Blog Aperçus du dialogue parallèle du Sommet africain sur le climat consacré à la restauration et à la santé des sols

Insights from the Africa Climate Summit side-event dialogue on restoration and soil health

Partout en Afrique, les sols sont soumis à une forte pression. Plus de 65 % des terres agricoles sont dégradées, ce qui menace la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance et la capacité du continent à résister aux chocs. Pourtant, au cœur de ce défi se trouve une formidable opportunité : restaurer des sols et des paysages sains peut libérer la résilience, la productivité et la durabilité pour les générations futures.

Cette urgence a constitué le cadre d’un événement parallèle organisé lors du deuxième Sommet africain sur le climat (8–10 septembre 2025), co-organisé par la Plateforme éthiopienne pour la restauration des paysages (ELaRP) et l’Alliance de Bioversity International et du CIAT. La session a réuni des décideur.euse.s politiques, des chercheur.e.s, le secteur privé, des ONG et des plateformes régionales afin d’examiner comment l’Afrique peut amplifier les solutions pour la santé des sols et la restauration des paysages.

Les discussions ont mis en lumière non seulement l’ampleur du défi, mais aussi la richesse des opportunités de collaboration, d’innovation et d’harmonisation des politiques.

Remarques d’ouverture : renforcer les réseaux à travers ELaRP

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Le professeur Enyew Adgo, vice-président de l’Université de Bahir Dar et président de l’ELaRP, a ouvert la session avec un message clair : l’Afrique a besoin de plateformes solides et locales pour relier la science, la pratique et les politiques. En moins de deux ans, l’ELaRP a élaboré des statuts, un plan stratégique quinquennal, une conférence annuelle et des initiatives de formation — notamment sur l’application de l’intelligence artificielle à la restauration des paysages. Ces efforts, a-t-il souligné, jettent les bases d’une action coordonnée en Éthiopie et au-delà. L’ELaRP a salué l’appui du projet AICCRA (Accélérer l’impact de la recherche climatique du CGIAR en Afrique) dans toutes ces réalisations, ainsi que celui du programme scientifique du CGIAR sur les paysages multifonctionnels pour l’organisation de cet événement parallèle.

 

Planter le décor : pourquoi des paysages et des sols sains sont essentiels

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Dans son discours principal, le Dr Wuletawu Abera, chercheur principal à l’Alliance, a souligné le coût de l’inaction. Les sols dégradés et les écosystèmes fragiles érodent la résilience, tandis que la crise climatique accentue les pressions. S’appuyant sur les enseignements du Programme de gestion durable des terres d’Éthiopie (SLMP), il a montré comment les paysages restaurés atténuent les effets de la sécheresse, soutiennent la productivité et renforcent les communautés.

Le Dr Abera a présenté les expériences du programme scientifique du CGIAR sur l’agriculture durable et a plaidé pour des systèmes de conseil intégrés et adaptés aux sites sur la fertilité des sols, combinant sols sains, utilisation responsable des engrais et innovations centrées sur les agriculteur.rice.s. Selon lui, ces éléments sont au cœur de la trajectoire agricole durable et de la stratégie climatique de l’Afrique.

Il a également souligné la complémentarité entre les programmes scientifiques du CGIAR sur l’agriculture durable et sur les paysages multifonctionnels, qui permettent de mieux comprendre et gérer les processus à différentes échelles. La restauration, la conservation et l’utilisation durable des paysages sont essentielles pour rendre les actions à l’échelle des exploitations efficaces et durables. Enfin, il a insisté sur le fait que les fermes bien gérées, adoptant des solutions diversifiées, rendent également les paysages plus productifs et plus résilients.

Débat d'experts

Cinq panélistes, représentant une diversité d’expertises et d’organisations (gouvernement, ONG, secteur privé, institutions politiques et plateformes de restauration), ont pris part à une discussion autour de thèmes clés : le renforcement du lien entre la recherche et les politiques publiques, le rôle des ONG comme catalyseurs du changement, les rôles et enseignements tirés de plateformes telles que l’ELaRP et la Kenya Landscape Actors Platform (KenLAP), la contribution du secteur privé, ainsi que l’importance des politiques et des incitations pour faire progresser la restauration des paysages.

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Panélistes ayant participé à l’événement parallèle, de gauche à droite : Duncan Okowa, Feker Tadesse, John Recha, Serkalem Getahun et Zenebe Mekonnen.

Renforcer l’interface entre la recherche et les politiques

Le Dr Zenebe Mekonnen, chercheur principal en développement forestier, a souligné que combler le fossé entre la science et les politiques est essentiel pour transformer la recherche en solutions climatiques concrètes. Des approches pratiques ont été évoquées, telles que la co-création de politiques avec les chercheur.e.s, l’intégration d’organes consultatifs scientifiques au sein des structures gouvernementales, et la mise en œuvre de projets pilotes fondés sur la recherche au niveau communautaire. La restauration des terres a été mise en avant non seulement comme un outil d’adaptation et d’atténuation du changement climatique, mais aussi comme une voie permettant d’atteindre les engagements climatiques nationaux dans le cadre des CDN, tout en générant des revenus, en renforçant la sécurité alimentaire et en améliorant la résilience des communautés locales.

Les ONG comme catalyseurs du changement

Selon Serkalem Getahun (People in Need), les organisations non gouvernementales (ONG) se distinguent par leur capacité unique à relier les communautés locales aux politiques publiques et aux agendas d’investissement plus larges. Leur présence sur le terrain leur permet de mobiliser les agriculteur.rice.s, de tester des pratiques innovantes et de faire entendre les voix locales dans les dialogues nationaux. En documentant et en amplifiant les réussites communautaires, les ONG peuvent influencer les réformes politiques et renforcer les partenariats alignés sur les engagements nationaux et mondiaux en matière de restauration.

Tirer parti des plateformes de réseaux pour la restauration des paysages

John Walker Recha a souligné que des plateformes de réseau telles que la Kenya Landscape Actors Platform (KenLAP) peuvent mobiliser une diversité d’acteur.rice.s, faciliter les échanges de connaissances et ouvrir des opportunités d’investissement. Le succès de KenLAP démontre la puissance de l’action collective pour amplifier les initiatives en faveur de la santé des sols et de la restauration, tout en offrant des enseignements en matière de transparence, d’inclusivité et de dialogue continu. Les participant.e.s ont insisté sur le fait que la reproduction et l’adaptation de telles plateformes à travers l’Afrique pourraient accélérer les progrès.

 

Le rôle du secteur privé

Selon Feker Tadesse, du groupe Palladium, le secteur privé est un moteur essentiel de la transformation. Elle a souligné qu’au-delà de la responsabilité sociale traditionnelle des entreprises, celles-ci peuvent intégrer la santé des sols dans leurs chaînes de valeur grâce à des approvisionnements durables, à des investissements dans l’agriculture régénératrice et au développement de marchés pour les produits intelligents face au climat. Des approches innovantes telles que les mécanismes de crédits carbone, les partenariats public-privé et le financement mixte ont été mises en avant comme des modèles concrets pour rendre la restauration financièrement viable, tout en générant des bénéfices écologiques et sociaux à long terme.

Politiques et incitations pour la restauration

Duncan Okowa, du World Resources Institute (WRI), a souligné la nécessité de politiques cohérentes alignant les priorités locales sur les objectifs nationaux et mondiaux. Il a appelé les gouvernements à concevoir des cadres d’incitation — tels que des allègements fiscaux, des subventions et une sécurisation foncière — afin d’encourager l’investissement privé tout en préservant l’intégrité environnementale et les bénéfices pour les communautés. Il a insisté sur l’importance d’aligner les cibles des CDN sur les réalités locales pour surmonter les obstacles et assurer le succès à grande échelle des initiatives de restauration.

Remarques de clôture

Dans ses remarques de clôture, le professeur Berhanu Belay, consultant auprès de l’ICARDA/ILRI, a rappelé que l’ELaRP est encore à ses débuts — moins de deux ans d’existence — et nécessite donc à la fois attention et soutien pour se développer. Il a souligné l’importance de renforcer et de pérenniser de telles plateformes, tout en insistant sur la nécessité de mobiliser des ressources et de garantir un financement durable afin d’assurer le bon fonctionnement et l’impact à long terme de l’ELaRP.

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Messages à emporter

  • Des sols et des paysages sains sont essentiels à la résilience climatique et à l’agriculture durable – Les écosystèmes restaurés atténuent les effets de la sécheresse, améliorent la productivité, stockent le carbone et relient directement la gestion des terres à l’action climatique.
  • Relier la recherche, les politiques et la pratique est fondamental – La co-création de politiques avec les chercheur.e.s, l’intégration de mécanismes consultatifs scientifiques, la production de données probantes et la mise à l’essai d’innovations au niveau communautaire transforment les connaissances scientifiques en solutions climatiques concrètes.
  • Les plateformes collaboratives et les ONG accélèrent l’impact – Des réseaux tels que KenLAP, ELaRP et les ONG communautaires peuvent jouer un rôle central dans la mobilisation des acteur.rice.s, la mise à l’échelle des pratiques réussies et la promotion de partenariats renforçant la restauration des paysages et l’harmonisation des politiques.
  • L’engagement du secteur privé et des politiques incitatives soutient la restauration à grande échelle – Des pratiques commerciales durables, des incitations financières et des cadres politiques cohérents sont essentiels pour rendre la santé des sols et la restauration des paysages économiquement viables tout en générant des bénéfices écologiques et sociaux.

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