Blog Les engagements climatiques du Sénégal mettent l'agriculture et la foresterie sous les projecteurs
En réponse aux défis climatiques, le Sénégal renforce son engagement envers l'agriculture et la foresterie durables. Les 30 et 31 janvier 2025, des expert.e.s, des institutions et des partenaires se sont réuni.e.s à Somone pour évaluer les progrès de la Contribution Déterminée au niveau National (CDN) et définir les prochaines étapes. L'atelier a été organisé par le Ministère de l'Environnement en collaboration avec la FAO.
L'Alliance de Bioversity International et du CIAT, en collaboration avec Tree Aid, a joué un rôle clé en contribuant à l'analyse des flux financiers des investissements réalisés jusqu'à présent pour financer l'atténuation et l'adaptation au changement climatique, et en formulant des recommandations concrètes sur la manière de mieux suivre les flux financiers, y compris au niveau local. Leur expertise a permis d'identifier des solutions pour une CDN 3.0 plus inclusive, efficace et résiliente.
Contextualiser la CDN : Un nouvel élan pour l'AFAT
Dans le cadre de l'Accord de Paris, le Sénégal s'est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 7 % (scénario inconditionnel) et jusqu'à 29 % (scénario conditionnel) d'ici 2030. Cet engagement repose en grande partie sur le secteur de l'Agriculture, de la Foresterie et des Autres Usages des Terres (AFAT), un domaine clé tant pour l'atténuation (séquestration du carbone) que pour l'adaptation (renforcement de la résilience agroécologique).
La Contribution Déterminée au Niveau National (CDN) du Sénégal met l’accent sur plusieurs axes, notamment :
- La préservation et la restauration des forêts (réduction de l’utilisation du charbon de bois et des feux de brousse, reboisement des mangroves)
- La promotion de pratiques agricoles intelligentes face au climat (agroforesterie, compostage, plantations et régénération naturelle assistée)
- L’amélioration de l’élevage et la gestion durable des ressources pastorales
Au-delà des engagements chiffrés, la CDN incarne une vision intégrant la protection de la biodiversité, le développement socio-économique, l’inclusion de genre et la sécurité alimentaire. Lors de l’atelier, les participant.e.s ont souligné l’importance d’un suivi rigoureux des actions pour mesurer leur impact réel. Il est également apparu essentiel de renforcer la coordination entre les institutions nationales, les partenaires internationaux et la société civile afin d’éviter les doublons et de mutualiser les expertises.
Par ailleurs, le rôle central du secteur AFAT dans l’économie rurale rappelle que le succès de la CDN dépend non seulement des politiques structurelles, mais aussi de la capacité à mobiliser efficacement les ressources financières nécessaires. L’atelier a ainsi permis d’examiner les progrès réalisés, les défis persistants et les préparatifs pour la prochaine phase de la CDN.
L'Alliance de Bioversity International et du CIAT et Tree Aid : Un soutien crucial
Dans ce processus, l'Alliance et Tree Aid apportent une expertise scientifique essentielle pour analyser les flux financiers et proposer des solutions concrètes. Ensemble, elles ont étudié le financement climatique reçu par le Sénégal entre 2010 et 2022, estimé à 2,12 milliards de dollars, dont plus de la moitié sous forme de prêts.
L'analyse révèle que, bien que cette enveloppe annuelle d’environ 250 millions de dollars réponde aux besoins du pays, sa distribution est inégale. Une grande partie est canalisée à travers les institutions publiques et les partenaires internationaux du développement. Cependant, il existe peu de preuves tangibles, en raison des défis liés au suivi des fonds, du niveau de financement réellement acheminé vers les communautés locales, les petit.e.s exploitant.e.s agricoles, les PME et d'autres acteur.rice.s clés des systèmes alimentaires locaux.
Ce manque de transparence se manifeste notamment dans les documents de projet, qui ne précisent pas clairement les montants et les composantes financières destinées à soutenir l'action climatique au niveau infranational.
"Il est crucial d'améliorer notre système de suivi et d'évaluation. Sans une traçabilité fiable, il sera difficile de mesurer l'impact réel des investissements et d'identifier d’éventuelles lacunes à corriger."
La répartition de ces fonds met en évidence un problème de transparence : comment s’assurer que le financement atteint bien les acteur.rice.s locaux.ales ? Présent lors de l’atelier, Dr Issa Ouedraogo, et représentant pays de l’Alliance, a déclaré :
L’Alliance recommande également d’augmenter la part des subventions, de promouvoir des initiatives mixtes combinant adaptation et atténuation, et d’utiliser des outils numériques pour cartographier les financements. De plus, la formation des acteur.rice.s locaux.ales est essentielle pour renforcer leur capacité à élaborer des projets et à négocier des financements.
Issa Ouedraogo, représentant pays de l’Alliance, affirme :
"L’Alliance reste engagée à accompagner le Sénégal dans la mise en place de mécanismes financiers plus équitables et à contribuer au volet adaptation de la CDN à travers les projets de résilience en cours, mis en œuvre par l’Alliance, au bénéfice des communautés rurales et de la conservation des écosystèmes."
Mame Sana Diop, directrice pays de Tree Aid, également présente, a ajouté :
"Tree Aid poursuivra son travail en collaboration avec le gouvernement du Sénégal et ses partenaires pour fournir une expertise technique et des recommandations clés afin de mettre en place des systèmes financiers justes. Nos initiatives de reforestation contribueront aux objectifs d’atténuation et d’adaptation de la prochaine CDN du pays, tout en renforçant la résilience et l’économie locale des communautés."
Issa Ouedraogo
Senior Scientist, Country Representative for Senegal
Principaux défis entravant les progrès de la CDN et l’action climatique
Plusieurs contraintes majeures freinant l’évaluation de la CDN ont été identifiées lors de l’atelier. Le manque de moyens pour financer la coordination multi-acteur.rice.s et l’insuffisance de ressources humaines qualifiées pour assurer le suivi et l’évaluation des mesures sont des obstacles importants. L’accès au financement reste également limité, avec des difficultés à mobiliser des fonds internationaux et des ressources nationales insuffisantes. De plus, l’implication du secteur privé dans le financement des actions climatiques demeure marginale. Les systèmes de données et de suivi sont sous-optimaux. Par ailleurs, la connaissance et la sensibilisation des acteur.rice.s locaux.ales et parties prenantes aux exigences de l’Accord de Paris sont limitées. Enfin, l’augmentation de la fréquence des aléas climatiques, tels que les sécheresses et les inondations, affecte gravement les secteurs de l’agriculture et de la foresterie, entraînant la dégradation continue des terres et des écosystèmes, ainsi que des pertes et dommages dans les systèmes de production alimentaire.
Principales leçons : financement, partenariats et transparence
Trois grandes leçons ont émergé de l’atelier. Premièrement, bien que l’enveloppe financière globale soit conséquente, la nature du financement (prêts vs subventions) et leur répartition restent problématiques, soulevant des questions sur l’endettement et l’accès équitable aux financements climatiques. Les organisations locales, souvent mal outillées pour naviguer dans les mécanismes de financement, se retrouvent en marge des projets. Il a été noté que la forte proportion de prêts est clairement en contradiction avec les besoins des pays les moins avancés.
Deuxièmement, la diversité des partenariats (gouvernement, ONG, bailleurs, chercheur.e.s, secteur privé) constitue un atout pour mutualiser les connaissances et les ressources. Cependant, les discussions ont mis en évidence la nécessité d’une meilleure coordination des initiatives et d’une définition claire du rôle de chaque acteur. Les participant.e.s ont souligné l’importance d’un cadre national harmonisé pour éviter la dispersion et assurer la complémentarité des actions.
Enfin, la nécessité de transparence a été jugée cruciale. L’atelier a insisté sur l’urgence de mobiliser des ressources pour établir un système de suivi et d’évaluation robuste, garantissant la traçabilité des investissements jusqu’aux bénéficiaires finaux. Cela permettrait d’améliorer la reddition des comptes et d’ajuster plus efficacement les politiques climatiques en fonction des résultats observés sur le terrain. Plusieurs intervenant.e.s ont également mentionné la contribution potentielle des outils numériques, capables de centraliser les données et de faciliter la diffusion d’informations aux parties prenantes.
Perspectives d’avenir : vers une CDN 3.0 inclusive et résiliente
Alors que le Sénégal se prépare à la transition vers la CDN 3.0, l’atelier récent a mis en avant des voies essentielles pour renforcer l’action climatique et le soutien, avec la mise en place progressive d’un système MRV fonctionnel dans le secteur AFOLU. Le renforcement des capacités institutionnelles est une priorité, avec un accent sur l’amélioration de la coordination entre les ministères, les agences techniques et les partenaires, tout en formant les acteur.rice.s locaux.ales au suivi, aux systèmes MRV et à la planification climatique. Pour améliorer l’accès au financement, le développement de mécanismes de microfinance et d’assurances agricoles adaptés aux besoins locaux, ainsi qu’une implication accrue du secteur privé, sont indispensables. Les partenariats avec les institutions financières internationales joueront également un rôle clé.
Une plateforme numérique de suivi des projets climatiques figure parmi les solutions proposées, visant à centraliser les données, mesurer l’efficacité des interventions et diffuser les meilleures pratiques. Cependant, au-delà des avancées technologiques, l’engagement communautaire demeure primordial. Mobiliser les populations locales, valoriser les savoirs traditionnels et encourager l’innovation locale sont des éléments clés pour assurer l’appropriation et la pérennité des actions climatiques.
L'atelier a également souligné l'importance des approches intégrées combinant à la fois les stratégies d'atténuation et d'adaptation, telles que l'agroforesterie, la restauration des sols et les systèmes d'élevage semi-stables. L'élargissement des solutions basées sur la résilience, y compris les interventions fondées sur la nature, l'agroécologie et l'agriculture climato-intelligente, aidera le Sénégal à faire face aux risques climatiques croissants.
En définitive, les recommandations visent à renforcer la collaboration entre le gouvernement, les partenaires financiers, les institutions de recherche et les organisations sur le terrain. En alignant une vision à long terme avec l'expertise et le partage des connaissances, le Sénégal cherche à accélérer sa transition vers une économie plus verte et plus équitable où le secteur AFAT devient un moteur clé de la croissance durable et de la résilience climatique.