Blog Conseils personnalisés en matière d'engrais pour la diversité des sols et des cultures au Kenya
Les chercheurs kényans et les scientifiques du CGIAR utilisent des données et des outils numériques pour adapter les conseils en matière d'engrais aux petits exploitants agricoles, dans le but d'améliorer les rendements, la santé des sols et la résilience climatique dans les différents systèmes agricoles du Kenya.
Les petit.e.s agriculteur.rice.s demeurent l’épine dorsale de la sécurité alimentaire du Kenya, mais leur productivité est freinée par des recommandations d’engrais uniformes qui ne tiennent pas compte de la diversité des sols, des régimes climatiques et des systèmes agricoles du pays. Il en résulte de faibles rendements économiques, une utilisation inefficiente des intrants et une dégradation progressive de la santé des sols.
Une nouvelle collaboration entre la Kenya Agricultural and Livestock Research Organization (KALRO) et des chercheur.e.s du CGIAR vise à changer cette situation. En combinant des décennies d’essais agronomiques avec des données pédologiques en accès libre, des archives climatiques historiques et des prévisions saisonnières, ce partenariat développe des modèles d’apprentissage automatique capables de fournir aux agriculteur.rice.s des recommandations d’engrais spécifiques au site.
Des prescriptions générales aux solutions sur mesure
L’urgence d’une gestion plus intelligente des nutriments a été mise en évidence lors du Sommet africain 2024 sur les engrais et la santé des sols. En réponse à cet appel, des expert.e.s de la Kenya Agricultural and Livestock Research Organization, de l’Alliance of Bioversity International et du CIAT, ainsi que de l’IITA, se sont réuni.e.s lors d’un atelier au centre de recherche de KALRO Katumani afin d’élaborer une feuille de route pour une utilisation ciblée des engrais.
« Le Kenya n’a pas seulement besoin de plus d’engrais, il a besoin d’une utilisation plus intelligente des engrais, adaptée aux cultures spécifiques, aux sols et aux conditions climatiques », a déclaré le Dr David Kamau, scientifique en chef et directeur de l’environnement et de la gestion des ressources naturelles à la KALRO.
S'appuyer sur les données, la science et la technologie
Au cœur de l’initiative se trouve une base de connaissances d’une ampleur considérable : plus de 150 000 points de données issus d’études de réponse aux engrais menées dans les différentes zones agroécologiques du Kenya. L’atelier de Katumani s’est concentré sur quatre priorités clés :
1. Valorisation des données d’essais : exploitation des recherches antérieures conduites à travers le pays.
2. Normalisation de la gestion des données : organisation de variables pédologiques, climatiques et agronomiques géoréférencées.
3. Intégration d’outils numériques : mobilisation du modèle AgWise du CGIAR, combiné aux jeux de données météorologiques de la KALRO, afin de simuler les besoins en nutriments et de gérer les risques climatiques.
4. Accès direct aux agriculteur.rice.s : diffusion des recommandations via la plateforme Selector de la KALRO, des applications mobiles et des services basés sur les SMS.
« Cette approche intégrée signifie que les conseils en matière d’engrais s’adaptent au champ de l’agriculteur.rice., et non l’inverse », a souligné le Dr David Golicha, directeur adjoint de la gestion des ressources naturelles à la KALRO.
Feben Assefa présentant le flux de travail du modèle AgWise aux participant.e.s de l’atelier. Source : Michael Kinyua/CIAT.
"Cette approche intégrée signifie que les conseils en matière d'engrais s'adaptent au champ de l'agriculteur, et non l'inverse", a noté le Dr David Golicha, directeur adjoint de la gestion des ressources naturelles de KALRO.
Siyabusa Mkuhlani présente les options de recommandation d'engrais aux agriculteurs. Crédit photo : Michael Kinyua/CIAT
Les agriculteurs au centre
Pour les agriculteur.rice.s, les bénéfices seront immédiats et concrets : disposer du bon type d’engrais, à la bonne dose et au bon moment. Cela se traduira par des rendements plus élevés, une fertilité accrue des sols et de meilleurs retours sur chaque shilling investi.
« Nous allons mettre en place une boucle de rétroaction avec les agriculteur.rice.s, afin que leurs connaissances locales et leurs expériences réelles sur le terrain façonnent et affinent en permanence nos modèles numériques », a déclaré Siyabusa Mukhlani, data scientist à l’IITA.
Feuille de route pour le changement
La réunion de Katumani a débouché sur un plan d'action clair
- Développer, valider et piloter des recommandations spécifiques au site.
- Mettre rapidement à l'échelle grâce à des plateformes numériques, soutenues par des registres d'agriculteurs.
- Exploiter les essais sur le terrain à long terme et les cartes pédologiques numériques pour la modélisation des cultures.
Pourquoi c'est important
Selon les expert.e.s, cette initiative pourrait transformer la production alimentaire et la résilience du Kenya.
« Il ne s’agit pas seulement d’engrais, mais de libérer le potentiel agricole du Kenya et de construire un système alimentaire plus productif, durable et résilient », a déclaré le Dr Job Kihara, chercheur principal et spécialiste de la santé des sols à l’Alliance of Bioversity International et du CIAT.
Si le projet aboutit, il pourrait accroître les revenus des petit.e.s agriculteur.rice.s, améliorer la santé des sols et créer des solutions numériques évolutives susceptibles de bénéficier aux agriculteur.rice.s à travers l’Afrique.