Blog Combler le fossé : pourquoi les prévisions régionales doivent devenir des décisions locales

Bridging the gap: Why regional forecasts must become local decisions

En Afrique australe, une prévision saisonnière est bien plus qu’une simple carte de probabilités ; c’est une véritable bouée de sauvetage pour des millions de producteur.rice.s.

Pendant trop longtemps, un « fossé critique de l’alerte précoce » a persisté : le décalage entre les données complexes produites par les scientifiques et les conseils pratiques et opportuns dont un.e agriculteur.rice.s a besoin sur le terrain. Lors du 31e Forum régional des perspectives climatiques de l’Afrique australe (SARCOF-31) à Lusaka, le message était clair : nous devons combler ensemble ce fossé de l’alerte précoce. Il ne s’agit pas seulement d’un thème, mais d’un appel à l’action pour aller au-delà de la simple prévision météorologique et commencer à protéger les moyens de subsistance.

Le Dr Jemal Seid, de l’Alliance de Bioversity International et du CIAT, présente une intervention sur la co-conception de conseils fondés sur les risques lors du SARCOF-31 à Lusaka, en Zambie.

Le défi du « dernier kilomètre » : pourquoi les données ne suffisent pas

Le « fossé de l’alerte précoce » est souvent un problème de traduction. Alors que les centres météorologiques régionaux peuvent annoncer une « probabilité de 60 % de précipitations supérieures à la normale », un.e agriculteur.rice.s a besoin de savoir : dois-je semer mon maïs aujourd’hui ou attendre la fin de la seconde période sèche ?

Lorsque les prévisions restent techniques et générales, elles ne déclenchent pas l’action. En l’absence d’informations climatiques localisées, les agriculteur.rice.s se replient souvent sur des calendriers de semis traditionnels qui ne sont plus forcément adaptés dans un contexte de changement climatique.

Combler ce fossé implique de passer de la simple diffusion de données à la fourniture de services.

L'innovation : Un cadre pour des décisions affinées

Lors du SARCOF-31, l’Alliance de Bioversity International et du CIAT a présenté une solution pratique à ce problème de traduction : un cadre intégré de services d’information climatique (Climate Information Services, CIS) qui transforme les prévisions brutes en décisions directement utilisables par les agriculteur.rice.s.

L’approche repose sur la superposition de multiples sources de connaissances, telles que les données sur les sols, les caractéristiques des cultures, les observations de terrain et les modèles climatiques, au sein d’un système unifié d’aide à la décision. Plutôt que de fournir à un.e agriculteur.rice.s une carte de probabilités, le système produit un conseil personnalisé, par exemple : « Compte tenu de votre type de sol dans le district de Choma et de l’épisode pluvieux prévu, semez votre variété de maïs à cycle court au cours des dix prochains jours. »

Au cœur de ce cadre se trouve l’Africa AgroClimate API, une innovation phare développée dans le cadre du projet AICCRA. Cette API harmonise des modèles globaux de prévision numérique du temps, des données climatiques régionales corrigées des biais et de nouveaux systèmes de prévision fondés sur l’intelligence artificielle au sein d’une plateforme unique en libre accès. Il ne s’agit pas de remplacer les services météorologiques nationaux, mais d’amplifier leur portée. En mettant à disposition des jeux de données contrôlés en termes de qualité que les services météorologiques et hydrologiques nationaux (NMHS) peuvent adapter, l’API permet aux institutions locales de générer des conseils climatiques qui répondent directement aux réalités des agriculteur.rice.s.

Le cadre des services d’information climatique de l’Alliance : intégration des données sur les sols, les cultures, le climat et les observations de terrain afin de produire des conseils agricoles personnalisés, diffusés par les agent.e.s de vulgarisation, par SMS et via des applications mobiles.

Le cadre des services d’information climatique (CIS) présenté aux délégué.e.s du SARCOF-31 : des données climatiques brutes aux conseils agricoles exploitables.

Ce n’est pas de la théorie. En Éthiopie, ce même cadre alimente la plateforme numérique éthiopienne de conseils agroclimatiques ( Ethiopian Digital AgroClimate Advisory Platform (EDACaP)), une démonstration concrète qu’il est possible de combler le fossé de l’alerte précoce à l’échelle nationale.

EDACaP intègre des données climatiques, pédologiques, culturales et agronomiques pour produire des conseils exploitables, diffusés via les canaux réellement utilisés par les agriculteur.rice.s : SMS, réponses vocales interactives et émissions radio en langues locales. Lors de sa phase pilote, la plateforme a touché 82 000 petit.e.s exploitant.e.s agricoles et devrait être étendue à 16,7 millions d’agriculteur.rice.s grâce au réseau du ministère de l’Agriculture, qui compte plus de 60 000 agent.e.s de vulgarisation agricole.

Enseignements pour l'extension des services climatiques en Afrique australe

L’engagement de l’Alliance lors du SARCOF-31 a mis en évidence plusieurs enseignements clés pour toutes celles et ceux qui travaillent à combler le fossé entre la science du climat et la prise de décision agricole :

La co-conception renforce la pertinence et l’appropriation : les parties prenantes ont exprimé de manière constante leur intérêt pour des cadres qui relient directement les prévisions climatiques aux décisions agricoles concrètes, telles que les dates de semis, la gestion de l’eau ou l’utilisation des intrants, aux échelles météorologique, infra-saisonnière et saisonnière. Le caractère participatif de l’élaboration des conseils favorise l’appropriation institutionnelle et accroît les chances que ces conseils soient intégrés dans les systèmes existants, plutôt que développés comme des dispositifs parallèles.

La collaboration renforce l’impact : les partenariats entre les organismes régionaux, tels que le SADC Climate Services Centre, les services météorologiques et hydrologiques nationaux (NMHS) et les institutions de recherche sont essentiels pour traduire les avancées scientifiques en politiques et en pratiques concrètes. La collaboration renforce également la crédibilité et le potentiel de mobilisation des ressources, alors que les bailleur.euse.s et les gouvernements recherchent de plus en plus des solutions intégrées et multi-acteur.rice.s pour renforcer la résilience climatique.

Les données ouvertes permettent le passage à l’échelle : l’accueil positif réservé à l’Africa AgroClimate API a mis en évidence la valeur des plateformes en libre accès. Avec un appui approprié, ces innovations peuvent être déployées à plus grande échelle via des mécanismes régionaux, contribuant à une approche harmonisée de la transformation des prévisions en conseils agricoles à l’échelle de la région SADC.

La participation de l’Alliance de Bioversity International et du CIAT au SARCOF-31 a été soutenue par l’initiative Accelerated Innovation Delivery Initiative (AID-I) et le projet AICCRA. Pour plus d’informations sur l’Africa AgroClimate API et les services climatiques pour l’agriculture, veuillez consulter alliancebioversityciat.org.