Blog Décomposer le récit météorologique : Former les médias à une communication centrée sur l'agriculteur
En août 2025, nous nous sommes réuni.e.s avec des collègues du Département météorologique du Kenya (KMD), de l’Organisation kényane de recherche agricole et zootechnique (KALRO) et du Centre de prévision et d’applications climatiques de l’IGAD (ICPAC) pour deux jours de formation pratique aux médias dans le cadre du projet Enhancing Climate Resilience in East Africa (ECREA).
Plus de 40 participant.e.s ont pris part à cette formation, axée sur le renforcement des compétences en communication afin de mieux partager les informations climatiques avec le public et les parties prenantes. Au cœur de ces sessions se trouvait un objectif simple mais urgent : améliorer la capacité à interpréter et à communiquer les informations météorologiques et climatiques, pour qu’elles ne restent pas cantonnées à un jargon technique, mais qu’elles parviennent aux agriculteur.rice.s, aux journalistes et aux communautés de manière précise, claire et utile.
Pourquoi c'est important
En Afrique de l'Est, la météo n'est jamais qu'un bruit de fond. Elle décide souvent si une saison se termine par une récolte ou par une famine. Les agriculteurs veulent des prévisions fiables. Les journalistes veulent des outils pour raconter ces histoires de manière responsable. Par l'intermédiaire de l'ECREA, nous avons la responsabilité de veiller à ce que les services météorologiques et climatiques ne se contentent pas d'exister, mais qu'ils donnent des moyens d'action aux populations.
Comme l'a dit Felicity Gitonga, journaliste à Africa Business News, lors des présentations, "Lorsque nous racontons l'histoire de la météo, nous racontons en fait l'histoire des moyens de subsistance".
Les animateurs dirigés par Edward M. Muriuki Ag. Directeur du Département météorologique du Kenya en action lors de la formation des médias partageant des outils et des compétences pour transformer les données météorologiques et climatiques en histoires percutantes.
Les participant.e.s à la formation médias ECREA prennent part à des sessions pratiques visant à renforcer la manière de raconter et de communiquer les informations météorologiques et climatiques.
KALRO et l’Alliance ont ouvert la formation en rappelant pourquoi l’agriculture et la communication climatique doivent avancer de concert. « Sans mise en contexte, même la meilleure prévision reste un simple chiffre », a déclaré Florida Maritim de KALRO, en nous ramenant à la perspective des agriculteur.rice.s.
Le KMD nous a ensuite guidé.e.s à travers les bases scientifiques : le fonctionnement des systèmes météorologiques, la différence entre les prévisions saisonnières et les prévisions à plus court terme, ainsi que les éléments qui déterminent la fiabilité d’une prévision.
Nous avons analysé des études de cas d’événements météorologiques passés, en examinant dans quelle mesure les prévisions s’étaient vérifiées, avant de passer à un exercice plus pratique : l’utilisation de supports graphiques pour raconter des histoires météorologiques. « Parfois, un graphique en dit plus qu’un paragraphe », nous a rappelé un.e facilitateur.rice.
La journée s’est conclue par une visite de terrain à l’Observatoire météorologique, où nous avons découvert les instruments qui surveillent le ciel en continu. En quittant les lieux, un.e collègue a glissé à voix basse : « Chaque symbole sur une carte météo commence ici. »
Le deuxième jour, l’ICPAC a présenté des outils régionaux ainsi que le Season Media Action Plan (SMAP). Comme l’a souligné Oliver de l’ICPAC, ces outils relèvent d’une logique d’échelle : « Une prévision n’a pas de frontières, et la manière dont nous la relayons ne devrait pas en avoir non plus. »
Le personnel de la DGCD apporte un soutien technique lors de la formation aux médias
La discussion a ensuite porté sur les défis de la communication, en se concentrant sur l'interprétation des symboles météorologiques et les idées fausses qu'ils peuvent susciter. Les participants ont examiné des stratégies pour contrer la désinformation et éviter le sensationnalisme. Comme l'a fait remarquer M. Bahati, du département météorologique du Kenya (KMD), "La désinformation se propage plus vite qu'une tempête. Notre travail consiste à la ralentir avec des faits" .
Judith Akolo de KBC a souligné la responsabilité des médias dans la formation de la perception du public, déclarant, "L'exactitude n'est pas négociable, mais l'empathie est tout aussi essentielle."
La session s'est terminée par un exercice de jeu de rôle simulant un scénario de reportage météorologique d'urgence. L'exercice a mis en évidence la complexité de l'équilibre entre rapidité, précision et compassion dans la communication de crise.
Lors de la séance de clôture, une vérité s'est imposée : la communication d'informations météorologiques et climatiques n'est pas seulement une question de compétences techniques. Il s'agit également d'une question de traduction, en prenant la science et en la transformant en histoires que les gens peuvent comprendre et sur lesquelles ils peuvent agir.
Le KMD nous a apporté sa rigueur technique, le KALRO nous a rappelé la réalité vécue par les agriculteur.rice.s, et l’ICPAC a offert une perspective régionale. À travers le projet ECREA, ces forces se rejoignent, reliant la science météorologique à l’agriculture, aux médias et aux communautés, et montrant comment les partenariats peuvent transformer les données en actions et les prévisions en confiance. En définitive, cette collaboration garantit que les agriculteur.rice.s, au cœur de notre travail, bénéficient du meilleur de l’expertise régionale mise en synergie.
Au fond, ECREA démontre que lorsque les institutions mettent en commun leurs compétences – scientifiques, chercheur.e.s agricoles, journalistes et communicant.e.s – l’impact dépasse largement le cadre de la salle de formation. Il atteint l’agriculteur.rice qui décide quand semer, le ou la journaliste qui façonne le titre de demain, et la communauté qui se prépare pour la saison à venir. En investissant dans des partenariats de ce type, les bailleurs ne financent pas seulement des projets ; ils renforcent la résilience et veillent à ce que les services climatiques deviennent de véritables outils d’autonomisation pour celles et ceux dont les moyens de subsistance en dépendent le plus. Comme l’a rappelé Wendy Keziah, journaliste au Mt. Kenya Times, lors de la séance plénière : « Nous ne faisons pas que relayer la météo ; nous donnons aux gens les moyens de se préparer, d’agir et d’espérer. »
L'équipe
Desire Kagabo
Project Leader
Kiogora Joseline Kanja
Senior Associate, CommunicationsContinuer à explorer