nous rappelant l'importance de l'action collective pour réaliser cette vision.