Blog L'assurance indicielle au Togo : Quand les données transforment le risque en résilience

Index insurance in Togo - When data turns risk into resilience

Plus qu'un simple produit financier, l'assurance indicielle agricole s'avère être un levier stratégique pour la souveraineté alimentaire du Togo. Les résultats de l'analyse climatique, les essais pilotes (FarmCover, SUNU) et un atelier de coconception organisé à Lomé les 10 et 11 juillet 2025 en apportent aujourd'hui la preuve tangible : associée à des services numériques et à la recherche internationale, cette solution facilite l'accès au crédit, protège les revenus et catalyse l'investissement rural. Cette enquête, alimentée par des documents provenant de l'Alliance de Bioversity International et du CIAT, du Global Center on Adaptation (GCA), et de partenaires togolais, retrace la dynamique en cours et ses impacts concrets sur la résilience des systèmes agricoles.

L'urgence climatique sous la loupe : Pourquoi l'assurance devient essentielle

Le paysage agro-climatique du Togo devient de plus en plus complexe : dans la région des Plateaux, les températures moyennes augmentent de 0,23°C par décennie, et dans la région des Savanes, le nombre de jours au-dessus de 35°C pourrait avoisiner les 20 d'ici 2060 - plaçant le maïs et le soja dans des zones de stress thermique sévère. Les précipitations sont également devenues plus irrégulières, certaines régions recevant moins de 300 mm au cours de la deuxième saison, ce qui compromet la double culture. Dans ce contexte, une sécheresse comme celle de 2023 touche 40 % du PIB agricole et 65 % de la main-d'œuvre active.

L'assurance indexée renverse la logique traditionnelle : des versements automatiques sont déclenchés lorsque les précipitations ou la température franchissent un seuil prédéfini (par exemple, <200 mm). Cette simplicité réduit les coûts administratifs pour les assureurs et accélère les paiements - un avantage clé lorsque les crises financières frappent en milieu de saison.

Pour les agriculteurs, les avantages sont doubles : premièrement, la police d'assurance devient un passeport pour le crédit ; deuxièmement, elle stabilise les flux de trésorerie et débloque la capacité d'investissement - pour des semences améliorées, des engrais organiques ou des systèmes d'irrigation au goutte-à-goutte. Pour l'État, elle limite le recours à l'aide d'urgence et renforce les statistiques agricoles grâce à des bases de données satellitaires.

"Soutenir le développement de l'assurance indicielle, c'est sécuriser la production et attirer des capitaux vers les zones les plus vulnérables", souligne Dr. Mathieu Ouedraogo, scientifique senior à l'Alliance.

Pourtant, seuls 15% des agriculteurs togolais ont actuellement accès à un produit paramétrique. Le défi n'est plus de prouver la valeur de l'outil, mais de surmonter les barrières de confiance, de langue et de coordination qui entravent sa diffusion.

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De la promesse à la preuve : Que nous disent les projets pilotes et l'atelier de Lomé ?

FarmCover, une insurtech togolaise lancée par Lorica Assurance en 2022, a couvert 4 450 agriculteurs en 2024-95% grâce à des prêts regroupés avec une assurance. Un total de 1 968 demandes d'indemnisation a donné lieu à des paiements de 40 millions de FCFA, directement transférés via l'argent mobile. Les agriculteurs signalent des remboursements de prêts " sans stress ", soulignant la valeur de la couverture indexée.

Pour traduire ces signes positifs en stratégie nationale, la Banque Mondiale, MAHVDR, GCA, et l'Alliance ont organisé un atelier participatif à Lomé les 10 et 11 juillet 2025. L'objectif : tester trois manuels (pour les agriculteurs, les décideurs et les agents de vulgarisation) et élaborer une feuille de route commune. À l'aide de jeux de rôle et d'études de cas sur le terrain, l'atelier a conduit à des adaptations clés : suppression du terme " gel " (non pertinent localement), ajout des vents extrêmes et des feux de forêt, et intégration de matériel audiovisuel à Kabiè et à Mina.

"Nous travaillons à rendre les systèmes alimentaires plus durables, plus efficaces et plus inclusifs grâce à la science co-développée", a rappelé le Dr Ouedraogo lors de l'ouverture.

La science co-développée est un élément essentiel de l'économie mondiale.

L'atelier a mandaté une cartographie des parties prenantes, la création d'un mécanisme de retour d'information mensuel entre les assureurs, l'ANAMET et les coopératives, et la suppression d'une taxe de 6% sur les primes agricoles pour réduire les coûts.

Toutes ces actions s'alignent sur une ambition partagée : former 25 700 agents de vulgarisation et toucher 50 000 ménages d'ici fin 2025. Les décideurs politiques ont également salué l'adaptabilité du produit : les indices peuvent intégrer la variabilité à l'intérieur de la parcelle en utilisant le NDVI par satellite ou être étendus pour couvrir les risques phytosanitaires émergents tels que la chenille légionnaire d'automne ou les épidémies de bruches. Les "laboratoires" d'innovation permettent même aux agriculteurs de simuler leurs propres déclenchements de paiement, ce qui renforce la transparence.

Confiance, technologie et genre : Construire un écosystème inclusif

Le principal obstacle est la confiance : 80% des bénéficiaires ne comprennent pas toujours pourquoi un paiement est (ou n'est pas) déclenché. Le manque de connaissances financières est aggravé par le fait que la plupart des documents sont rédigés en français, alors que les coopératives opèrent en éwé, en kabiè ou en tem. Le rapport de l'atelier recommande des vidéos de cinq minutes, des folioscopes illustrés et des spots radio interactifs.

Le genre est une question centrale : seulement 0,2% des agricultrices ont accès à l'irrigation moderne, et moins de 9% possèdent des terres. L'assurance pourrait devenir un tremplin pour l'autonomisation en regroupant les intrants et l'assurance avec les titres de propriété ou l'accès aux fonds renouvelables pour les femmes.

Sur le plan technologique, la plateforme de FarmCover utilise les données MétéoSat pour suivre les précipitations en temps réel, calculer automatiquement les paiements et créditer les comptes d'argent mobile, éliminant ainsi les litiges liés aux évaluations sur le terrain. L'Alliance développe également un profil numérique d'agriculture intelligente face au climat (AIC) qui regroupe les données des parcelles, les antécédents climatiques et les dossiers de crédit.

"Notre feuille de route combine l'assurance indicielle, les services d'information sur le climat et les pratiques agricoles intelligentes face au climat", explique le Dr Ouedraogo.

En ce qui concerne la gouvernance, une cellule de coordination mensuelle est en train d'être mise en place, réunissant le ministère des Finances, l'ARCA, les banques et les organisations paysannes - une condition essentielle pour garantir la fiabilité de l'indice, résoudre les réclamations et aligner les primes sur les objectifs du Programme de transformation agricole durable (300 millions USD sur 10 ans).

Vers une politique nationale de résilience : Le rôle de catalyseur de l'Alliance et de la GCA

Au delà de sa portée technique, l'assurance indexée s'inscrit dans une stratégie plus large de résilience climatique menée par le gouvernement togolais et ses partenaires. Par le biais du Programme d'accélération de l'adaptation en Afrique, la CMA vise à consacrer 10 milliards de dollars à la sécurité alimentaire dans 26 pays, dont le Togo. Le partenariat GCA-CGIAR accélère l'adoption des innovations du réseau de recherche, en comblant le fossé entre la science de la découverte et la science de la mise en œuvre.

Dans ce cadre, l'alliance de Bioversity et du CIAT apporte une valeur ajoutée scientifique : analyse rapide des risques, profilage de la chaîne de valeur et modélisation de scénarios SSP - des outils qui guident la conception de produits d'assurance personnalisés pour le maïs, le soja et le riz.

"Nous passons des cartes de risques à des investissements réels", déclare le Dr Ouedraogo.

À court terme, la feuille de route approuvée à Lomé comprend :

  • Finalisation des manuels d'ici août 2025 ;
  • Formation de 20 maîtres formateurs et de 600 techniciens ;
  • paraeid="{66406e2c-f012-448c-ad44-4662a89a8005}{111}" paraid="1646606201">Une campagne pilote dans les Zones d'Aménagement Agricole Planifié (ZAAP) à partir de la campagne 2026.

À moyen terme, l'objectif est d'atteindre 100 000 ménages assurés d'ici 2026 et d'étendre le modèle aux pays voisins. Le but ultime : déclencher un cercle vertueux dans lequel l'assurance attire les investissements privés, stimule la productivité et réduit l'exposition fiscale de l'État aux chocs climatiques.

En bref, l'assurance indexée n'est plus une expérience marginale - elle devient la pierre angulaire de la stratégie climatique du Togo. Comme le dit le Dr Mathieu Ouedraogo:

L'assurance indexée n'est plus une expérience marginale - elle devient la pierre angulaire de la stratégie climatique du Togo.

"Lorsqu'un agriculteur se rend compte que son téléphone peut remplacer un expert en sinistres et garantir son crédit, c'est à ce moment-là qu'il devient possible de passer à l'échelle supérieure." Cette phrase pourrait bien marquer le tournant - de la promesse à la preuve.

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