From the Field Renforcer la résilience : Une nouvelle ère pour les banques de semences communautaires dans l'ouest de l'Ouganda

Building Resilience -  A New Era for Community Seed Banks in Western Uganda

Dans l’ouest de l’Ouganda, les banques de semences communautaires jouent un rôle clé dans le maintien de la diversité agricole et de la résilience face au changement climatique. Une nouvelle initiative de formation permet désormais de renforcer les capacités des agriculteur.rice.s en matière de production et de gestion d’entreprise, afin de transformer ces banques de semences en structures durables et génératrices de revenus.

Depuis plusieurs années, le nombre de banques de semences communautaires ne cesse d’augmenter en Ouganda, assurant la conservation de collections de cultures indigènes bien adaptées aux environnements locaux. Cette conservation stratégique est essentielle pour renforcer la résilience climatique, préserver le patrimoine culturel et poser les bases d’une autonomie communautaire durable.

Afin d’accompagner ces institutions locales dans leur développement en tant qu’entreprises durables et de renforcer les capacités et compétences liées aux systèmes semenciers et aux banques de semences communautaires, l’Alliance de Bioversity International et du CIAT ont organisé un atelier de formation intitulé « Production de semences, conservation des semences, commercialisation et stratégies de développement d’entreprise ». L’atelier s’est tenu en août 2025 à la station du Bulindi Zonal Research Development Institute à Hoima, en Ouganda, avec le soutien du ministère de l’Agriculture, de la Nature et de la Qualité alimentaire du Royaume des Pays-Bas et du Fonds de partage des avantages du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture.

Au total, 30 participant.e.s ont pris part à la formation, dont 16 femmes et 14 hommes, issu.e.s de deux banques de semences communautaires en Ouganda, à Hoima et à Masindi. Le renforcement des capacités a été assuré par des représentant.e.s de partenaires nationaux en Ouganda, à savoir Participatory Ecological Land Use Management (PELUM) et l’Organisation nationale de recherche agricole de l’Ouganda (NARO), qui ont facilité les sessions de formation.

La fondation : L'importance des systèmes de semences gérés par les agriculteurs

La formation a débuté par la mise en évidence d’un enjeu majeur du secteur semencier en Ouganda. Il a été souligné que, bien que les systèmes semenciers gérés par les agriculteur.rice.s fournissent environ 85 % des semences utilisées dans le pays, ils reçoivent nettement moins de financements et d’attention politique que le système formel, également appelé système commercial. Ce dernier ne fournit que 15 % des semences, se concentre sur un nombre limité de cultures (par exemple le maïs), est rentable pour les grandes entreprises et plus facile à réglementer et à taxer pour les gouvernements, mais ne montre que peu d’intérêt pour la diversité des cultures. Les petit.e.s producteur.rice.s demeurent pourtant les véritables gardien.ne.s de la diversité génétique dans le pays.

Le modèle de sécurité semencière gérée par les communautés (Community-Managed Seed Security, CMSS) a été mis en avant durant l’atelier. Le CMSS est une approche portée par les agriculteur.rice.s, qui privilégie l’appropriation communautaire, l’équité de genre et l’inclusion des variétés indigènes, aujourd’hui menacées par de nombreux facteurs tels que le changement climatique et le manque de soutien gouvernemental. Le CMSS vise à contribuer à la mise en œuvre des droits des agriculteur.rice.s et à atteindre la souveraineté semencière, en leur donnant les moyens de conserver, d’utiliser, de partager et de vendre leurs propres semences afin d’améliorer durablement leurs moyens de subsistance.

Un vaste programme d'études

Durant cinq jours, la formation est passée des connaissances théoriques aux compétences pratiques.

Jour 1 & 2 : Le commerce des semences

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Participants à l'atelier à BUZARDI. Crédit photo : Alliance of Bioversity International & CIAT/D. Mubiru

 

Les participant.e.s ont été guidé.e.s à travers les aspects économiques de la production de semences. Les agriculteur.rice.s ont été accompagné.e.s dans la réalisation d’une analyse coûts-bénéfices, en utilisant la production de maïs comme exemple concret. L’objectif était de les amener à considérer la production de semences comme une activité entrepreneuriale essentielle pour générer des revenus durables et améliorer leurs moyens de subsistance. Iels ont également acquis des compétences clés en négociation, en commercialisation, en image de marque et en prototypage des emballages de leurs produits. Un enseignement important a porté sur la nécessité de mener des essais de marché afin de recueillir les retours des client.e.s et d’adapter les produits en conséquence.

Jour 3 : La science de la qualité

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Une poignée de haricots traditionnels. Crédit photo : Participatory Ecological Land Use Management/ S. Nabwire

 

Les semences sont une ressource reproductible qui constitue l'intrant le plus important pour la production agricole et le fondement des moyens de subsistance et de la sécurité alimentaire des agriculteurs. Les semences relient la conservation, la culture, la production, la consommation et le commerce à la commercialisation de l'agriculture.

Le contrôle de la qualité est la base de la réputation d'une banque de semences communautaire. Une session intéressante a été organisée pour différencier les semences des grains, car la vente de grains pour des semences peut détruire la confiance d'un agriculteur et gâcher toute une saison de plantation. L'accent mis sur les propriétés des semences de qualité comprend le maintien de la pureté génétique, des taux de germination élevés et l'absence de maladies. Les mécanismes de contrôle de la qualité peuvent renforcer le fait qu'un changement positif dans la qualité des semences peut augmenter le potentiel de rendement des cultures plus que tout autre intrant.

Les agriculteurs ont également été informés des meilleures pratiques en matière de manutention avant et après la récolte. Les agriculteurs ont également été informés des meilleures pratiques en matière de manipulation avant et après la récolte, du séchage approprié dans des zones ombragées au stockage dans des conteneurs hermétiques à l'aide de plantes traditionnelles comme les feuilles de margousier.

Jour 4 : Multiplication et entreprise

Le quatrième jour, l'accent a été mis sur la mise à l'échelle, et les agriculteurs ont reçu des informations détaillées sur les pratiques agronomiques pour la multiplication des semences, depuis la sélection d'une terre fertile caractérisée par la présence d'herbe à éléphant jusqu'à l'espacement approprié et la plantation en temps voulu. La leçon était claire : la multiplication des semences exige des protocoles plus stricts que la simple culture vivrière.

Il a ensuite été complété par des compétences techniques pour l'entreprise, en introduisant des systèmes de rotation des semences où les agriculteurs remboursent les prêts avec une partie de leur récolte pour garantir un cycle continu de semences de haute qualité au sein de la communauté et comment une banque de semences communautaire peut devenir une entreprise prospère en générant des revenus par la vente de semences, les frais d'adhésion et le développement de chaînes de valeur locales.

Une voie claire vers l'avenir : Plan d'action

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Un agriculteur (Anziku Peter) de la banque de semences communautaire de Nyantonzi partageant son expérience sur les questions de semences Crédit photo : Alliance de Bioversity International & CIAT/D. Mubiru

 

La formation s’est achevée par une session au cours de laquelle neuf groupes d’agriculteur.rice.s de Hoima et de Masindi ont été invité.e.s à élaborer des plans d’action spécifiques. Ces groupes ont expliqué comment iels prévoyaient de mettre en pratique les connaissances acquises lors de la formation, notamment en formant d’autres agriculteur.rice.s, en repensant les activités de leurs banques de semences communautaires avec une répartition claire des rôles, tels que la gestion du contrôle qualité, et en lançant des actions ciblées de multiplication et de commercialisation des semences.

Semer les graines de l'avenir

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Daudi Mubiru (t-shirt vert), de l’Alliance Bioversity International et du CIAT, s’adresse aux participant.e.s lors de la formation. Crédit photo : Participatory Ecological Land Use Management / S. Nabwire

L’atelier a été très formateur et a représenté bien plus qu’une simple formation ; il a contribué à promouvoir la résilience et la souveraineté des communautés locales de l’ouest de l’Ouganda. En intégrant les savoirs traditionnels liés à la gestion des semences avec des idées et des pratiques modernes en matière d’agriculture et d’entrepreneuriat, les agriculteur.rice.s de Hoima et de Masindi sont désormais mieux outillé.e.s que jamais. Iels ne se contentent plus de conserver et de partager des semences ; iels construisent un avenir dans lequel les communautés ont la maîtrise de leurs semences, favorisant ainsi la sécurité alimentaire et les opportunités économiques, tout en transmettant ces connaissances aux jeunes générations à venir.