Blog Des semences locales à un impact durable : le parcours inspirant d’Angel Tadié dans la production semencière
Angel Tadié a transformé son exploitation agricole après avoir bénéficié du mentorat d’un chercheur retraité de l’IRAD, passant de semences locales à des semences améliorées. Ses rendements ont triplé, ce qui lui a permis de devenir productrice de semences, mentore et modèle inspirant, en autonomisant d’autres agricultrices. Ici, elle partage son histoire avec ses propres mots.
Lorsque je repense à mes débuts, je mesure l’ampleur de la transformation. Mon parcours agricole a commencé avec des semences locales achetées au marché, produisant environ 600 kg par hectare, un niveau que j’avais toujours considéré comme normal. C’était le système dans lequel j’avais grandi : « planter, attendre et espérer le meilleur ».
Tout a changé lorsque j’ai rencontré M. Fofe Lucas, chercheur retraité de l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD), à Foumbot, et producteur de semences expérimenté. Malgré sa retraite, il restait activement engagé dans la production semencière et l’accompagnement des agriculteur.rice.s. Il m’a montré l’importance concrète d’utiliser des semences améliorées de qualité, un concept que je n’avais pas pleinement compris auparavant.
Motivée par ses conseils, j’ai acheté environ 70 kg de semences améliorées de haricot Mex 142, GLP 190 et DOR 701, que j’ai semées sur un hectare de terre. Les résultats ont été remarquables. Les variétés améliorées ont largement surpassé les semences locales, mettant en évidence l’importance des semences de qualité et des bonnes pratiques agronomiques.
M. Fofe Lucas a continué à me former aux principes de la production semencière et m’a introduite à des initiatives clés, notamment le projet Building Equitable Climate-Resilient African Bean and Insect Sectors (BRAINs), l’initiative Inclusive Seed Delivery dans le cadre du programme scientifique CGIAR Breeding for Tomorrow, ainsi que le projet phare haricots riches en fer du programme Technologies for African Agricultural Transformation (TAAT) de la Banque africaine de développement (BAD). Grâce à ces plateformes, j’ai bénéficié de formations structurées sur les techniques de production améliorées, la gestion de la qualité des semences et les aspects entrepreneuriaux de la production semencière.
À travers le partenariat IRAD/Alliance de Bioversity International et du CIAT, j’ai intégré une plateforme multi-acteur.rice.s (MSP). Mon engagement au sein de cette plateforme, ainsi que dans des groupes WhatsApp de partage de connaissances, m’a offert un accès continu à des conseils techniques, à l’apprentissage entre pairs et aux informations du secteur.
Mes progrès ont conduit à ma sélection comme agricultrice de référence lors d’une visite d’échange impliquant des femmes agricultrices des régions de l’Ouest et du Nord-Ouest. Les participant.e.s ont visité mon exploitation pour apprendre de mon expérience, tant dans la production de grains que de semences de haricot, faisant de moi un modèle et une ressource locale.
Mes rendements sont passés de 600 kg par hectare avec les semences locales à 1 800 kg par hectare avec la variété améliorée Mex 142, soit une hausse de 200 %. Cette expérience m’a montré que l’agriculture peut aller au-delà de la subsistance, vers une productivité accrue, l’autonomisation et une croissance durable.
Encouragée par ces résultats, j’ai partagé mon ambition avec M. Fofe : je voulais devenir productrice de semences, non seulement pour mon exploitation, mais aussi pour fournir des semences de haute qualité à d’autres agriculteur.rice.s, en particulier aux femmes, afin de les aider à améliorer leur productivité. Il a accepté de me mentorer à condition que je consacre des terres à la production semencière et que je respecte les directives techniques recommandées.
L’accès à la terre a d’abord constitué un défi majeur, mais après deux années d’efforts, j’ai acquis cinq hectares en 2023 (trois en zones de plateau et deux en bas-fonds), adaptés à une production diversifiée et à la multiplication des semences.
Aujourd’hui, mon exploitation produit à la fois des semences et des grains de haricot, du maïs (semences et grains), des tomates et des plantains, choisis pour leur valeur commerciale, leur rentabilité et la sécurité alimentaire du ménage. Des défis subsistent, notamment le manque de main-d’œuvre, les coûts élevés de certification, la rigueur de la gestion des parcelles et les fluctuations du marché. Pour y faire face, je me suis concentrée sur le renforcement des relations commerciales et l’amélioration des stratégies de commercialisation.
Malgré ces difficultés, les bénéfices sont évidents. J’utilise désormais mes propres semences de qualité, ce qui améliore les performances de l’exploitation, garantit l’alimentation du foyer et génère des revenus. Au-delà des gains matériels, ce parcours a renforcé ma confiance, m’a donné un sens nouveau à mon engagement et m’a valu une reconnaissance en tant que modèle pour d’autres femmes agricultrices.
Aux femmes qui aspirent à entamer leur propre parcours, je dis : commencez maintenant, n’attendez pas le moment parfait, car il ne viendra jamais. Rêvez grand, car l’agriculture n’est pas une petite affaire ; elle mobilise l’entrepreneuriat, la science et le leadership. Soyez persévérantes, car les défis sont inévitables, mais la constance apporte des résultats.
Chaque semence, cultivée avec savoir, engagement et bonnes pratiques, a le potentiel de transformer une vie, tout comme elle a transformé la mienne.